France

Quand la voix de la France s'éraille

Thomas Legrand, mis à jour le 23.02.2011 à 14 h 30

Après les juges, les policiers, les gendarmes, ce sont les diplomates qui considèrent que leur mission est trahie et que la façon de conduire les affaires de l’Etat ne les met pas en situation de bien faire leur métier.

Quand ça veut pas, ça veut pas! Et là, ça ne veut vraiment pas! Je parle bien sûr du gouvernement et du président de la République.

Après les juges et les militaires, c’est un autre grand corps de l’Etat, un corps composé de hauts fonctionnaires par nature policés, réservés, mesurés, chargés de défendre les intérêts de la France et de porter sa parole à travers le monde, une parole spécifique… Celle d’un pays qui s’enorgueillit d’avoir offert à l’univers la Déclaration des droits de l’homme.

Eh bien c’est ce corps, les diplomates, qui exprime maintenant son malaise par un texte publié le 22 février sur le site du Monde et signé du pseudo collectif «Marly».

Les révolutions arabes ont servi de catalyseur, la France n’a pas su trouver les mots pour accompagner les peuples qui se libéraient et les diplomates n’acceptent d’être tenus pour responsables de la sidérante atonie de Paris.

L’argument des diplomates n’est pas d’ordre corporatiste ou défensif. Souvent, c’est vrai, ce corps assez conservateur, parfois compassé, ne brille pas par son audace. Mais là, il s’agit de dénoncer une politique élaborée à l’Elysée, exprimée par le chef de l’Etat et portée par une ministre disqualifiée et qui s’accroche.

Les diplomates ne veulent pas être tenus pour responsables d’une politique qu’ils jugent guidée par «l’impulsivité, l’amateurisme et les préoccupations médiatiques à court terme».

Un échec politique

Cette description très sévère de la façon de gouverner rappelle d’autres critiques récentes venues d’un autre corps d’Etat pas vraiment réputé lui non plus pour ses penchants insurrectionnels échevelés… Les juges en grève auraient pu prononcer ces mots. Et l’on pourrait ajouter à la liste certains policiers ou gendarmes exaspérés par une politique de l’affichage.

Alors il y a deux hypothèses: la première, ces grands corps d’Etat censés obéir, servir, ces fonctionnaires qui ont la sécurité de l’emploi et ne tirent leur légitimité d’aucune élection, outrepassent leur pouvoir.

Ça voudrait dire qu’une partie des militaires et policiers, que la quasi totalité du monde judiciaire et maintenant une partie indéterminée de diplomates a perdu le sens de l’Etat, oublié ses devoirs de neutralité et est devenue une bande d’activistes politiques mus par un sentiment d’opposition envers le président de la République.

Autre hypothèse: ces fonctionnaires et hauts fonctionnaires considèrent que leur mission est trahie et que la gouvernance, la façon de conduire les affaires de l’Etat ne les met pas en situation de bien faire leur métier.

Ce faisant, ils refusent d’endosser la responsabilité d’un échec qui serait purement politique. Le président est responsable, non seulement des idées qu’il veut mettre en œuvre, mais aussi de la manière de les mettre en œuvre. Quand on se tape sur les doigts, ce n’est pas la faute du marteau.

La diplomatie, la justice, la sécurité, c’est, avec les finances publiques, le cœur de l’Etat. Dans tous ces domaines qui composent la sphère régalienne du pouvoir, il y a pour l’instant un large sentiment d’échec.

Mettre en cause l’action des grands corps de l’Etat peut peut-être aider à gagner une élection présidentielle. Mais pour être réélu, pas élu, réélu président, ça paraît disons, inadapté.

Ce n’est pas cohérent avec la fameuse opération de «présidentialisation» de sa personne, lancée en septembre par Nicolas Sarkozy... en vue des élections de 2012. Pour être réélu président, encore faut-il être président.

Thomas Legrand

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