Economie

L’économie mondiale ne va pas si mal, au fond…

Gérard Horny, mis à jour le 21.02.2011 à 9 h 21

Les industriels du luxe font tous état de résultats en forte hausse. Ils sont le témoin d’une croissance soutenue en 2010. L’économie mondiale va bien. Beaucoup mieux que la plupart d’entre nous peuvent le penser au vu de l’évolution de leurs perspectives d’emploi et de revenus.

En Chine. REUTERS/Stringer

En Chine. REUTERS/Stringer

Plus de 20 milliards d’euros de chiffre d’affaires pour LVMH en 2010, plus de 2 milliards de résultat net, Bernard Arnault a raison de parler d’un «grand millésime». L’année 2011 promet d’être encore meilleure. Et cette performance n’est pas isolée : d’une façon générale, toutes les entreprises du luxe se portent très bien.

Faut-il s’en étonner? Non, l’année 2010 a été marquée par une croissance soutenue de l’activité sur pratiquement tous les continents. Le FMI estime que le PIB mondial a crû en volume de 5% et il s’attend à des chiffres encore élevés, de l’ordre de 4,5% pour cette année et l’an prochain (PDF).

Ces prévisions s’appuient évidemment sur des considérations purement économiques, les seules qui puissent  faire l’objet de calculs mathématiques. Si les crises politiques tunisienne et égyptienne devaient avoir un effet domino et perturber gravement la production dans les pays producteurs de pétrole du Moyen-Orient, les scénarios esquissés pour 2011 seraient à revoir. Mais, objectivement, telle que la situation se présente aujourd’hui, l’économie mondiale va bien. Même si, fort logiquement, les commentaires portent plus sur ce qui ne va pas.

Manque de visibilité aux Etats-Unis

Beaucoup d’économistes restent pessimistes pour les Etats-Unis. Avec un taux de chômage encore élevé et un secteur immobilier toujours sinistré, ils ne voient pas comment la croissance américaine pourrait être soutenue. Sur ce point, les derniers chiffres publiés outre Atlantique n’améliorent guère la visibilité: le taux de chômage a reculé de 9,4% à 9% en janvier  alors que l’économie n’a créé que 36.000 emplois.

Cela dit, quand on regarde dans le détail, on constate que 38.000 emplois ont été supprimés dans le transport et qu’il en a été de même pour 32.000 emplois dans la construction. Est-ce vraiment étonnant dans un pays qui a subi des intempéries hivernales particulièrement fortes? La lecture de ces statistiques ne permet pas de conclusions définitives sur la santé du pays.

En revanche, une certitude: la politique monétaire et la politique budgétaire sont toutes deux très expansionnistes et cela va durer. Quant aux entreprises, elles ont encore enregistré de solides gains de productivité, ce qui est excellent pour leur rentabilité et l’investissement. Si l’évolution des salaires est très modérée, le nombre d’heures travaillées est en augmentation, ce qui permet, avec le maintien des exonérations fiscales et la baisse des cotisations sociales, une légère progression du pouvoir d’achat.

Ajoutons que, aux Etats-Unis comme ailleurs, ce sont les variations de la consommation des ménages aux revenus les plus élevés qui font la différence : plus le pouvoir d’achat est élevé, plus le poids des dépenses «discrétionnaires», celles que l’on peut relever ou abaisser sans trop de problèmes en fonction de la conjoncture et de son degré de confiance dans l’avenir, est élevé. On l’avait vu fin 2008 après la faillite de Lehman Brothers, quand les dépenses de la fraction la plus aisée de la population américaine avaient brutalement chuté. On le voit maintenant en sens inverse avec le maintien des allégements fiscaux et la perspective de gains toujours élevés dans le secteur financier. Après la grande peur, le soulagement!

Moins de suspicion envers la zone euro

En Europe, la situation est moins brillante. La zone euro compte toujours 15,7 millions de chômeurs et, dans certains pays, la situation est grave: c’est le cas de l’Espagne avec son taux de chômage au-dessus de 20%. Mais l’Allemagne a vu son taux de chômage revenir à 7,4%; elle ne se contente plus d’exporter, elle consomme aussi. Fait le plus important, la suspicion envers la zone euro s’est très nettement atténuée. Le retour à la confiance n’est pas définitivement acquis. Il faut que les mesures annoncées concernant le fonds de stabilisation financière soient effectivement prises et que la réunion du Conseil européen du 24 mars soit réellement positive. Quant à la Banque centrale européenne (BCE), en dépit des propos fermes tenus par Jean-Claude Trichet, elle ne remontera pas ses taux tout de suite (il ne faut pas exclure qu’elle le fasse vers le milieu de l’année) et de toute façon elle veillera à ce que les banques ne manquent pas de liquidités. On n’aura pas à la fois des politiques budgétaires et une politique monétaire restrictives.

Comme aux Etats-Unis, on peut d’ailleurs noter qu’un chômage élevé ou des hausses de salaires modestes n’empêchent pas d’avoir une demande interne relativement soutenue. La situation sociale et la situation économique peuvent présenter des écarts. Ainsi que le constatent Joël Bourdin (UMP) et Patricia Schillinger (PS) dans un rapport du Sénat sur le malaise dans les entreprises, «en raison de la dynamique des très hauts salaires, la part [dans la valeur ajoutée] des rémunérations du travail de la quasi-totalité des salariés a diminué».

Ce n’est pas parce le pouvoir d’achat de la majorité des gens ne s’améliore pas que l’économie ne va pas tourner à un régime élevé. D’autres ont les moyens de consommer…

La crainte d’une flambée des cours du pétrole

Quant aux pays émergents, les menaces de ralentissement dues aux politiques de lutte contre la surchauffe ne doivent pas être exagérées. On en parle beaucoup parce que les marchés boursiers sont affectés, mais l’économie réelle ne doit pas en souffrir de façon excessive. Si, comme le prévoit le FMI, la croissance chinoise revient à 9,6% en 2011 au lieu de 10,3% l’an passé, ce ne sera pas un drame. Ce sera même plutôt une bonne nouvelle pour la stabilité de l’économie mondiale.

Ces perspectives assez favorables peuvent certes être remises en cause par des crises politiques graves et une flambée des cours du pétrole. Mais le prix du baril est encore très loin de celui de 2008. S’il évolue autour de 100$ en Europe, il est revenu au-dessous de 90$ aux Etats-Unis, où les stocks sont très élevés et où les raffineries sont de plus en plus nombreuses à pouvoir traiter du brut canadien, de moins bonne qualité mais moins cher.
 
Gérard Horny

Article publié sur Emploi parlons net.

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