Culture

Dix disques étonnants pour attendre le Radiohead

Jean-Marie Pottier, mis à jour le 21.02.2011 à 23 h 30

Alors que les Britanniques annoncent pour le mois de mai une mystérieuse version «journal» de leur nouvel album «The King of Limbs», retour sur des «emballages» ou des concepts qui ont marqué l'histoire du disque rock.

La pochette du maxi-45 tours «Blue Monday» de New Order

Le maxi-45 tours «Blue Monday» de New Order. Photo chinnian via Flickr CC License by

Vous n'en pouvez plus d'attendre la version physique du King of Limbs de Radiohead, publié vendredi en téléchargement payant, et pour laquelle le groupe annonce pour mai un mystérieux et «peut-être» inédit format appelé «newspaper edition»? Vous en avez marre des boîtes basiques de CD alignées sur vos étagères ou des tonnes de MP3 anonymes empilés dans votre lecteur?

On a pensé à vous et on a sélectionné ci-dessous, dans l’ordre chronologique, dix des «objets-disques» parmi les plus originaux de l’histoire du rock. Pour la plupart trouvables pour plusieurs dizaines ou centaines d’euros via des sites comme Discogs, Gemm ou encore eBay, ils sont souvent collector, leurs particularités ayant été supprimées au fil des rééditions.

Le disque à peler

VelvetThe Velvet Underground The Velvet Underground & Nico [Verve, 1967] Une des pochettes les plus célèbres de l’histoire du rock, dessinée par Andy Warhol himself: tout le monde connaît la célèbre banane qui orne le premier disque du groupe de Lou Reed et John Cale. Moins connu, en revanche, est le fait que, sur les premières éditions, on pouvait peler la banane («Peel slowly and see») pour dévoiler, en-dessous, de la chair rose. Une rumeur prétendra même que la colle qui servait à fixer la peau de la banane était imprégnée de LSD... Warhol poursuivra dans cette veine avec Sticky Fingers des Rolling Stones (1971), dont les premières éditions permettaient de tirer sur le zip du jean du modèle Joe Dallesandro.

Le disque à priser

OgdenThe Small Faces Ogden’s Nut Gone Flake [Immediate, 1968] Ogdens' Nut-Brown Flake était le nom d’une marque de tabac créée à Liverpool à la fin du XIXe siècle, que les Small Faces changèrent en Ogden’s Nut Gone Flake pour imaginer quel nom pourrait avoir une marque de marijuana si celle-ci était en vente libre. Avec sa pochette ronde en métal (vite remplacée par du carton classique, moins onéreux, pour les pressages suivants) pour reproduire le design de la boîte à tabac, ce disque était peu pratique à ranger sur les étagères des disquaires, mais atteignit néanmoins la première place des charts britanniques. Il remporta également un prix de «design industriel».

Le disque triple-face

MontyThe Monty Python Matching Tie and Handkerchief [Charisma, 1973] On triche un peu, puisqu’il est assez peu question de musique sur ce disque de sketches des immortels compositeurs de Always Look on the Bright Side of Life et Galaxy Song. Mais, au-delà de son aspect cadeau Bonux (il était présenté comme un bonus vendu avec une cravate et un mouchoir assortis), son dispositif est trop génial pour être oublié: sur la deuxième face du vinyle sont finement entrelacés deux sillons distincts, ce qui fait que deux séquences de morceaux différentes sont jouées selon l’endroit où l’auditeur pose le diamant. Un «double groove» réutilisé par Laurie Anderson, Kate Bush, les Fine Young Cannibals...

Le disque pour allumer

WailersThe Wailers Catch a Fire [Island, 1973] Aujourd’hui, quand on achète ce premier disque des Wailers pour le célèbre label Island, on voit sur la pochette Bob Marley en train de se fumer un gros joint. Dans la version originale, on avait de quoi l’allumer: elle représente un Zippo qu’il est possible d’ouvrir en écartant les deux bords de la pochette, révélant l'image d'une flamme. Un dispositif onéreux car fabriqué à la main et qui sera limité à 20.000 exemplaires, la pochette Zippo étant ensuite reproduite pour la réédition luxe de l'album en CD, en 2001. Entre les deux pochettes, une autre différence de taille: on passe de The Wailers à Bob Marley & The Wailers, histoire de mieux valoriser la star...

Le disque à visionner

MetalPublic Image Ltd. Metal Box [Virgin, 1979] Douze titres sur le deuxième album du groupe de John Lydon, le plus banal des total. Oui, mais divisés sur trois 45 tours (ce qui permettait, grâce à des sillons élargis, de mieux entendre la basse monstrueuse de Jah Wobble), eux-mêmes enfermés dans une boîte en métal gris semblable à celle où les projectionnistes rangent les bobines des films. Pour ce disque, vite réédité sous une forme plus classique sous le titre Second Edition (puis republié en CD sous sa forme originale), le groupe avait aussi imaginé au début une pochette en forme de boîte de sardines... «sauf que nous n’aurions pas vendu la clef avec», ajoutera le guitariste Keith Levene.

Le disque pour poncer

DuruttiThe Durutti Column The Return of the Durutti Column [Factory, 1979] Une pochette aussi rugueuse que la musique à l'intérieur est vaporeuse: le premier album du groupe du Mancunien Viny Reilly était emballé dans une pochette en papier de verre censée abîmer les autres disques avec qui elle serait en contact dans des boîtes de rangement... Une idée inspirée de Guy Debord, dont les Mémoires étaient initialement parus sous une couverture en papier de verre. La petite histoire veut que les pochettes aient été assemblées à la main par Ian Curtis, le chanteur de Joy Division, qui cherchait à arrondir ses fins de mois, et auquel Vini Reilly rendra hommage après son suicide dans sa chanson Missing Boy.

Le disque à moitié vide

BowBow Wow Wow C-30 C-60 C-90 Go! [EMI, 1980] Disparu en 2009, Malcolm McLaren a toujours eu le génie de la publicité, avec ses poulains des Sex Pistols comme avec son groupe suivant, Bow Wow Wow, créé en assemblant autour de la jeune chanteuse Annabelle d’anciens membres du groupe Adam & The Ants. Au programme, un premier album, Your Cassette Pet, disponible seulement sur cassette à sa sortie, et jamais réédité dans un autre format. Un deuxième dont la pochette sulfureuse détournait Le Déjeuner sur l'herbe de Manet. Et surtout un premier single, C-30 C-60 C-90 Go!, dont la version cassette ne contenait de la musique que sur une face, l'autre étant vierge afin de pouvoir y copier d'autres disques. Un appel au piratage qui scandalisera le label du groupe, EMI.

Le disque(tte)

NewNew Order Blue Monday [Factory, 1983] Autoproclamé par son label plus grosse vente de l’histoire du format maxi-45 tours, ce single, qui ne figure sur aucun album du groupe, se présentait sous une pochette futuriste pour l’époque, reproduisant avec ses trous le design d’une disquette d'ordinateur. Une rumeur tenace veut que, malgré ses ventes de plusieurs millions d’exemplaires, la référence FAC73 de Factory n’ait rien rapporté au label dans un premier temps, car il perdait deux pence sur chaque exemplaire vendu en raison du coût de la pochette. Celle-ci est devenue tellement culte qu'il y a quelques années, un Anglais avait créé une association de détenteurs, The Blue Monday Owners Club.

Le disque à écouter chez Darty

ZaireekaThe Flaming Lips Zaireeka [Warner, 1997] Dans un article publié en 1972 dans Creem, Lester Bangs se moquait de la mégalomanie du groupe Chicago en suggérant qu’ils sortent un septuple album, un par membre du groupe, à écouter simultanément sur sept chaînes. Une idée reprise au vol par les Flaming Lips avec «seulement» quatre disques, le principe étant que le décalage créé par l’absence de synchronisation entre les lecteurs, ou le fait de n’écouter que deux ou trois des disques, ferait de chaque écoute une expérience unique. Le groupe vient de récidiver avec Two Blobs Fucking, une série de douze morceaux à écouter simultanément sur YouTube avec douze smartphones.

Le disque sur ordonnance

LadiesSpiritualized Ladies and Gentlemen, We Are Floating in Space [Dedicated, 1997] Jusqu’ici, tous les disques «spéciaux» que nous avons sélectionnés figurent dans leur version de base. Tant qu'à choisir une version luxe, on aurait pu prendre ce coffret de si bon goût de Rammstein, mais faisons plutôt une exception pour le magnifique concept de l’édition spéciale du chef-d’oeuvre du groupe de Jason Pierce. La version de base ne donne droit qu’à un visuel reprenant celui d’une boîte de médicaments, mais celle de luxe propose douze CD-un titre emballés dans deux tablettes de six alvéoles, comme des cachets. Et le disque est tellement bon qu'il est recommandé, contrairement aux usages pharmaceutiques, d'avaler toute la boîte d'un coup.

Jean-Marie Pottier

Vous connaissez ou vous avez dans votre discothèque d'autres disques de conception originale ou aux pochettes bizarres? Racontez-le nous dans les commentaires.

Jean-Marie Pottier
Jean-Marie Pottier (944 articles)
Rédacteur en chef, responsable de la newsletter politique «Le Jour d'après». Auteur de «Indie Pop 1979-1997» et «Ground Zero. Une histoire musicale du 11-Septembre» (Le Mot et le Reste).
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