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Merci Lance Armstrong!

Yannick Cochennec, mis à jour le 22.02.2011 à 16 h 33

Le septuple vainqueur du Tour de France vient d'arrêter sa carrière controversée.

Lance Armstrong sur les Champs-Elysées le 25 juilet 2010, REUTERS/Benoit Tessier

Lance Armstrong sur les Champs-Elysées le 25 juilet 2010, REUTERS/Benoit Tessier

Voilà quelques jours, Lance Armstrong, 39 ans, a mis un terme, semble-t-il définitif, à sa carrière et nous avons un peu oublié de lui dire merci. Merci malgré les forts soupçons de dopage qui planent au-dessus de sa tête? Oui, un merci sincère et sans ironie pour toute son œuvre et cela quels que soient les résultats à venir de l’enquête diligentée aux Etats-Unis par la Food and Drug Administration (FDA) au sujet d’un possible détournement de fonds publics destinés à financer le dopage au sein de l’équipe US Postal, celle où Armstrong s’est constitué le palmarès que l’on sait, avec sept victoires au compteur -record absolu- lors du Tour de France.

Damien Ressiot, journaliste à L’Equipe, spécialiste du dopage, auteur notamment des informations qui ont ébranlé la citadelle texane en 2005 en révélant que des traces d’EPO avaient été trouvées dans des urines datant de 1999, a dressé, le 11 février dernier, dans les colonnes du quotidien sportif, un portrait plutôt inquiétant de l’enquêteur lancé aux trousses d’Armstrong, un certain Jeff Novitzky qu’apparemment il ne vaut mieux pas croiser sur sa route:

«L’ancien inspecteur de l’Internal Revenue Service (IRS), brigade financière redoutée qu’il quitta en avril 2008 pour la FDA, ne fait pas forcément l’unanimité sur le sol américain. En plus de s’attaquer à l’icône des malades atteints du cancer doublée de l’archétype du champion américain bionique, Novitzky se sait fragilisé par ceux qui stigmatisent le peu d’académisme de ses méthodes.

Plusieurs avocats ou procureurs impliqués dans l’affaire BALCO, que Novitzky mit à jour après plus d’un an d’enquête (d’avril 2002 à septembre 2003), ont dénoncé ses «habitudes»: terroriser les suspects, leur faire cracher le morceau sur une possible malversation qu’ils ne pourront plus nier sous peine de parjure, et les orienter vers la dénonciation des proies qu’il a dans son viseur.

Victor Conte, cerveau malade des laboratoires qui fourguaient les produits dopants à Marion Jones et consorts, s’était ainsi insurgé: ‘C’est un flic avec des méthodes de voyou. L’État américain est censé traquer des voyous et il utilise des enquêteurs aux mœurs comparables...’»

Après avoir remercié Lance Armstrong, défendu par Mark Fabiani, un ancien conseiller la Maison Blanche, nous lui souhaiterons donc aussi bonne chance.

En France, depuis de nombreuses années, Lance Armstrong est devenu un éternel cœur de cible qu’il ne faut pas rater, chacun rêvant un jour de voir la flèche de l’un de ses pourfendeurs se planter dans le rouge du 10. Ne soyons pas dupes: Lance Armstrong n’est pas un enfant de chœur. Derrière le masque immobile de son visage qui ne paraissait jamais laisser transpirer la moindre souffrance sa cache un vrai prédateur de la course sur route, aux méthodes musclées, qui a peut-être, sans doute, employé des méthodes illégales pour se tailler son monumental palmarès. Mais mérite-t-il autant de haine? Car précisons au passage que tout vainqueur du Tour de France, depuis la nuit des temps, semble avoir franchi la ligne jaune, Français légendaires y compris sur lesquels il est commode de jeter un voile pudique car eux, ce sont des héros, des vrais.

Un grand champion malgré tout

Mais qu’importe le flacon (d’urine), pourvu qu’on ait l’ivresse du champion avec Lance Armstrong. Car c’est évidemment un grand champion au-delà de ces investigations qui n’y changeront rien. Toute son histoire est là pour l’attester. Comment un jeune homme victime d’un cancer des testicules a survécu pour devenir ensuite, qui sait, le plus grand dans l’histoire de son sport et, à coup sûr, l’un des plus grands du sport en général. C’est peut-être une histoire à l’eau de rose pour ceux qui le détestent, mais il s’agit néanmoins d’une réalité, carrément incroyable, à côté de laquelle il est impossible de passer sans même à avoir joué du violon.

Dans un article passionnant du New York Times, Christopher Clarey, journaliste américain qui a longtemps vécu en France et en Espagne, nous a fait partager, il y a quelques jours, l’ambivalence de ses sentiments qui, je l’admets, sont aussi les miens. Au-delà des faits qui lui sont reprochés, Clarey rappelle combien Armstrong, qui a levé des dizaines de millions de dollars pour la lutte contre le cancer, a été, et demeure, un modèle et une source d’inspiration pour ceux qui, comme lui, ont traversé ou traversent l’épreuve du cancer. Il raconte notamment avoir rencontré, un jour au bord d’une route australienne, une spectatrice, survivante d’un cancer du sein, qui brandissait une pancarte sur laquelle était naïvement écrite: «Lance, voudriez-vous venir dîner à la maison?».

Le «give back»

Que fait-on de sa célébrité et, par extension, de l’argent qui va avec? Aux Etats-Unis, il existe cette idée du «give back», rendre en quelque sorte la monnaie de la chance que l’on a eue. Chaque millionnaire a sa fondation et ses œuvres de charité qui sont une obligation naturelle. Les sportifs n’échappent pas à cette règle et de ce point de vue, Lance Armstrong aura beaucoup fait pour la cause qu’il défend. Qui dit mieux que lui, y compris sous nos latitudes plus radines?

Rappelons aussi qu’Armstrong n’est pas devenu un champion par la seule opération du saint-esprit de produits dopants. Il a aussi énormément travaillé pour cela, et c’est écrit sans rire. En France, en fait, il n’est pas aimé parce qu’il ne s’est jamais rendu aimable. Il n’a jamais trop fait l’effort de parler le français, crime de lèse-majesté au pays d’Yvette Horner qui animait jadis les arrivées du Tour de France. Il est possible qu’on lui en veuille aussi d’avoir enterré le cyclisme tel qu’on le connaissait et qu’on l’aimait. Ce cyclisme à papa, tellement loin de cette professionnalisation à outrance et de ces oreillettes qu’appréciait porter l’Américain pour parler à ses lieutenants de course. Ce cyclisme des critériums d’après Tour de France qu’Armstrong a snobés et donc en partie contribué à faire disparaître.

En raison de sa stature «bigger than life» et de sa figure planétaire, Armstrong a accéléré la mondialisation d’un sport dans lequel les équipes françaises ne comptent plus pour grand-chose. Nous, Français, nous lui en voulons peut-être aussi pour cela. Nous avons la chance d’organiser le Tour de France que nous n’avons plus aucune chance de gagner -Bernard Hinault 25 ans déjà- mais Tour de France qui n’a jamais été aussi populaire et médiatisé à travers le monde. Merci qui?

Yannick Cochennec

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