Monde

Le crépuscule de la diplomatie française

Daniel Vernet, mis à jour le 25.02.2011 à 8 h 02

La préférence pour la stabilité est une constante du quai d'Orsay qui perd un à un tous ses partenaires traditionnels au Moyen-Orient. Les errements de Nicolas Sarkozy et du gouvernement ne doivent pas masquer la difficulté de nos diplomates avec le monde du XXIe siècle.

Coucher de soleil au nord de la Grèce Yannis Behrakis / Reuters

Coucher de soleil au nord de la Grèce. REUTERS / Yannis Behrakis

Le malaise s’amplifie dans la diplomatie française. La tribune du groupe Marly publiée dans le Monde du 23 février par quelques diplomates restés anonymes, dénonce  une politique étrangère marquée par «l'amateurisme, l'impulsivité et les préoccupations médiatiques à court terme». Ce n’est pas la première fois. Au cours des derniers mois, deux anciens ministres des affaires étrangères, Alain Juppé et Hubert Védrine, ont tiré la sonnette d’alarme face à la réduction des moyens mis à la disposition du Quai d’Orsay, qui empêcherait la France de mener une action extérieure ambitieuse. Trois anciens secrétaires généraux du ministère leur avaient emboîté le pas avant qu’un autre de leur collègue défende les diplomates qui «ne sont pas des incapables».

Mais la tribune du groupe Marly intervient dans un contexte nouveau caractérisé par les bourdes de la toute nouvelle ministre, Michèle Alliot-Marie et les hésitations de Nicolas Sarkozy, qui a eu besoin de plusieurs semaines avant de témoigner sa sympathie avec les mouvements populaires en Tunisie et au Caire. En Libye, il a réagi plus vite, peut-être pour faire oublier la réception fastueuse accordée à Kadhafi en 2007.

Depuis 2005, les diplomates n’ont pas chance avec leur ministre. Le dilettante Philippe Douste-Blazy a remplacé le sérieux Michel Barnier. Puis est venu le flamboyant Bernard Kouchner. Bien accueilli au Quai dans un premier temps, il a déçu en ne s’intéressant pas aux fonctionnaires et en ne manifestant qu’un appétit modéré pour les dossiers.

Officiellement, il n’y a pas lieu de s’inquiéter. Le Quai échange des centaines de mails chaque jour avec la cellule diplomatique de l’Elysée et il n’y pas une réunion autour du président de la République qui ne fasse l’objet d’une note pour le ministère. Celui-ci ne prend pas les décisions, il les prépare, comme cela a toujours été le cas sous la Vè République.

La faute à qui, alors, si la politique étrangère française a paru illisible au cours des dernières semaines? A personne, et d’ailleurs on n’aurait pas fait pire que nos alliés occidentaux. Les ambassades ont analysé avec beaucoup de sérieux e et de pertinence la situation dans les pays arabes et leurs contradictions, notamment à la suite de la crise de 2008-2009, dit-on. Ce qui est difficile à anticiper, c’est le moment du changement. Certes. Toutefois, quand la révolte populaire gagnait les rues de Tunis et du Caire, on a eu l’impression que la préférence pour la stabilité l’emportait sur toute autre considération. La diplomatie française voyait disparaitre ses partenaires traditionnels sur lesquels elle comptait, par exemple, pour son Union pour la Méditerranée, sans avoir envisagé une solution de rechange.

Au Quai d’Orsay, on défend les diplomates et on se garde de critiquer la cellule diplomatique de l’Elysée, a fortiori le président lui-même. On commence cependant à tirer les leçons du fiasco. Les ambassadeurs vont recevoir de nouvelles instructions, insistant sur la nécessité d’avoir des contacts les plus diversifiés possible dans toutes couches de la population, y compris l’opposition et les dissidents dans les régimes autoritaires. Et on s’interroge sur le message qui doit être celui de la France dans un période de grands bouleversements. La sous-estimation de l’aspiration au changement démocratique laissera des traces. Le thème de la défense des droits de l’homme, oublié ces dernières années malgré Kouchner, pourrait réapparaitre. Ce n’est pas dans la culture de la ministre dont l’entourage a d’abord réagi avec cynisme aux événements de Tunisie et du Caire.

Michèle Alliot-Marie gardera-t-elle son poste? La réponse n’est pas essentielle. Quoi qu’il en soit, la politique étrangère continuera d’être décidée à l’Elysée mais une personnalité plus crédible pour porter la voix de la France ne serait pas inutile dans cette période agitée. La tribune du groupe Marly est un signe que les diplomates sont passés de la déprime à la rébellion. D’une manière feutrée comme il convient à ce corps. Comme les magistrats ou d’autres, les diplomates se sentent méprisés par Nicolas Sarkozy qui les tient pour d’indécrottables conservateurs.

Daniel Vernet

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