Sports

Le long drive, le golf bodybuildé

Yannick Cochennec, mis à jour le 05.03.2011 à 9 h 24

Oubliez la finesse, le petit jeu, le respect du parcours, le club house: à Mesquite, il s'agit de cogner. Et fort, dans la balle.

Terrain de Mesquite. Image DR

Terrain de Mesquite. Image DR

Ce week-end, Mesquite, dans le Nevada, accueille le début des épreuves qualificatives du championnat du monde de long drive qui, comme chaque année, aura lieu en novembre, toujours à Mesquite. Long drive? Commençons déjà par donner aux néophytes la définition d’un drive qui est un coup joué avec un driver (club le plus puissant), le plus généralement au départ d’un trou où le compétiteur lâche généralement les chevaux pour parcourir le plus de distance.

Le long drive est une discipline golfique à part entière qui consiste en un concours où le seul objectif est d’aller le plus loin possible, et surtout, plus loin que son adversaire. Comme dans un tableau de tennis, en effet, les joueurs s’affrontent par partie de deux et passent des tours jusqu’à la grande finale entre les deux meilleurs.

Le principe est le suivant lors d’une grande compétition comme le championnat du monde: chaque joueur, dont la longueur de manche du driver ne peut pas excéder 122cm (la surface de tête de club étant limitée à 460cm2), a six balles en sa possession, la plus lointaine étant retenue sachant qu’elle doit impérativement atterrir dans une zone limitée, parfois largement dévouée à la publicité, comme le montre le film suivant réalisé lors du championnat du monde de Mesquite en 2009.

A Mesquite, la Mecque du long drive, il est clair que nous sommes loin de l’ambiance souvent feutrée des club-houses et des tournois de golf traditionnels où le public est contraint au silence. Dans l’univers du long drive, chaque spectateur peut s’exprimer s’il en a envie, les enceintes crachent souvent de la musique pendant le jeu («Orange crush» de REM en est l’un des tubes préférés) et il n’est pas question de faire preuve de retenue dans aucun domaine à l’image du message d’accueil du site Internet des longs drivers de France:

«Bienvenue sur le site des « gros malades, des chataîgneurs, des tueurs de balles, des canonniers fous furieux...»

En 2010, pour la première fois dans l’histoire du championnat du monde, un Européen, le Britannique Joe Miller, a damé le pion aux Nord-Américains, les vrais spécialistes de ce sport apprécié de la télévision aux Etats-Unis au point qu’ESPN, la chaîne sportive américaine, réserve, chaque année, une partie de son antenne, le jour de Noël, au championnat du monde qu’elle diffuse en différé. Comme nombre de ses confrères du long drive, Joe Miller est très un beau bébé d’1,95m et de 125 kilos. Des kilos de muscles pour la plupart en ce qui le concerne puisque Miller travaille dans une salle de gymnastique, même si le chèque de 150.000 dollars qu’il a encaissé à Mesquite doit lui permettre d’envisager sa vie professionnelle d’un jour nouveau.

Lors de sa victoire, la meilleure marque de Miller a été de 378m. Ce qui le laisse assez loin du record du monde, contesté par certains, de l’Américain Mike Dobbyn, champion du monde en 2007, qui a expédié un jour une balle à… 503m. A côté de Dobbyn, sorte de Hulk qui mesure 2,07m et accuse 136kg sur la balance, Miller est un gringalet.

A la télévision britannique, Miller a avoué consommer quotidiennement l’équivalent de… 8.000 calories. Au long drive, tout est question d’énergie, il est vrai. Lors du dernier championnat du monde, Joe Miller, Jamie Sadlowski, le Canadien consacré en 2008 et 2009, et le Sud-Africain Ryan Louw ont tous les trois imprimé à leur balle une vitesse d’au moins 360km/h quand les professionnels du PGA Tour atteignent rarement des vitesses de 300km/h. La vitesse du swing de nos trois artificiers a oscillé, elle, entre 236 et 241km/h. Il est admis qu’un amateur ne dépasse pas souvent les 160km/h.

Au long drive, il y a les frappeurs purs et durs comme Dobbyn, à qui il est arrivé de taper 1.000 balles par jour à l’entraînement, et les swingueurs comme Sadlowski qui n’est pas une force de la nature avec son 1,81m et ses 75kg mais est capable de générer de la puissance et d’obtenir de la distance grâce à des qualités de flexibilité et de souplesse au niveau de son dos, de ses épaules et de ses mains comme l’atteste cette vidéo qui décrypte son geste:

Tous les joueurs du dimanche le savent: frapper comme un sourd n’a jamais fait le bon joueur de golf (pas plus que les kilos de muscles si l’on en juge par les rondeurs affichées par de nombreux champions). Il n’en reste pas moins que réussir à envoyer sa balle le plus loin possible reste une obsession pour tout pratiquant de cette discipline. Et il n’y a qu’à recenser les Unes des magazines spécialisés à travers la planète pour constater combien la quête de ce Graal est entêtant avec toutes ces promesses de puissance et de distance, vantées par le biais de rubriques techniques qui nous abreuvent jusqu’à plus soif de conseils en tous genres pour gagner 20m ou reconstruire notre swing afin d’aller plus loin.

Il est d’ailleurs facile de constater que chez l’amateur, le petit jeu (approches, putting…) est bien plus faible que le grand jeu comme si les joueurs, à l’image de ce monde des longs drivers tellement fascinant, tiraient l’essentiel de leur plaisir dans cette décharge d’adrénaline et de puissance que procure notamment un coup de départ. Dans le dernier numéro de Golf Magazine, Benoît Teilleria, ancien joueur français du circuit européen, livre cette anecdote symptomatique vécue lors d’un pro-am:

«J’étais avec un amateur très tendu au départ, les mâchoires verrouillées, impossible de lui arracher un mot. A son deuxième coup, il joue avec une telle violence qu’il enfonce la balle dans le sol à l’impact. Mais comme il avait touché la balle, il lève la tête et la cherche dans les airs. Grand moment de solitude pour ce monsieur que la situation n’a pas fait rire du tout, au contraire du reste de l’équipe.»

En raison de cette addiction des joueurs à la puissance, qui intéresse les fabricants toujours soucieux de fournir les «armes de guerre» les plus lourdes et les plus perfectionnées, le long drive, encore peu connu en France, mais très développé en Scandinavie, a peut-être de beaux jours devant lui. Le record de France reste la propriété de Yvan Tchéménian (index 11), président fondateur de l’association des longs drivers de France, avec une distance de 386m. Association dont le slogan est «Go long or go home!»

Car l’humour est partie intégrante de l’univers de ces joueurs d’un autre genre à la lueur des sobriquets qui accompagnent les noms des meilleurs de la disciplines comme Joe «killer» Miller, Sean «the beast» Fister ou Jason «golfzilla» Zuback. Reste à savoir quel surnom portera le nouveau prodige du long drive, le Californien Domenic Mazza, finaliste du dernier championnat du monde à seulement 16 ans…

Yannick Cochennec

Yannick Cochennec
Yannick Cochennec (574 articles)
Journaliste
Sportslong drivegolfdrive
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte