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Rions avec le Parlement européen

Daniel Cohn-Bendit, en septembre 2009. REUTERS/Vincent Kessler

Daniel Cohn-Bendit, en septembre 2009. REUTERS/Vincent Kessler

N'intéressant que rarement les médias, le Parlement européen est pourtant un lieu plein de vie, où le débat politique prend souvent de la hauteur.

Plus grande assemblée démocratique du monde, le Parlement européen compte aujourd'hui 751 députés. 754 si sont pris en compte les trois élus allemands résiduels du Traité de Nice qui malgré la mise en place du Traité de Lisbonne peuvent encore siéger et voter. Mais uniquement 752 si nous décomptons les deux députés français toujours manquants à l'appel.

Bref, c'est compliqué.

Mais démocratique. S'y côtoient 27 nationalités et des couleurs politiques allant de l'extrême gauche à l'extrême droite en passant par le Parti Pirate suédois, des régionalistes/indépendantistes de tous horizons (flamands, catalans, padaniens, etc) ainsi que bien sûr par de férus eurosceptiques.

Ce mélange donne des réactions détonantes. Car malgré l'image qu'il dégage, celle d'un hémicycle où il ne se passe pas grand-chose, le Parlement européen est un lieu assez bruyant. Les hommes politiques savent se lâcher. Ils n'en viennent jamais aux mains comme au Parlement sud-coréen ou ukrainien. Leurs spécialités, ce sont plutôt les petites phrases et les pull-overs verts.

La Seconde Guerre mondiale, une inspiration sans fin

Avec autant de nationalités différentes, issues de pays qui ont allègrement guerroyé les uns contre les autres durant des siècles, la référence historique reste une valeur sûre lorsqu'un débat s'envenime un peu.

Un vieux slogan nazi

La dernière en date remonte au mercredi 24 novembre 2010. Alors que le président du groupe socialiste du Parlement européen, Martin Schulz, s'exprimait en séance plénière, un eurodéputé britannique du groupe Europe des libertés et démocratie (droite nationaliste –eurosceptiques– Philippe de Villiers en est membre) lui adressa une phrase bien connue en Allemagne: «Ein Reich, Ein Volk, Ein Führer» (un Empire, un peuple, un guide).

(A la dixième seconde de la vidéo)

Cette expression fait directement référence à l'époque nazie et Adolf Hitler.

Le président du Parlement européen, Jerzy Buzek, n'a pas réagi directement. Il a fallu l'intervention du président du Parti populaire européen (conservateur), le Français Joseph Daul pour que quelques minutes plus tard, le député britannique soit expulsé de la salle non sans quelques remous. Refusant de s'excuser, il prit la peine d'ajouter que Martin Schulz était un «fasciste anti-démocratique» (voir à la 50e seconde de la vidéo).

Quelques minutes plus tard, il n'a pas manqué de revenir à la charge, s'offusquant de son éviction et arguant qu'il avait été élu par le peuple, provoquant même une suspension de séance pendant cinq minutes et l'ire de Bruno Gollnisch.

Encore Martin Schulz

Ce n'est pas la première fois que Martin Schulz se fait brocarder en raison de l'Histoire de son pays. En 2003, lors du discours d'ouverture de la présidence italienne de l'Union européenne, le Président du Conseil de l'époque, un certain Silvio Berlusconi, avait déclaré ceci:

retrouver ce média sur www.ina.fr

(Voir à la 50e seconde)

Tollé général dans le Parlement européen, mais Silvio Berlusconi, du fait de son rang, ne fut pas expulsé de l'hémicycle.

Jean-Marie Le Pen remet une couche

En mars 2009, alors que les élections européennes s'approchent, certains députés (dont Martin Schulz) demandent une modification du règlement interne du Parlement. En effet, les règles en vigueur, en cas de réélection, Jean-Marie Le Pen serait alors l'élu le plus âgé de l'Assemblée et aurait ainsi le droit de présider la séance d'ouverture.

Dénonçant l'initiative, Jean-Marie Le Pen prend la parole et n'hésite alors pas à prononcer une phrase qui lui a déjà coûté cher: «Les chambres à gaz étaient un détail de la guerre mondiale.»

Le règlement fut changé. Jean-Marie Le Pen ne présida jamais la séance d'ouverture.

Cohn-Bendit, fidèle à lui-même

Dans un registre plus politique, le député écolo français a la réputation de ne pas avoir sa langue dans sa poche. Lors du vote sur la nouvelle Commission (février 2010), il prononce un discours cinglant envers l'inaction du José Manuel Barroso lors de son premier mandat et la passivité du Parlement qui se prépare à enterrer sa reconduction par les chefs d'États et de gouvernements.

S'emportant un peu, Martin Schulz (encore? décidément) le taquine quelque peu jusqu'à ce que Daniel Cohn-Bendit lui lâche: «Ta gueule!»

(voir à 1min15)

Mais parfois, il arrive que l'ancien soixante-huitard soit pris à son propre jeu. Ce fut le cas lorsque le Président français, Nicolas Sarkozy, alors Président du Conseil européen, est l'invité du Parlement européen. Jouant sur le côté médiatique du Parlementaire européen, le chef de l'État lui rappelle que malgré toutes ses diatribes, ils s'aiment bien... Ce qui fait rire l'ensemble de l'hémicycle.


Sarkozy casse Cohn-Bendit
envoyé par Hprod2008. - L'info video en direct.

D'ailleurs, il est possible de voir sur cette vidéo le sourire et les applaudissements de Daniel Cohn-Bendit envers Nicolas Sarkozy lorsque ce dernier tacle Jean-Marie Le Pen


Parlement européen : Sarkozy - Le Pen
envoyé par jules-2006. - Regardez les dernières vidéos d'actu.

Vous aimez ou vous... quittez

En janvier 2009, les députés européens avaient accueilli le Président tchèque, Vaclav Klaus, connu pour être eurosceptique. Probablement mauvais joueurs ce jour-là, nombre d'élus décidèrent de quitter la salle en plein discours, quand le chef de l'Etat tchèque remit en cause la construction européenne...

(Voir à partir de 4min45)

Bien entendu, à l'inverse, les eurosceptiques l'applaudirent.

Nigel Farage, la super star

Mais de tous, le champion européen, toute catégorie confondue de la provocation au Parlement européen, c'est le Britannique eurosceptique Nigel Farage, leader du Parti pour l'Indépendance du Royaume-Uni.

Ses frasques sont nombreuses.

La plus connue et celle qui fit le plus de bruit date de février 2010. Lors du passage d'Herman Van Rompuy, le fraîchement nommé président permanent du Conseil européen, au Parlement européen, Nigel Farage le compare à… une serpillère humide ayant le charisme d'un guichetier de banque...

Là encore le président de séance, Jerzy Buzek n'avait pas réagi. Ce ne fut qu'après-coup qu'il fut convoqué par le Président du Parlement européen, qui lui demanda de s'excuser pour ses propos envers Herman Van Rompuy.

Ce qu'il refusa de faire, déclarant via une vidéo que ses excuses allaient aux guichetiers de banque pour les avoir comparés à l'ancien Premier ministre belge...

Il fut finalement condamné à 2.980 euros d'amende.

Aussi, en 2008, au lendemain du non irlandais au Traité de Lisbonne, lui-même ainsi que tous les députés de son groupe s'étaient rendus dans l'hémicycle vêtus d'un pull-over vert et munis de banderoles, demandant le respect du choix des Irlandais et la fin des ratifications nationales:

Après tous ces exemples, nous pouvons nous demander comment Rachida Dati peut trouver son nouveau mandat aussi ennuyant...Souvenez-vous.

Jean-Sébastien Lefebvre 

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