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Prévoir les séismes, pour quoi faire? (MàJ)

Grégoire Fleurot et Cécile Dehesdin, mis à jour le 28.02.2010 à 9 h 47

Les méthodes de prévision ne sont pas assez fiables pour faire évacuer les populations.

Un sismogramme enregistre les secousses du tremblement de terre qui a secoué l'Ecosse en 2008. REUTERS/David Moir

Un sismogramme enregistre les secousses du tremblement de terre qui a secoué l'Ecosse en 2008. REUTERS/David Moir

Un violent tremblement de terre de magnitude 8,8 sur l'échelle de Richter a frappé le sud du Chili samedi 27 février au petit matin, selon le Centre américain de surveillance géologique. Des bâtiments se sont effondrés dans la capitale, Santiago, privée de téléphone et d'électricité, ce qui rendait difficile l'évaluation des dégâts. Une alerte au tsunami a également été lancée par les centre américains. Le bilan provisoire est de plus de 300 morts et deux millions de sinistrés.

Le même jour un peu plus tôt, un autre séisme d'une magnitude de 7,3 sur l'échelle de Richter a été enregistré toujours dans le Pacifique mais cette fois au large du sud du Japon, a annoncé l'institut américain de recherche géologique, USGS.

Nous republions un article sur la prévention des séismes qui a été publié en mars 2009 après le tremblement de terre dans les Abruzzes.

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«Je les avais prévenus!» C'est ce qu'on pouvait lire dans tous les journaux italiens au lendemain du séisme meurtier qui a dévasté les Abruzzes dans la nuit de dimanche à lundi. Le chercheur Giampaolo Giuliani avait en effet prévenu les autorités qu'un tremblement de terre d'une forte intensité allait frapper la région de l'Aquila... le 29 mars. D'abord traité d'alarmiste, il est aujourd'hui sollicité par tous les médias pour expliquer sa méthode de prévision (presque) efficace. C'est maintenant au chef de la protection civile italienne d'expliquer pourquoi il n'a pas suivi les conseils du chercheur et fait évacuer la ville. Mais peut-on prédire un séisme de manière fiable? Et peut-on vraiment évacuer une population suite aux alertes des scientifiques?

Plusieurs types de prévisions

Aujourd'hui, les prévisions les plus fiables sont celles dites à moyen terme, qui émettent des probabilités sur une durée allant de quelques mois à 30 ans. Ainsi, les sismologues prévoient un tremblement de terre autour d'Istanbul dans les 20 prochaines années, et établissent la probabilité à 66%. Ils se basent sur l'observation de la faille nord-atolienne, dont un des segments n'a pas cassé depuis plus de 250 ans. Ces prévisions recoupent le dernier tremblement de terre autour d'une faille, l'observation précise des caractéristiques de celle-ci et la déformation élastique de la région vue par GPS. Les prévisions à moyen terme peuvent se révéler très fiables sur la localisation géographique des séismes et sur leur ampleur, mais pas sur la date.

Les sismologues sont unanimes, aujourd'hui personne ne peut prédire la date d'un séisme à l'avance. Beaucoup de recherches sont en cours sur la prévision à court terme, comme celle de Giampaolo Giuliani, qui dit avoir prédit le séisme meurtrier des Abruzzes en étudiant la présence du gaz radon. Mais, selon le professeur Pascal Bernard, chercheur à l'Institut de physique du globe de Paris, «il ne s'agit que d'expérimentations ». Des chercheurs ont noté certains phénomènes qui précèdent souvent les tremblements de terre, mais aucune théorie scientifique n'a été validée. Les déformations de la surface du sol, des variations du champ magnétique terrestre, le changement de niveau de l'eau dans les puits et même le comportement des animaux sont autant de signes avant-coureurs, mais dont il est impossible de tirer des conclusions scientifiques fiables.

Les prévisions à long terme, qui sont basées sur l'étude de l'activité sismologique sur une zone géographique donnée, permettent aux autorités de déterminer les zones à risques, et de définir des normes pour la construction de bâtiments. En France, c'est en 1991 que le territoire national a été divisé en cinq zones selon le risque sismique. Ainsi, dans les zones à sismicité moyenne, présentes notamment sur la Côte d'Azur et dans les Pyrénées, toutes les constructions nouvelles, y compris les maisons individuelles, doivent respecter les normes parasismiques de construction. La Martinique et la Guadeloupe sont les seules zones classées à forte sismicité du territoire français.

Que changeraient les prévisions?

Des scientifiques de la Rice University aux Etats-Unis ont repéré de légers changements dans les ondes sismiques juste avant un tremblement de terre. Partant de cette constatation, ils espèrent d'ici une dizaine d'années être en mesure de prévoir un séisme. Mais pour Pascal Bernard, «la recherche scientifique est encore loin de pouvoir prédire un tremblement de terre avec une exactitude qui permettrait aux autorités de lancer des plans d'évacuation préventifs».

Un jugement confirmé par Philippe Blanc, lieutenant-colonel chez les sapeur-pompiers à la section de planification de la Direction de Sécurité Civile. Les décisions se prennent en fonction du phénomène, du délai entre la prévision et la survenance de celui-ci, et surtout de la fiabilité et de la certitude de la prévision: «Il nous faut des prévisions très fiables, parce qu'il n'y a rien de pire que des fausses alertes où il ne se passe rien ».

Et l'évacuation est la solution «la plus compliquée à structurer»: il faut découper la ville en secteurs de danger, savoir combien d'habitants il y a dans chaque secteur, mettre en place des moyens de transports pour les déplacer, et mettre ces gens à l'abri.

On a déjà procédé à des évacuations très localisées et prévues à l'avance, sans situation d'urgence donc, pour des opérations de déminage de vieux obus trouvés pendant la seconde guerre mondiale. La plus grosse opération française était celle de Vimy, dans le Pas-de-Calais, le 13 avril 2001. 12.000 personnes ont été évacuées en 24 heures pour une opération urgente de déminage.

Une prouesse de logistique, certes, mais Nice, ville située dans une des régions les plus propices au risque sismique, compte 350.000 habitants. 29 fois plus que Vimy. Et même si d'ici une dizaine d'années les scientifiques parvenaient à prévoir les tremblements de terre, ce ne serait probablement pas dans des délais suffisant pour évacuer autant de monde.

«Il y a possibilité d'évacuer les gens sans les faire sortir de la ville», argumente Philippe Blanc. Pour un tremblement de terre, la première mesure c'est de sortir les gens des bâtiments, de les amener vers les parcs, jardins, et autres zones non urbanisées en ville, et «on peut faire ça même si une prévision tombe seulement une trentaine de minutes avant un séisme», explique-t-il.

Et quelques minutes peuvent tout changer. Dans la journée du 4 février 1975, les habitants de Haicheng, en Chine ont déserté de manière spontanée leurs habitations après avoir ressenti des secousses de plus en plus intenses et observé des comportements étranges chez les animaux. Certaines autorités locales ont également pris la décision unilatérale de faire évacuer leur population. A 19h, le même jour, un séisme d'une magnitude de 7,3 frappait la province, faisant 2.041 victimes et blessant 27.538 personnes. Les experts estiment que, au vu de la densité de population de la région, le tremblement de terre aurait pu faire jusqu'à 150.000 victimes sans l'évacuation spontanée.

Cécile Dehesdin et Grégoire Fleurot.

Image de une: un sismogramme enregistre les secousses du tremblement de terre qui a secoué l'Ecosse en 2008. REUTERS/David Moir

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