Un directoire mondial est né, pas encore une direction

François Hollande, mis à jour le 08.04.2009 à 11 h 05

Une ébauche de mondialisation politique a vu le jour à Londres.

Angela Merkel, Barack Obama et Nicolas Sarkozy  Jim Young / Reuters

Angela Merkel, Barack Obama et Nicolas Sarkozy Jim Young / Reuters

Convoquer un gouvernement mondial au moment où la planète chavire sous les dettes, pour ne rien décider eût été amplifier l'intensité de la crise sans avantage singulier pour aucun des protagonistes. Aussi le consensus s'est formé au sein de ce nouveau directoire pour envoyer aux acteurs économiques et financiers comme aux opinions publiques un message simple : le politique est de retour.

Celui-ci avait ces dernières années laissé sa place aux marchés, abdiqué devant la puissance des flux et l'accumulation des stocks, concédé aux forces déchainées des capitaux. La crise financière, l'effondrement des banques, les déconvenues des firmes multinationales, y compris les plus arrogantes, offraient aux chefs d'Etat et de gouvernement - pas tous démocratiquement élus mais tous légitimes pour agir - de reprendre enfin la main sur le cours des événements, de poser des règles et d'introduire une gouvernance transnationale. Ils l'ont fait.

Sur ce plan là, la réunion du G20 Londres aura posé un acte majeur. Une ébauche de mondialisation politique est née. Elle s'est concrétisée dans un cadre réglementaire pour les «hedge funds», dans une réforme des règles comptables applicables aux banques, dans la publication d'une liste des paradis fiscaux et surtout dans le renforcement des institutions financières internationales et notamment dans les dotations accordées au FMI (Fonds monétaire international) pour venir en soutien des économies les plus fragiles.

Le bilan n'est pas mince. Et il serait inconséquent d'avoir adjuré la communauté internationale à ce sursaut d'autorité pour barguigner désormais devant ce début de régulation. Pour autant, rien ne justifie les communiqués de victoire, les revendications de succès, les clameurs des marchés.

Ne pas avoir échoué ne signifie pas avoir gagné la partie. Et pour tout dire la lucidité commande de voir les «manques» autant que les avancées.

La relance mondiale n'aura pas avancé d'un pouce. Ni quantitativement, ni qualitativement. Pas d'objectifs chiffrés, pas de coordination des politiques économiques, pas de priorités dans les dépenses publiques. Les 5 000 milliards de dollars annoncés ne sont que la somme des plans existants et en aucune façon une injection supplémentaire de liquidités.

L'apurement des bilans des banques n'aura pas non plus progressé d'un iota. Les crédits toxiques n'ont pas été éradiqués, les tolérances accordées aux établissement financiers pour provisionner leurs pertes facilitent tous les arrangements, l'assainissement des actifs des banques est resté lettre morte, ce qui retardera encore le redémarrage de la distribution du crédit.

Le développement durable est le grand oublié du «mémorandum». Certes les pays les plus pauvres, bénéficieront de l'augmentation de l'aide au développement à travers la vente d'une partie des stocks d'or du FMI, mais ils seront les premières victimes du repli du commerce mondial et du protectionnisme déguisé que représentent les fluctuations ératiques des monnaies. Parallèlement rien ou trop peu n'est dit sur la croissance verte : les négociations environnementales sont reportées en bloc et les projets de réduction des gaz à effet de serre n'ont pas résisté à l'hostilité de la Chine, laquelle est la principale victorieuse du sommet de Londres.

Créancière de la première économie du monde, cet empire a aujourd'hui non plus la puissance de sa démographie mais de ses excédents. Quant au débiteur américain, il est encore capable d'imposer sa monnaie comme la devise dans laquelle il accepte de rembourser sa dette.

Et s'il ne fallait retenir qu'un seul objectif pour le prochain G20 du mois de septembre, ce serait la réforme du système monétaire international, car comment imaginer un nouvel ordre sans un mécanisme de stabilisation des changes, et sans un système de parités reflétant l'état des économies réelles.

Le G20 ne mérite donc ni les autosatisfactions béates qui apparaissent déplacées dans le contexte de récession que l'on connaît, ni les railleries dérisoires qui sont décalées dans le désarroi général. Je retiendrai de ce sommet qu'il a marqué le retour de la suprématie de la politique sur les marchés et qu'il a manqué d'audace. Comme si les acteurs avaient considéré que leur seul accord sur un texte valait message de confiance et donc de retour de la croissance. Comme si l'économie n'obéissait qu'aux lois de la psychologie. Et pas à celles de la chirurgie.

François Hollande

François Hollande
François Hollande (37 articles)
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte