Sports

La Grande-Bretagne, un pays ou quatre nations de sport?

Yannick Cochennec

Pour les JO de Londres, tous les athlètes britanniques doivent concourir derrière le drapeau de la Grande-Bretagne. Mais les fédérations galloise (FAW), écossaise (SFA) et nord-irlandaise (IFA) de football refusent l’idée de cette équipe britannique qui pourrait donner de mauvaises idées à la Fifa.

Un supporter au Grand Prix de Formule 1 de Silverstone en 2009, REUTERS/Nigel Roddis

Un supporter au Grand Prix de Formule 1 de Silverstone en 2009, REUTERS/Nigel Roddis

Le crunch, puisque c’est ainsi qu’est désormais appelé le match du tournoi des VI Nations de rugby entre la France et l’Angleterre,  sera, comme à chaque fois, le sommet d’une épreuve qui tire une grande partie de son sel de cette explication entre frogs et rosbifs. De manière maladroite, à moins qu’elle ne soit consciente et tactique, Marc Lièvremont, le sélectionneur du XV de France, a ouvert les hostilités samedi 19 février en déclarant:

«Autant dire les choses sans hypocrisie, on a un peu de mal avec les Anglais. On les respecte, en tout cas moi je les respecte, mais on ne peut pas dire que ce soit avec eux qu'on ait le plus d'atomes crochus. On apprécie nos cousins italiens, avec qui on partage la même qualité de vie, on apprécie les Celtes et leur convivialité... Et puis parmi toutes ces nations, on a quand même un énorme point commun : on n'aime pas les Anglais! On a quitté Dublin le week-end dernier sous les encouragements de tous les Irlandais qui disaient: par pitié, battez les Anglais. Les Ecossais, c'est la même chose.»

En effet, cela va toujours mieux en le disant. En 2007, à la veille de la demi-finale de la coupe du monde de rugby entre la France et l’Angleterre, le Telegraph s’était amusé à recenser 30 raisons pour lesquelles les Anglais, à moins que ce ne soit les Britanniques, détestent les Français.

Traitement de faveur

Pour son plaisir personnel, chacun pourrait faire sa propre liste dans le sens inverse et il est probable que dans les diverses propositions figurerait à coup sûr l’idée que les Anglais (on ne dira jamais les Britanniques de ce côté du Channel) sont décidément des gens à part, se réservant toujours le droit d’un traitement particulier qui leur est généralement accordé en raison de leur statut d’îlien.

Le sport en est la preuve absolue. Lors la prochaine coupe du monde de rugby, en Nouvelle-Zélande, le royaume de sa très gracieuse majesté sera représenté par trois équipes: l’Angleterre, l’Ecosse et le Pays de Galles, également en lice dans le tournoi des VI nations. De son côté, la Fifa, la fédération internationale de football, accepte parmi les associations qui la composent l’Angleterre, l’Ecosse, le Pays de Galles et l’Irlande du Nord, entités qui ont chacune la possibilité de pouvoir se qualifier pour une Coupe du monde. En 1982, par exemple, lors du Mundial organisé en Espagne, l’Angleterre, l’Irlande du Nord et l’Ecosse avaient ainsi gagné leur billet pour la phase finale.

Imagine-t-on donner demain sa chance à la Catalogne -certains en rêvent là-bas- dans le cadre des éliminatoires d’une coupe du Monde de football? La région Aquitaine, terre fertile du ballon ovale en France, aurait-elle le droit de faire sécession pour cultiver sa différence et montrer ses plus beaux atours lors d’un tournoi qui pourrait devenir celui des VII nations? Evidemment, non.

Inventeurs du foot et du rugby

Lors d’une Coupe du monde, en principe, un seul pays et une seule étiquette devraient prévaloir, comme aux Jeux Olympiques et dans la quasi-totalité des disciplines: Grande-Bretagne. Mais voilà, vieille histoire qui remonte à la création de sports qui doivent tout, ou presque, aux dits Britanniques. Ils ont inventé le football, le rugby, le tennis, le golf… gloire donc à eux et ils bénéficient toujours, dans la plupart des cas, des privilèges qui vont avec ces naissances. En effet, il est admis qu’Anglais et Ecossais ont joué le premier match de football ayant opposé deux pays en 1872. Un an plus tôt, en 1871, les mêmes Ecossais et les mêmes Anglais avaient également disputé le premier match international de rugby. Depuis, la Fifa et l’IRB, l’International Rugby Board, la fédération internationale de rugby, respectent scrupuleusement ce droit d’aînesse en offrant un statut particulier aux nations britanniques.

Cela ne va pas sans faire quelques jaloux. Récemment, Gilbraltar, territoire britannique de quelque 30.000 habitants, avait demandé à adhérer à la Fifa et à l’UEFA, l’organisme du football européen, mais la demande a été rejetée de peur de froisser les Espagnols qui revendiquent Gibraltar et qui craignaient de voir leurs 17 régions autonomes demander à leur tour un traitement particulier sur la carte du football. Mais la Fifa n’est pas à une bizarrerie près puisqu’elle reconnaît, par exemple, les Iles Féroé qui font pourtant partie du royaume du Danemark. La Nouvelle-Calédonie est, elle-même, une entorse à une certaine logique dans la mesure où elle a été intronisée, en 2004, au congrès de Paris, en tant que 205e membre de la Fifa, après être devenue, en 1999, pays et territoire d’outre-mer.

Un seul drapeau aux JO

Pour les nations britanniques, soucieuses de leur autonomie, la question de leur souveraineté sportive est très sensible et peut même devenir une sorte de casus belli à l’image de la polémique concernant l’équipe de football qui représentera la Grande-Bretagne lors des prochains Jeux de Londres. Le Comité International Olympique (CIO) ne transige pas, en effet. Tous les athlètes doivent concourir derrière le drapeau de la Grande-Bretagne. Mais voilà que les fédérations galloise (FAW), écossaise (SFA) et nord-irlandaise (IFA) refusent l’idée de cette équipe britannique qui pourrait donner de mauvaises idées à la Fifa. La polémique est vive au point que la Fifa a dû donner des garanties écrites en indiquant que le fait qu’une équipe britannique de football voyant le jour pour cette occasion unique des Jeux de Londres n’entraînerait pas la fin des statuts particuliers des quatre nations britanniques entérinés notamment lors du congrès de la Fifa en 1946.

En vain. Lord Moynihan, à la tête du comité olympique britannique, qui espère cette équipe britannique, n’arrive pas à se faire entendre auprès des Ecossais, des Gallois et des Nord-Irlandais si bien qu’il est possible que seuls des Anglais composent cette équipe britannique (même chose pour l’équipe féminine). L’affaire se complique avec notamment le Gallois Gareth Bale, joueur de Tottenham, qui veut, lui, participer coûte que coûte à ces Jeux Olympiques sous la bannière britannique. Du coup, des actions judiciaires pourraient être engagées entre le joueur et la fédération galloise qui voudrait l’empêcher de réaliser son rêve

Il est probable que les habitants d’Ecosse, du Pays de Galles ou d’Irlande du Nord ne sont pas très chauds à l’idée de cette équipe de football unifiée dans un pays où l’on en vient même à faire des sondages pour avoir si le joueur de tennis Andy Murray est Britannique ou Ecossais. Ce même Murray, originaire de Dunblane, qui avait maladroitement annoncé qu’il supporterait n’importe quelle équipe à part celle d’Angleterre lors de la Coupe du monde de football 2006 et qui en disait long à cette occasion sur ce drôle de pays qu’est la Grande-Bretagne…

Yannick Cochennec

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Journaliste
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