Culture

Nos prévisions (presque) scientifiques pour les Césars et les Oscars 2011

Cécile Dehesdin, Alexis Ferenczi et Jean-Marie Pottier, mis à jour le 23.02.2012 à 17 h 39

Nous avons vu juste pour «Des hommes et des dieux», Roman Polanski, Eric Elmosnino et Sara Forestier aux Césars, «Le Discours d'un roi» et Colin Firth aux Oscars.

Roberto Benigni reçoit un César d'honneur le 22 février 2008. REUTERS/Benoit Tessier

Roberto Benigni reçoit un César d'honneur le 22 février 2008. REUTERS/Benoit Tessier

Actualisation le 28 février 2010: Triomphe (bis) de la science! Le Discours d'un roi a remporté le prix du meilleur film et du meilleur réalisateur, comme nos statistiques le prévoyaient. Colin Firth, qui n'avait jamais gagné d'Oscar, était proche de l'âge magique pour l'obtenir et dont le film était nommé, a remporté le prix du meilleur acteur. Et Natalie Portman a gagné l'Oscar de la meilleure actrice, comme prévu par le statisticien Iain Pardoe.

Lors de la cérémonie du 25 février, comme prévu par nos formules scientifiques, Sara Forestier (Le Nom des gens) et Eric Elmosnino (Gainsbourg, vie héroïque) ont remporté le César de la meilleure actrice et du meilleur acteur. Pour le duo meilleur film / meilleure mise en scène, le cru 2011 fait partie des 30% des cas où les prix ne sont pas décernés au même film: c'est donc Des hommes et des dieux qui a remporté le César du meilleur film et The Ghostwriter celui de la mise en scène. En revanche, c'est The Social Network qui a remporté le César du meilleur film étranger, et pas Bright Star, qui était statistiquement mieux placée.

Nous avions donc vu juste pour 8 cas sur 9, sachant que dans deux cas (meilleure actrice pour les Oscars et meilleure mise en scène pour les Césars), nos formules voyaient deux favoris.

Dans cet article, les détails des formules utilisées et les prévisions qui en découlaient.

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Cette année, c’est décidé, on ne se plantera pas pathétiquement dans nos pronostics sur les Césars et les Oscars. D’ailleurs on ne va pas parier, on va prévoir de manière scien-ti-fique (ou presque).

C’est qu’aux Etats-Unis, on prend les Academy Awards très au sérieux. La cérémonie est même le sujet d’un certain nombre d’études statistiques, qui se penchent sur les critères qui rentrent dans une nomination à l’Oscar (le genre du film, les récompenses passées des réalisateurs ou co-stars, etc) ou sur ceux qui permettent de remporter la fameuse statuette une fois nommé.

C’est en partant de ces dernières que nous vous livrons nos prévisions pour les catégories «meilleur film», «meilleur réalisateur», «meilleur acteur» et «meilleure actrice» de la 36e cérémonie des Césars, vendredi 25 février, et de 83e cérémonie des Oscars, dimanche 27, ainsi que pour le meilleur film étranger aux Césars. Elles ne nous assurent pas une victoire à 100%, mais on a toujours plus de chances d’avoir raison qu’au pifomètre ou au coup de cœur. Et puis là, si on se plante, on pourra accuser les statistiques d’un air mauvais (ou, plus probablement, le manque de rigueur de notre protocole scientifique).

Meilleur film et meilleur réalisateur

Pour ces catégories, on peut tenter d’appliquer les critères définis par le chercheur américain Andrew B. Bernard, qui a établi en 2004 un coefficient «d’oscaritude», ou par le statisticien Ian Pardoe:

1) le nombre de nominations: Pardoe a constaté que les films vainqueurs de l'Oscar du meilleur film ou du du meilleur réalisateur comptaient en moyenne neuf nominations, contre six pour les perdants.
2) le cumul de nominations: il ne faut pas espérer recevoir l’Oscar du meilleur film ou de la mise en scène quand on n’est pas nommé dans les deux catégories simultanément. La seule exception à la règle depuis l’après-guerre concerne Miss Daisy et son chauffeur de Bruce Beresford, Oscar du meilleur film en 1990.
3) le fait d'avoir été recompensé aux Golden Globes, qui se tiennent le mois avant les Oscars, ou par l'associations des réalisateurs ou des producteurs.
4) le casting, le scénario, etc. Andrew B. Bernard liste une série de caractéristiques qui favorisent un film nommé pour l’Oscar du meilleur film, et en retient quatre, hors le nombre de nominations: le fait d’avoir pour acteur principal un acteur d’un pays du Commonwealth (Royaume-Uni, Canada, Australie...), d’avoir pour personnage principal un génie, d’avoir un personnage principal qui monte à cheval (!!!) ou de ne pas être une comédie.

Nos prévisions

Iain Pardoe publie ses prédictions chaque année sur son site, et donne pour l'instant un net avantage au Discours d'un roi (photo) dans les deux catégories, avec ses douze nominations, en minimisant notamment l'importance des Golden Globes (lors desquels The Social Network a remporté les deux prix). Ceux qui jetteront un oeil aux variables de Andrew B. Bernard noteront eux que, si le film de Tom Hooper a pour acteur principal un Anglais, celui de David Fincher (huit nominations) a pour personnage principal un petit génie et le True Grit des frères Coen (dix nominations) un homme à cheval. De quoi donner le choix aux jurés si, comme cela arrive environ une année sur quatre, ils n'attribuent pas les deux Oscars au même film...

Discours

Notre adaptation pour les Césars

Selon nos calculs, la statistique sur les nominations se vérifie pour les Césars: pour les 36 films sacrés depuis 1976 (dont deux ex-aequo), le nombre moyen de nominations est de 8,6 pour les gagnants contre 7,1 pour les perdants. Pour les réalisateurs, les vainqueurs comptaient en moyenne 8,6 nominations et les perdants 6,6. Idem pour le cumul des nominations: le seul film à avoir reçu un des deux prix majeurs sans être nommé pour l'autre est Camille Claudel de Bruno Nuytten, César du meilleur film en 1989.

En revanche, il est difficile de trouver des indicateurs équivalents aux Golden Globes ou aux prix des associations de réalisateurs ou producteurs. Nous avons choisi d'examiner comment s'étaient comportés les films primés à Cannes quand ils sont nominés (c'est le cas de Des hommes et des dieux et Tournée cette année): 40% reçoivent un prix comparable aux Césars.

Enfin, on peut s'amuser à rechercher des indicateurs «scénaristiques» pour la France, comme Andrew B. Bernard l'a fait pour les Etats-Unis. Les films «historiques», de reconstitution du passé ou retraçant des faits réels ont ainsi décroché une grosse trentaine de Césars du meilleur film ou du meilleur réalisateur pour trois fois plus de nominations (dont cinq Césars du meilleur film pour des films se passant pendant la Seconde Guerre mondiale). Le registre comique, lui aussi, marche peu (seulement trois récompenses), au contraire des films dont la langue principale n’est pas le français, qui décrochent la timbale plus d’une fois sur deux (Providence, Tess, Le Pianiste voire La Guerre du feu, tourné dans un langage imaginaire...) quand ils sont nommés, peut-être en raison du caractère «prestigieux» du film international.

Nos prévisions

Si l’on additionne les différents critères (nombre de nominations par rapport à la moyenne de la catégorie «meilleur film» et à celle de la catégorie «meilleur réalisateur», statut de film «historique», film tourné dans une langue étrangère) et qu’on exclut les films non nommés dans les deux catégories, Des hommes et des dieux (photo), nominé onze fois, réunit quatre points, contre trois pour The Ghostwriter et un pour Tournée, nominés respectivement huit et six fois. Si l’académie, comme dans 70% des cas, «couple» les Césars du meilleur film et du meilleur réalisateur, les deux prix iront à Des hommes et des dieux; sinon, celui de la mise en scène sera pour The Ghostwriter.

Hommes et dieux

Le meilleur acteur et la meilleure actrice

Le statisticien Jay Bennett est parvenu à une formule d’après laquelle l’acteur ou l’actrice qui a le plus de chances de recevoir l'Oscar doit:

1) avoir son film nommé à l’Oscar du meilleur film
2) n’avoir jamais lui-même gagné d’Oscar
3) avoir un âge proche de 43 ans

Testé sur les résultats de 1936 à 1996, ce système n’est évidemment pas infaillible, comme Bennett le rappelait lui-même dans une interview en 2004:

«Si vous choisissiez à l’aveugle, vous n’auriez qu’une chance sur cinq d’avoir raison. Rien qu’en utilisant ces trois facteurs, vous montez à 50-50.»

Iain Pardoe estime lui au contraire que l’âge des nommés n’est pas un facteur important dans l'attribution d’une statuette (on a dit qu’on allait se servir de travaux scientifiques, pas qu’on n’allait pas se contredire). Il salue l’étude de Bennett, qui est parvenu à un taux de 47% de prévisions justes pour le meilleur acteur et 39% pour la meilleure actrice, mais la juge «quelque peu limitée par des définitions de variables arbitraires et des techniques d’estimation ad hoc». Il a donc défini ses propres critères qui, entre 1938 et 2009, lui ont permis de prédire correctement 70% des récompenses.

1) Il faut que le film de l’acteur soit nommé dans la catégorie meilleur film (en 82 ans, seuls douze acteurs ont gagné l’Oscar du meilleur acteur sans que leur film soit également nommé).
2) L’acteur a-t-il déjà été nommé pour cette catégorie? Plus il l’a été, plus il a de chances de gagner. Ce critère ne se vérifie en revanche pas pour les actrices.
3) L’acteur a-t-il déjà gagné pour cette catégorie? Plus il a gagné, moins il a de chances de regagner.
4) L’acteur a-t-il remporté un Golden Globe ou une autre récompense pour son rôle? Si oui, il a plus de chances d’avoir un Oscar pour ce même rôle.

Nos prévisions pour les Oscars

Meilleur acteur: Colin Firth, dont le film Le Discours d'un roi a été nommé et qui n’a jamais gagné d’Oscar. Il a 50 ans, soit sept ans de plus que l’âge magique de 43 ans, mais ses deux adversaires avec un film nommé et sans Oscar ont onze (James Franco pour 127 heures) et seize (Jesse Eisenberg pour The Social Network) ans de moins que ces 43 ans. Javier Bardem avait 41 ans en 2010 et n’a jamais gagné d’Oscar du meilleur acteur, mais Biutiful ne figure pas dans la catégorie «meilleur film». Iain Pardoe donne 99% de chances à Firth de remporter le prix, mais rappelle qu’il y a eu «de grandes surprises dans cette catégorie dans le passé, notamment Denzel Washington remportant l’Oscar au lieu de Russell Crowe en 2001».

Meilleure actrice: le duel des critiques entre Annette Bening (photo, dans Tout va bien, The Kids Are All Right) et Natalie Portman (Black Swan) se retrouve dans les statistiques. Les deux n’ont pas gagné d’Oscar de la meilleure actrice et voient leur film nommé, et aucune d’entre elles n’a l’âge magique. Léger avantage à Annette Bening, qui avait 52 ans en 2010 (neuf ans de plus que l'âge magique) et Natalie Portman 29 ans (quatorze ans de moins). Le modèle de Iain Pardoe donne lui l’avantage à Natalie Portman (87% de chances) contre Annette Bening (seulement 9%).

Bening

Notre adaptation pour les Césars

Pour adapter la formule de Jay Bennett aux Césars, nous avons cherché l’âge de chaque vainqueur depuis 1976, et trouvé que l’âge moyen du meilleur acteur était 47,5 ans, celui de la meilleure actrice 38,5 ans, et l’âge moyen «mixte» de 43 ans, comme pour les Oscars (coïncidence? Nous ne croyons pas). En France aussi, chez les 35 meilleurs acteurs, seuls huit –presque toutes des vieilles gloires– ont gagné le César pour un film non nommé dans la catégorie «meilleur film». Onze actrices (soit 31% des gagnantes) ont remporté le César de la meilleure actrice pour un film non nommé.

En voulant regarder si l’«avantage au vétéran des nominations» et le «désavantage au gagnant» du modèle de Iain Pardoe se retrouvaient en France, on a fait nos propres calculs. On s’est ainsi aperçus qu’il valait mieux, au contraire, en être à sa première nomination pour gagner le César du meilleur acteur: 26% des acteurs nommés pour la première fois ont gagné, alors que c'est le cas d'environ 15% de ceux qui ont déjà été nommés, qu'ils aient gagné ou non.

Nos prévisions pour les Césars

Meilleur acteur: le mieux placé est Eric Elmosnino, âgé de 46 ans en 2010, qui n’a jamais gagné de César du meilleur acteur, et dont le film Gainsbourg, vie héroïque, est nommé dans la catégorie «meilleur film». Il remplit donc les trois critères de la formule Bennett, et n’a en plus jamais été nommé pour ce prix, un avantage d’après nos calculs. Suivent Lambert Wilson (Des hommes et des dieux) et Jacques Gamblin (Le Nom des gens), qui avaient respectivement 52 et 53 ans en 2010, mais qui n’ont jamais gagné et dont les films sont tous les deux nommés.

Meilleure actrice: pas d’actrice à la formule gagnante mais deux possibilités «imparfaites». Charlotte Gainsbourg avait 39 ans en 2010 –pile l’âge magique–, n’a jamais gagné le César de la meilleure actrice, mais L’Arbre n’est pas nommé dans la catégorie «meilleur film». A l’inverse, Le Nom des gens (photo) est bien nommé, et Sara Forestier n’a jamais gagné ce César non plus, mais elle a seulement 24 ans. D’un autre côté, même si elle a gagné le César du meilleur espoir féminin, elle n’a jamais été nommée au César de la meilleure actrice, contrairement à Charlotte Gainsbourg. Avantage Sara Forestier.

César du meilleur film étranger

Pour gagner le César du meilleur film étranger, il vaut apparemment mieux, selon nos calculs, être une femme (60% de succès, certes pour cinq nominations seulement), avoir déjà gagné (un tiers des vainqueurs nommés à nouveau ont encore gagné) et avoir tourné un film anglophone non américain (les films anglophones représentent 60% des nominations et vainqueurs, mais les américains 51% des nommés pour seulement 37% des vainqueurs). Seulement six films francophones ont été nommés, et un seul a gagné (Toto le héros, de Jaco Van Dormael, en 1992). Par ailleurs, quand un film est nommé pour l'Oscar du meilleur film et le César du meilleur film étranger, il décroche un des deux trophées une fois sur deux (trois films ont réussi le doublé: Amadeus, Le Dernier empereur, Million Dollar Baby).

Notre prévision: une favorite évidente apparaît dans cette catégorie au vu de ces chiffres. Jane Campion est une femme, Bright Star un film anglophone non américain (néo-zélandais) et la réalisatrice a déjà remporté ce César en 1994 avec La Leçon de Piano. Certains voudront peut-être aussi jouer la carte Clint Eastwood, déjà vainqueur trois fois, un record.

La malédiction de la meilleure actrice

Remporter un Oscar ne fait pas que du bien aux gagnants, ou plutôt aux gagnantes: une étude sortie fin janvier a analysé la durée des mariages des «meilleurs acteurs» et «meilleures actrices» entre 1936 et 2010. Les gagnantes ont 63% de chances de voir leur mariage se terminer avant celui des perdantes (la durée moyenne d’un mariage de «meilleure actrice» est de 4,30 ans, contre 9,51 ans pour les nommées). Un écart qui ne se retrouve pas dans la catégorie des «meilleurs acteurs».

On souhaite à Natalie Portman –qui vient d’annoncer son mariage avec le chorégraphe de Black Swan Benjamin Millepied– ou à Annette Bening –mariée à Warren Beatty depuis près de 20 ans– d’échapper à la malédiction de la meilleure actrice…

Cécile Dehesdin, Alexis Ferenczi et Jean-Marie Pottier

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