«Ma cassette. On m'a volé ma cassette!»
L'automobile était le dernier refuge de la cassette audio. Las, même en rade sur la bande d'arrêt d'urgence, on préfère désormais le MP3 à la bande magnétique.
- Cassettes audio Reuters -
Les gens qui roulent dans une Mégane fatiguée (il y en pas mal, la Mégane est la voiture d'occasion la plus vendue et l'âge moyen du parc français est supérieur à 8 ans) ne s'en sont peut-être pas encore rendus compte, mais l'autoradio à cassettes sur lequel ils écoutent les tubes routiers de Creedence Clearwater Revival est officiellement une antiquité.
Enfin, je dis «antiquité» par charité parce que, même si l'appareil est de marque japonaise et équipé de fonctions aussi bluffantes que l'auto-reverse ou l'avance rapide, le terme adéquat serait plutôt «vieillerie».
Eh oui. Dans la voiture ― du moins dans la voiture de l'automobiliste de pays riche qui s'achète des modèles récents ―, la cassette est désormais aussi obsolète qu'un gramophone dans un intérieur bourgeois. Bon, certains d'entre vous l'avaient noté, elle s'était déjà pris une fameuse claque derrière les oreilles avec l'arrêt par Sony de la production du Walkman. Tous ces kids avec des lecteurs MP3, tous ces cadres en scooter à trois roues avec des iPhone, il fallait bien que ça arrive…
Mais dans la bagnole, c'était autre chose. La cassette, c'était plus qu'un bête moyen d'écouter de la musique sur l'autoroute, c'était un art de vivre. Bien rangées dans leurs boîtiers et classées par genre dans de grosses boîtes en plastique noir de chez Norauto pour les maniaques, sans étiquette et en vrac sous les sièges pour les autres, la cassette était LA bande originale de vos Paris-Marseille nocturnes, LE son de ces milliers d'heures passées à piétiner sur le périph…
Il y avait des petits soucis, la bande magnétique se coinçait parfois dans le mécanisme et il fallait la rattraper avec la clé de contact avant de la rembobiner, toute froissée, à l'aide d'un vieux Bic Cristal déniché dans la boîte à gants, mais ça faisait partie du jeu. C'était la vie.
Mais voici qu'un article dans le New York Times nous apprend qu'aux Etats-Unis, le tout dernier véhicule équipé en série d'un lecteur de cassettes vient à peine de sortir des chaînes. C'est amusant parce qu'il s'agit d'une voiture de luxe (une Lexus SC 430) et qu'on aurait pu penser que c'était le genre d'auto dont les propriétaires ont les moyens d'en être déjà à la musique par télépathie. On imaginait aussi les Américains un poil plus en avance au plan techno, à vrai dire...
Et pour cause: sur le marché français, Renault, Peugeot et Citroën et leurs concurrents étrangers ne fournissent plus depuis longtemps que des lecteurs CD (pourtant également menacés d'obsolescence rapide) et des prises MP3 pour appareils mobiles ― qu'ils facturent d'ailleurs au prix fort pensant qu'un automobiliste est trop naïf pour réaliser qu'une prise USB, même installée dans une voiture, ça reste une prise USB.
Tiens, au dernier Mondial de
l'auto, je m'étais étonné d'apprendre que, sur un coupé Rolls
Royce Phantom à 438 000 euros, il fallait encore sortir 628 euros pour
l'option MP3 du lecteur de CD! A ce prix-là, ils pourraient vous filer
carrément l'iPod et toute la discothèque classique du Prince Charles en prime
mais non, même dans le très grand luxe, un sou reste un sou.
Une que ça surprend d'ailleurs encore plus, cette histoire de dernière Lexus à
cassettes chez les Yankees, c'est Hélène Vay, la responsable de la
communication de Lexus France: «Ici, nous n'avons plus aucune voiture
équipée de ce genre d'appareil depuis trois ans, la version 2009 du RX 400h ayant été la dernière». «Mais franchement,
poursuit-elle perplexe, je vois mal qui peut encore demander ça aux
Etats-Unis ou en France, d'autant plus que nous considérons que le son doit
être aussi haut-de-gamme que la voiture elle même… »
Haut-de-gamme, haut-de-gamme… Faut voir: le haut de la gamme, après tout, il n'était pas moins bon sur bande magnétique que sur MP3, les puristes affirmant que le numérique «aplatit» la musique et vient spécifiquement massacrer les aigus… Ok, ok, je sais, je mélange tout. Mais se faire voler sa cassette, même si c'est moins grave que de se faire piquer sa bagnole, ça reste perturbant. Demandez à Harpagon...
Hugues Serraf
Photo: Cassettes audio Reuters
Mis à jour le 23/02/2011 à 6h54















































Pour mon vieux break 200 TE (ceux qui connaissent apprécieront), tout de cuir naturel et de bois vêtu, je me suis fait des compiles cassettes (mixtape si vous voulez faire jeune). Principalement du Jazz et de la Soul d'entre 1947 et 1979... à donf sur l'autoroute (ou je vis il n'y a pas de radar ;-), le silence du à la suspension hydro-pneumatique de ma grosse teutonne ( restez calme, on parle mécanique là), sur mon Becker Mexico, je m'écoute les Isley ou les Doobie Brothers ( Long Train Running, un must à 180 kmh), Bill Withers, Perez Prado, Cal Tjader, Chico Freeman, Donald Byrd, Jorge Ben ou Tim Maia.
Je me fais d'abord une play-list sur iTunes, puis je relie mon interface audio (Apogee Duet, 24 bit, le son énorme!) à mon vieux Nakamichi toujours fidèle au poste. Une bonne TDK Chrome 90 minutes (sans Dolby bien évidemment, pour pas bouffer les dynamiques) et hop, mieux que la machine de HG Wells, je retourne à mes 20 ans...
Quand la musique devient une niche pour riches c'est que le moyen âge n'est plus très loin, non?
Se procurer une cellule pour la platine tourne disque est une expédition à la Indiana Jones, il n'y a plus qu'un magasin de disques à New York et deux à Londres, posséder une chaîne hifi est faire acte d'une arriération totale et le top du ringardisme absolu est la possession d'un magnétophone à bandes!
Pourtant mes lecteurs de cassette EL3303 fonctionnent encore, voyez un peu ici par exemple et pour les souvenirs....
http://www.youtube.com/watch?v=FjzBh6vFJiI&feature=related