Séries télé: elle monte, l’Amérique d’en bas…
De plus en plus de séries américaines contestent la domination de Los Angeles et New York en choisissant pour décors de plus petites villes, voire la campagne.
- Les rednecks de Raising Hope -
Une série américaine, traditionnellement, ça se passe à «LA» ou à «NYC», ou pas trop loin de ces deux mégalopoles, qui aspirent depuis la naissance du cinéma américain le gros de la production de films et de séries. Law & Order, NYPD Blue, Les Soprano, Gossip Girl, Seinfeld, Friends, Sex & the City, Mad Men et des dizaines d’autres séries aiment la Grosse Pomme. Beverly Hills, Melrose Place, Alerte à Malibu, Entourage, Californication, Six Feet Under, NCIS Los Angeles et une ribambelle d’autres programmes préfèrent la Cité des Anges.
24 Heures Chrono a fait le chemin d’ouest en est, Law & Order: Los Angeles la route inverse. Une poignée d’autres grandes villes, Boston (Ally McBeal, Cheers), Miami (Miami Vice, Dexter), San Francisco (Les Rues de San Francisco, La Fête à la maison) ou Seattle (Frasier, Grey’s Anatomy) s’en sortent aussi très bien. Leur point commun: ce sont des centres politiques, économiques et culturels majeurs, et toutes des villes côtières.
Loin des côtes, pas la cote
L’Amérique profonde, la vraie, celle qui vit loin des côtes, avait jusqu’à récemment assez peu la cote (Chicago, contre-exemple, a vu passer quelques classiques comme Les Incorruptibles ou Urgences). Seuls trois genres s’y intéressaient: les westerns, certains polars et les soaps. Difficile en effet de situer un western ailleurs que dans un petit village loin de la civilisation.
Ainsi, dans deux styles totalement opposés, La Petite Maison dans la prairie (à Walnut Grove, Minnesota) et Deadwood (à Deadwood, Dakota du Sud), ont chacune livré un portrait de l’Amérique profonde –mais celle d’une autre époque, celle de la conquête de l’Ouest. Dans les années 1990, Le Rebelle traînait du côté du Dakota. Plus au sud, Walker, Texas Ranger faisait la loi à Dallas, décors du fameux soap éponyme. Le spin-off de Dallas, Dynastie se déroulait lui à Denver, quand Les Feux de l’Amour ont élu domicile à Genoa City, une ville fictive du Wisconsin, au nord de Chicago. Des poches de résistance, étalées dans l’histoire des séries. Pas de quoi dégager une vraie tendance.
Au plus près de la crise
Depuis la crise économique de 2008, l’Amérique semble redécouvrir ses villes industrielles, qui ont payées le plus lourd tribut. Certaines, jusqu’alors presque ignorées par les séries, se font désormais une place. Première d’entre elles, Detroit, cœur de l’industrie automobile, décor idéal pour parler d’une Amérique en souffrance. La chaîne câblée HBO diffuse ainsi depuis 2009 Hung, une comédie dramatique qui met en scène un prof de sport de Detroit qui, pour arrondir ses fins de mois, se prostitue. Cette saison, Detroit 1-8-7, polar réaliste, plonge dans les quartiers pauvres de la «Motown», ausculte les conséquences de la crise sur une population déjà affaiblie, dans une ville qui «tente de se relever». Autre ville dévastée, la Nouvelle-Orléans, mise en avant par Treme, signée David Simon, qui avait déjà avec The Wire livré un portrait édifiant d’une Amérique à la dérive. D’autres nouvelles venues, abandonnées quelque part au milieu des Etats-Unis, montrent le bout de leurs nez, comme Memphis (Memphis Beat, Hellcats), Albuquerque (Breaking Bad), Cincinnati (Harry’s Law), Cleveland (Hot in Cleveland), Oklahoma City (Saving Grace) ou encore Atlanta (The Walking Dead).
Bienvenue chez les ploucs
Surtout, d’excellentes séries osent s’éloigner pour de bon des villes, et parier sur l’authenticité et l’originalité de bleds paumés, aux noms souvent fictifs mais saisissants de réalisme. Friday Night Lights, étonnante série sur l’équipe de football américain d’un lycée, se déroule ainsi à Dillon, Texas. Les vampires de True Blood sortent de leurs cercueils à Bon Temps, Louisiane. Les héros de The Middle, une comédie, vivent à Orson, Indiana, au milieu de nulle part, comme l’indique le titre de la série.
Dernière œuvre plouc et fière de l’être, Justified, néo-western où on règle ses comptes du côté d’Harlan, Kentucky. A chaque fois, les décors –pas toujours authentiques, True Blood étant essentiellement tournée à Los Angeles et Justified en Pennsylvanie (du côté de Philadelphie)– et les accents sont travaillés. Tout est fait pour qu’on se sente dans l’Amérique rurale, avec ses traditions bien à elle, loin de celles de «NYC» ou «LA».
Le goût du vrai
Pourquoi un tel déménagement? Sans doute les histoires qu’offrent les grandes villes commencent à s’épuiser. Il y a dans cette «nouvelle» Amérique un réservoir de situations et de héros originaux. Comme les Ch'tis ont séduits la France, les «rednecks» et leurs cousins de l’Amérique profonde ont des choses à dire et une voix atypique. Ordinaires, «simples», proches des téléspectateurs, les personnages de ces séries sont aussi exotiques et décalés. Pris avec subtilité, gentiment moqués –comme dans The Middle– ces Américains jusqu’alors privés de télé sont devenus populaires.
Les créateurs de la comédie Raising Hope l’ont bien compris: leurs rednecks, au premier abord cons comme pas deux, s’avèrent rapidement touchants et malins, humains et «authentiques». Des «vrais gens», avec un caractère entier, parfois jusqu’à l’excès. Un mélange de proximité et de fascination, voilà le secret de ces séries –au-delà de leurs qualités respectives, bien entendu.
Hollywood d’en bas… et d’en haut
Un dernier élément doit être soulevé dans ce tour d’horizon de cette autre Amérique des séries: la délocalisation de plus en plus régulière des tournages loin d’Hollywood et New York. Depuis peu, la Nouvelle-Orléans est ainsi devenue un pôle majeur, le troisième du pays, notamment grâce à une réglementation très avantageuse en termes de taxes. Les séries sont encore un peu à l’écart du phénomène, essentiellement cinématographique, mais elles ne devraient pas tarder à suivre.
Elles ont en revanche dès les années 1980 émigrées au Canada, surnommé «Hollywood du nord». Vancouver, moins cher et «pas loin» de Los Angeles (trois heures d’avion), a ainsi accueilli les tournages de séries américaines comme 21 Jump Street, X-Files, Fringe et beaucoup d’autres –sans pour autant que celles-ci renient leurs décors de villes américaines. La preuve qu’Hollywood, capitale mondiale du cinéma, et New York, capitale des arts modernes, n’ont pas encore perdu leurs couronnes, mais que les séries commencent à aller voir ailleurs si l’herbe est plus verte.
Pierre Langlais
Mis à jour le 01/03/2011 à 14h25














































Il est agréable de voir que les producteurs commencent enfin à s'interesser au "milieu" et si Breaking Bad est si génial c'est aussi pour cela. Si vous faites une overdose de magazines et tapis rouge je vous conseille ce site dantesque sur l'amérique la vraie peopleofwalmart.com
Il y a pourtant un grave manque dans votre petite liste : Big Love dans le Utah, Et si vous allez vers le nord, Being Erica à Toronto.
Première erreur : Les soprano vivent dans le New Jersey et on peut même dire que cette série est l'une des premières à être un symbole de cette délocalisation et qu'une autre représentation de l'Amérique est possible en dehors d'un NY un peu mythique. Le New Jersey est souvent le symbole à l'écran d'une banlieue méprisée et complexée par NY d'ailleurs, bon en fait c'est une banlieue riche essentiellement, d'ailleurs les "villes côtières" montrées à la télé sont déjà résumées à leur centre car si les séries s'intéressent à des gens très urbains, la plupart des américains vivent dans des suburbs à NY comme à Kansas city, mais les séries vont nous montrer Manhattan plus que Long Island ou le New Jersey.
Un oubli : beaucoup de sitcom sont sensés se passer dans le Wisconsin symbole d'une Amérique du milieu mais assez "libéral" comme 70's show ou Happy days...
Ensuite, les séries sont tournées essentiellement à Los Angeles (même les sitcoms "new yorkais") donc logiquement, elles sont devenues pour la plupart le lieu de l'action de la fiction, et qualifier Chicago (agglomération de 9 millions d'habitants) 3ème ville des USA de symbole de l'Amérique profonde est assez cocasse, comme Dallas (agglomération de 6 millions d'habitants) ou Atlanta (agglomération de plus de 5 millions d'habitants) sont des énormes centres économiques avec des populations socialement, culturellement ou racialement très diverses qui n'obéissent pas à vos stéréotypes.
Habituellement, les séries sont faites pour divertir et se contentent de clichés, de codes, elles sont tournées en studio donc on va leur montrer les yuppies présupposés de Manhattan ou le décor sex and sun de Miami pour planter simplement l'action alors que les nouvelles séries veulent justement faire l'inverse...aller vers plus de complexité et de réalisme.
Les meilleures séries américaines ont donc envie d'explorer la société américaine, de sortir des sentiers battus donc s'intéressent naturellement à des territoires inexplorés, Breaking Bad se passe à Albuquerque mais l'histoire pourrais parfaitement aussi se passer à LA donc ( les suburbs américains étant interchangeables) mais joue sur le décor par exemple du désert de Nouveau Mexique, The Wire pourrait avoir lieu dans le Bronx mais Baltimore apporte David Simon apporte sa connaissance de sa ville natale comme support réaliste indispensable à son récit.