Life

Se distinguer à tout prix

Charlotte Duperray, mis à jour le 27.04.2009 à 19 h 03

Comment faire pour attirer l'attention des rares entreprises qui recrutent?

Mardi 21 avril, Stivistin est devenu une star du web. Sa vidéo fait la une de Daily Motion.

Chercher un travail relève aujourd'hui d'une chasse aux trésors. Nicolas a voulu faire preuve d'originalité et de réactivité. Il me confie;«je veux montrer que je suis là, que les gens ne m'oublient pas. A la fin de ma période d'essai, j'ai pris ma vie en main; sur FaceBook j'actualise mon statut, je donne des nouvelles, sur Twitter je montre ma motivation. Cette vidéo est une manière de sortir du lot, de montrer qui je suis et de faire parler de moi. J'ai créé mon blog uniquement autour de cette même démarche. Je n'avais pas beaucoup de moyens (un simple appareil photo mêlé d'un soupçon de créativité...), mais j'ai réussi.»

Il est vrai que les chiffres sur le chômage sont alarmants: aux Etats-Unis; 669.000 inscriptions au chômage pendant la dernière semaine de mars, le chiffre hebdomadaire le plus élevé depuis 26 ans. En Espagne; 3,6 millions de chômeurs après une nouvelle hausse en mars (plus de 123.000 demandeurs d'emplois supplémentaires en un mois). En France; près de 80.000 demandeurs d'emploi supplémentaires en février. En ce contexte de crise, l'on pourrait faire un tour du monde des chiffres et leurs mauvais augures. C'est un fait, les entreprises ne tournent plus rond, les banques n'ont plus d'argent, les médias sont déprimants et les gens ballotés par ce carcan... Le monde en récession, les consommateurs en dépression, ralentissement de la production, usines fermées, parachutes dorés...

On est obligé de se débrouiller autrement; vers où doit-on aller pour dénicher un boulot?

Guillaume a démissionné fin novembre 2008, il travaillait dans un cabinet de conseil. Depuis, il mène une recherche active. Active? Il a passé plus de 70 entretiens, répondu à des centaines d'offres. Pour lui, du travail il y en a, les offres sont nombreuses. La crise est un bon prétexte pour les entreprises qui en profitent pour rallonger leurs processus de recrutement et négocier les salaires au rabais. Selon lui, si de nombreuses grosses boîtes ont gelé leurs embauches, les petites et moyennes entreprises, recrutent encore. Manque de visibilité sur le marché; les offres se font rares, le marché se floute et les candidats sont de plus en plus nombreux. L'idée? Développer des stratégies nouvelles, sortir des modes traditionnels.

Si l'on en croit les conseils des professionnels du recrutement, ce qui fonctionne aujourd'hui, c'est le réseau. Une idée soutenue par Noëmie Loubaton, Director de Robert Half International France. Il n'est pas nouveau, mais le phénomène va en s'accentuant. Claire Revel, responsable recrutement et communication ressources humaines de Mercedes, insiste; à l'heure des embauches gelées, rien n'est plus efficace «qu'entretenir» ses connaissances et activer son propre réseau, il est pour elle, une manière de présélectionner les candidats.

Tisser son réseau personnel signifie; faire un stage et garder contact avec ses anciens collègues, rappeler une personne que l'on a croisée en soirée et qui nous a donné sa carte de visite, dîner ou déjeuner avec des professionnels influents, aller à la rencontre des gens, peuvent être des comportements à adopter en matière de recherche d'emploi. Si les traditionnels têtes à tête sont à privilégier, les RP peuvent devenir alors, un boulôt à temps plein! Sur ce fait, Guillaume observe qu'à 25 ans, ce n'est pas forcément évident de faire marcher son réseau, qui se résume souvent à des connaissances ou des amitiés; des personnes le plus souvent peu décisionnaires au niveau du recrutement.

Alors on transforme les moyens modernes en plateformes à l'emploi. Pour continuer à parler réseau, ce sont vers les réseaux sociaux que de nombreux recruteurs se tournent désormais. D'une part, car ces réseaux peuvent servir de tremplins, d'autre part car ce sont des mines d'informations. La plupart n'hésite plus à fréquenter des sites comme Facebook, Twitter ou Myspace pour dénicher des informations personnelles sur les postulants. Une attitude adoptée aussi par les candidats. Avoir de la visibilité, montrer qu'on existe, se démarquer, sont les motivations premières. Les réseaux peuvent être des supports appréciables comme le prouve le cas de Stivistin, dans le mesure où ils apportent de la visibilité aux candidatures. Mais pour l'instant, ce sont surtout les secteurs high-tech et médias qui recrutent par ce biais.

Selon une étude datant d'août 2008, menée par le cabinet de recrutement RobertHalf, 94% des DRH (Directeurs des ressources humaines) français recourent de moins en moins à des modes traditionnels de sélection. Les réseaux sociaux permettent d'élargir les informations déposées sur le CV. Pour les recruteurs, la tentation est grande d'aller «voir» de plus près le profil et l'univers des candidats. Marquer son empreinte sur le web a néanmoins ses limites, trop se dévoiler via les réseaux sociaux n'est pas forcément un avantage pour les demandeurs d'emplois.C'est pouquoi la profession tente elle aussi de moderniser son approche de l'emploi; le site internet JobinLive revisite le CV traditionnel. Il propose aux candidats de déposer leurs candidatures, par vidéo. Une manière de laisser la personne s'exprimer librement pendant quelques minutes. Une fois de plus, la tendance va à la personnalisation.

Chacun y va, force est de son expérience; Emilie, 25 ans, est diplômée en psychologie depuis 2006. Elle travaille un jour et demi par semaine dans un centre hospitalier. Elle n'arrive pas à trouver plus et ce n'est pas faute de chercher. Elle a tout essayé, réponse aux annonces, distribution de CV, multiplication des déjeuners au sein de son petit réseau, candidatures spontanées... Sa nouvelle stratégie; lister les établissements qui l'intéressent et les appeler un par un. Un travail de longue haleine, fastidieux, épuisant mais efficace! En deux semaines, elle a passé 3 entretiens, l'équivalent d'un an de recherche «traditionnelle». Dans les instants un peu galère, Guillaume a pensé vendre sa candidature aux enchères sur Ebay. Nicolas avec sa vidéo, a tenté le pour le tout; il s'est donné une semaine pour décrocher un job. Affaires à suivre.

Témoins de l'emploi, professionnels du recrutement ou candidats tentent, chacun de leur côté, de trouver un sens et décrypter le marché du travail. Chercher une activité est une quête, qui doit s'inscrire dans une démarche positive, réactive et originale. Avoir une idée nouvelle, mettre au point une stratégie non utilisée peuvent être de bons filons, à condition de ne pas être rapidement pris dans le phénomène de mode.

Personnaliser sa recherche, dans l'unique but de se démarquer, seul parmi la masse; un travail difficile, à plein temps, non rémunéré.

Charlotte Duperray

Merci à Noëmie Loubaton, Claire Revel, Emilie, Guillaume et Nicolas pour leurs témoignages.

Charlotte Duperray
Charlotte Duperray (13 articles)
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte