Jusqu'ici tout va bien
La crise laissera des traces et la reprise ne les effacera pas. Le modèle de justice sociale est à reconstruire.
- Des employés de Continental manifestent à Paris Charles Platiau / Reuters -
Souvenons-nous du film La Haine de Matthieu Kassovitz sorti il y a 15 ans. La voix off du générique racontait l'histoire d'un homme tombant d'un immeuble de cinquante étages qui, pour se rassurer, se répétait au cours de sa chute : «jusqu'ici tout va bien, jusqu'ici tout va bien... ». Comme le conclut très justement le film, «l'important ce n'est pas la chute, mais l'atterrissage».
Oui, jusqu'ici socialement tout va bien, aurait-on envie d'affirmer. Il ne s'agit là ni d'une provocation ni d'une minimisation de l'ampleur de la crise, mais au contraire d'un constat lucide : pour un pays qui voit l'équivalent d'un Stade de France plein à craquer tomber au chômage chaque mois, le climat social actuel peut être qualifié de relativement serein.
Le passage de la «drôle de crise» financière de 2007 à ses répercussions sur l'«économie réelle» visibles depuis le dernier trimestre 2008 a certes conduit à des troubles sociaux médiatisés et parfois radicaux (Continental, Sony, le port de Marseille...), mais ils n'ont rien de novateur pour l'instant par rapport aux durs conflits qu'on a pu connaître dans les années 1970 ou à des mouvements localisés plus récents comme celui de Cellatex. Autrement dit, les grands cortèges organisés par les organisations syndicales canalisent l'expression de la colère et de l'angoisse de centaines de milliers de travailleurs et servent d'exutoire. Au vu de la brutalité de la crise et de ses origines, on aurait pu s'attendre à un climat social bien plus détérioré.
Bien entendu, le risque de radicalisation des mouvements sociaux ponctuels et locaux est bien réel. Par suite, l'effet d'imitation est à craindre : la séquestration de dirigeants pourrait se banaliser dans les prochaines semaines et le lancer d'objets (œufs, poissons, chaussures...) devenir à la mode. En revanche, la situation n'est pas à dramatiser pour autant. La généralisation de la contestation sociale ne semble pas d'actualité, ne serait-ce que parce que les vacances de Pâques arrivent et que le pouvoir exécutif fait quelques gestes ici et là pour déminer les situations tendues et rappeler sa présence bienveillante.
Jusqu'ici, donc, pendant la chute, tout va à peu prêt bien. Mais quid de l'atterrissage à venir ? Deux éléments sont particulièrement inquiétants : la crise de confiance généralisée et l'apparition de la désespérance. D'autant que les premières victimes sont les jeunes, déjà tenus depuis des lustres partiellement à l'écart des avantages de notre modèle social. Quels rêves pourraient être les leurs aujourd'hui ? Que leur promettre à part le déclassement ? Que dire aux jeunes des «quartiers difficiles» qui se sentent encore un peu plus mis à l'écart ou aux jeunes qui seront diplômés à la fin de l'année scolaire mais sans réelle chance pour autant d'obtenir un emploi convenable ?
A défaut de réponse, leur désespérance devrait se traduire, selon les cas, par les comportements suivants : révolte, rage, apathie, destruction de soi, ainsi que par la sortie du système avec le développement de l'économie sous-terraine. Dès lors, les interrogations et les réponses d'aujourd'hui sont-elles les bonnes ?
La question actuellement sur toutes les lèvres est «à quand la reprise ?». La crise sera-t-elle en U, en L, en V ou en W ? Chacun y va de son opinion (le deuxième semestre 2009, le premier trimestre 2010...) ; chacun guette des signes de reprise à travers sa boule de cristal ou bien à l'indienne en posant son oreille sur les rails afin d'entendre le train de la reprise économique arriver.
Mais la reprise économique sera-t-elle cette panacée, ce Superman ou ce Zorro attendus aujourd'hui comme le Messie ? Un ou deux points de croissance du PIB (Produit intérieur brut) auront-ils la capacité d'une baguette magique, à savoir d'effacer le passé ? Un événement mondial tel une catastrophe humanitaire ou les prochains Jeux Olympiques serait-il suffisant pour oublier les questions de justice sociale soulevées aujourd'hui ?
Bien optimistes sont ceux croyant que la crise ne laissera pas des traces. Il sera difficile de faire comme si rien ne s'était passé. Par exemple, même si la croissance économique était demain au rendez-vous, la question du pouvoir d'achat et les autres revendications actuelles disparaîtraient-elles pour autant comme par enchantement ? Au contraire, elles seraient peut-être ravivées donnant lieu à de nouveaux conflits sociaux.
Aussi, en attendant Godot, une autre question devrait nous agiter tout autant que celle de la reprise économique : «quelle cohésion sociale pour demain ?». Quelle répartition de la richesse est-elle acceptable et économiquement efficace ? Qui remboursera demain l'endettement public d'aujourd'hui ? Quelle sera l'autorité des employeurs à la suite du comportement scandaleux de certains d'entre eux ? Quelle sera la crédibilité d'un Etat dont les caisses étaient déjà qualifiées de vides hier mais qui a tout de même su trouver en urgence des fonds quand il a jugé qu'il le fallait ?
Le psychologue américain Kurt Lewin appréhendait le changement à travers trois phases :
- La décristallisation, tout d'abord, c'est-à-dire la rupture d'un équilibre existant en raison de la modification des forces en présence ainsi que de la prise de conscience d'une nécessité ou d'un intérêt à changer.
- Le déplacement, à savoir la tentative d'atteindre un nouvel équilibre grâce à de nouveaux objectifs, de nouvelles valeurs, des nouvelles relations sociales...
- La cristallisation, c'est-à-dire la stabilisation et l'officialisation d'un nouvel équilibre.
Force est de constater que nous sommes encore dans la première phase, celle de la chute d'un équilibre perdu. Mais il est déjà temps de préparer la seconde pour amortir l'atterrissage : où voulons-nous aller ? Comme l'indique l'étymologie grecque du mot «crise», celle-ci consiste en un discernement en train de se faire. Or le débat actuel réunit avant tout les économistes et se focalise presque exclusivement sur les mesures d'accompagnement social de la crise. Ceci est sans doute nécessaire. Mais ne faudrait-il pas également convoquer V. Pareto, J. Rawls, A. Sen et bien d'autres pour réfléchir au modèle de justice sociale que nous voulons bâtir pour nos enfants ?
Bref, n'est-ce pas aujourd'hui qu'il faudrait ressortir cette idée, mise depuis quelque temps de côté, de «politique de civilisation» ?
Denis Monneuse
Mis à jour le 08/04/2009 à 22h20








































Vous posez les bonnes questions, a savoir y aura t il rééllement une sortie de crise et comment se fera elle? En effet la France ne résoudra pas sa sortie de crise avec un ou 2 point de croissance, elle n'est pas capable de plus, et elle le prouve quand tout va bien. Il faut enlever le mots démagogues de justice et modèle d'égalité sociale comme élément objectif dans un tel contexte. C'est pas le problème. La question est de créer de nouvelles richesses qui pourront alors faire l'objet d'une potentielle redistribution; mais voilà les industrilels n'ont aucun intérêts à développer des structures en France, ou exceptionnellement pour une raison spéciphique.
Les multinationales ne rêvent que de déménager leurs sièges sociaux encore en France en Gb, Suisse ou Belgique; ça n'a rien à voir avec le secret bancaire mais avec la protection du capital et des investisseurs, avec les règles décidées par des politiques dont les investisseurs veulent s'affranchir, contre la paperasse du controle étatique omniprésent entre autres.
Il y a donc raison de s'inquieter, car si les usines s'en vont elles ne sont pas prètes de revenir, quand un groupe a enfin réussi à se sortir des griffes du système francais ce n'est pas pour s'y remettre. Alors les salariés ont probablement raison de se plaindre mais il devrait se poser la question pourquoi on ferme les usines. On essaie bien de vendre aux investisseurs les infrastructures, les qualifs des employés etc....les industriels trouvent celà ailleurs à bon compte pour des prestations similaires, des prestations inférieures sont souvent suffisantes. Ce que veulent les investisseurs c'est assez clair: des lois stables, simples, claires et non rétroactives (ce n'est pas le cas), des coûts sociaux acceptables (ce n'est pas le cas) un Etat qui reste à sa place et non intrusif (ce n'est pas le cas), des syndicats représentatifs, non idéologues (pas des gestionnaires de caisses de retraite et de CE), une administration efficace et au service des clients pas l'inverse (les industriels ne sont pas là pour soutenir une idéologie et encore moins la financer en tout cas pas celle là) et une fiscalité acceptable. Vous me direz quelle audace, en fait on dépend de ces gens là? Et oui, pour faire autrement c'est le collectivisme (economie planifié de la Russie des années 30).
Alors ca va être trés dur en France.... Et je me demande s'il ne faut pas passez par là (genre la GB des années 70) pour qu'on arrête d'entendre les anneries concernant le retour de la social democratie ou les seuls qui en sont convaincus et bénéficiaires sont les ceux qui défendent des acquis sociaux de priviliégiés qui ont accaparé la sécurité de l'emploi, les revenus, etc (les fonctionnarisé et consorts). Maintenant on se reparlera quand l'inflation inéluctable va pointer son nez et quand l'Etat ne pourra plus payer car sa dette deviendra des junk bonds. On n'est pas encore au fond, il faut encore 2 ou 3 ans. A moins que vous pensiez que 4 ou 6 % de croissance est une chose possible ! Pourquoi pas mais expliquez moi.
Au cours de son histoire l'homme n'a cessé d'inventer des systèmes, des outils, des théories, des dogmes, différentes visions du monde pour maintenir son espèce et construire une conception d'un bonheur qui lui est peronnel.
Au centre de ces questions se situe tout dabord la question métaphysique, la question de notre habitus, à savoir l'ensemble des relations qui nous lient à notre nature en fonction d'un projet de dépassement de cette nature, ou de réconciliation avec notre humanité.
Notre conception récente de la définiiton d'humanisme liée à l'industrialisation et au taylorisme nous a contraint à se libérer de l'ordre ancien du monde pour lequel l'obscurantisme de la religion représentait l'organisation d'une transcendance.
Dès lors que cette transcendance est perdue, il ne reste plus qu'à considérer notre volonté de dépassement et d'accession à un bonheur synonyme de transcendance et de dépassement que par l'exploitation de notre nature et de nous mêmes, nous n'avons d'autres horizons que d'améliorer notre condition par la surenchère du cartésianisme matérialiste.
Cette vision du monde du monde demeure schizophrène d'une transcendance, d'une possible accession à un au-delà, à un dépassement synonyme de réponse, d'accomplissement et de bonheur.
En dehors des chemins tracés par la religion nous sommes orphelins d'une conception de notre destin, de notre raison d'être et le spirituel se fond dans le matérialisme à l'instant même ou le virtuel et l'usage de la lumière nous propose des liens différents entre chacuns de nous et la réalité.
L'avenir, ainsi qu'une potentielle sortie de la crise économique moral et politique, nous permettant à davantage de cohésion sociale ne pourra se construire que d'aprés une redéfinition de notre moral, pas seulement économique, mais une prise de conscience de notre être au monde séparé d'une transcendance archaïque de la religion, pour permettre à l'éducation, la culture, l'art, l'ensemble des activités qui nous rassemblent et nous permettent de coexister de lutter ensemble pour construire un bonheur dont les réponses ne résident pas dans un au-delà mais dans notre volonté de dompter collectivement notre part d'inconnu cause de l'ensemble de nos désordres, et contre laquelle nous feignons jusqu'alors de ne pas se soucier par notre obsination cartésienne et matérialsite.
Une crise systémique appelle à un changement de système, jusqu'alors nous avons acquis des droits, nous avons des principes de liberté, d'égalité, de fraternité, mais nous ne sommes pas dans une dynamique rationnelle et morale, on s'agite pour ne pas se poser les vraies questions et se confronter aux réponses qui nous manquent. on construit des buildings, des voitures, des systèmes financiers mondiaux sans cesse exponentiels pour croitre et aller plus vite, mais on ommet d'espèrer construire une cohérence social qui se base sur les valeurs simples qui ont jusqu'à présent permis notre développement à savoir de promouvoir l'intelligence, l'harmonie, la sagesse, la culture, l'art de contribuer à un monde dont nous sommes reponsables et d'en faire le meilleur des mondes.
Analyse intéressante mais pourquoi donc convoquer Vilfredo Pareto, théoricien - et laudateur - de l'élitisme et de l'inégalité, à cette réflexion sur la justice sociale ?