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«Lui c'est lui, moi c'est moi!»

Jean-Marie Colombani, mis à jour le 08.04.2009 à 18 h 51

Par Jean-Marie Colombani

Barack Obama et Nicolas Sarkozy lors du sommet de l'OTAN  REUTERS/Jason Reed

Barack Obama et Nicolas Sarkozy lors du sommet de l'OTAN REUTERS/Jason Reed

«Lui c'est lui, moi c'est moi !». Cette inusable formule inventée par Laurent Fabius pour qualifier sa relation avec François Mitterrand s'applique parfaitement au couple que forme désormais Nicolas Sarkozy et Barack Obama ; il faut d'ailleurs la compléter par un «nous, c'est nous, eux c'est eux !» qui est au fond la vision sarkozienne de la relation avec la nouvelle Amérique qu'incarne Barack Obama.

Ce n'est certes pas le seul angle de prise de vue que l'on puisse tirer de ces quelques jours si denses pour nos pays et qui ont vu successivement le G20 s'accorder sur les grandes lignes d'une régulation internationale, le sommet de l'OTAN enregistrer le retour de la France dans le commandement militaire intégré, et Barack Obama lancer à Istanbul et Ankara la ... campagne pour les élections européennes, en réaffirmant son soutien à l'entrée de la Turquie dans l'Union Européenne.

On attend maintenant que Nicolas Sarkozy retourne à Mexico non plus pour un week-end mais pour y prôner la relance du marché commun nord américain entre les Etats Unis, le Canada et le Mexique ! Tous ces sujets sont importants et pour le moment se soldent, pour Nicolas Sarkozy, par un regain de popularité, relative certes, mais qui montre qu'il a marqué les esprits, au rythme qui est le sien de ce mouvement de «diastole-systole», soit chez lui présidentialisation-déprésidentialisation, représidentialisation-déprésidentialisation : dès lors que s'offre à lui un champ de manœuvres internationales il est président, et aidé du bloc qu'il forme désormais avec Angela Merkel, marque des points comme ce fut le cas pour les principes généraux de la régulation de la planète financière; dès qu'il se réinstalle sur un terrain strictement national, il se retrouve seul face au mécontentement populaire et aux tensions qu'il n'hésite pas à aiguiser alors que l'on attend avant tout de lui qu'il rassure.

Mais revenons au match avec Barack Obama. Nous sommes en présence d'un nouveau paradoxe qui veut que le plus américain de nos présidents sera peut-être le plus mal à l'aise dans la relation avec son homologue de la Maison Blanche. Américain, Nicolas Sarkozy l'est par la conscience qu'il a de la place stratégique que doit conserver à ses yeux, dans un monde en complète reconstruction de ses rapports de force, une vision, sinon une communauté, transatlantique ; celle d'un partenariat qui verrait bien sûr l'Europe renforcer sa main et au sein de celle-ci la France retrouver le chemin d'un co-leadership avec l'Allemagne, mais dans une perspective stratégique commune avec celle des Etats-Unis.

Américain, Nicolas Sarkozy l'est aussi dans sa conception de l'exercice du pouvoir : il est celui qui gouverne comme un président américain, en monopolisant le pouvoir exécutif, et qui a été l'initiateur d'une réforme constitutionnelle qui jette les bases d'un plus grand pouvoir du Parlement (toutefois encore assez loin des pouvoirs du Congrès américain). Dès son élection, il avait manifesté cette volonté de renouer avec les Etats-Unis, ce qui l'avait conduit  à se rapprocher d'un George Bush pourtant peu attractif. Il est vrai que celui-ci était un faire-valoir commode alors que la relation avec Barack Obama est plus difficile à stabiliser.

De ce point de vue le sommet de Londres n'a pas été idéal, même si objectivement le couple Sarkozy-Merkel a marqué des points. La rencontre de Strasbourg a au contraire été, au chapitre de l'image, parfaitement maitrisée avec ce qu'il fallait de chaleur apparente, d'échanges de compliments et de superlatifs. Et ce, même si Barack Obama continue de bénéficier, son extraordinaire charisme aidant,  d'une véritable adhésion populaire.

La presse britannique, attentive au moindre détail, rapportait cette petite scène, à ses yeux significative : au sortir du 10 Downing Street et de son tête-à-tête avec Gordon Brown, Barack Obama, tout sourire -vous avez remarqué qu'il a une telle démarche qu'il paraît marcher sur la foule comme un certain prophète marchait sur les eaux- le président américain donc a fait ce geste « inouï» de serrer la main du bobby qui était en faction devant la résidence du premier ministre... lequel bobby en a été si bouleversé qu'il s'est ensuite tourné vers Gordon Brown en cherchant sa main ; mais le premier ministre britannique ne l'a même pas vu !

En un cliché tout est dit de la relation particulière que Barak Obama installe naturellement dans ses contacts avec les gens qu'il croise ou qui viennent le voir, à l'inverse d'un leader britannique plus figé et plus traditionnel. Nicolas Sarkozy a lui aussi le sens de la foule mais souvent un irrépressible mouvement le porte davantage vers la querelle plutôt que vers l'onction...

Plus sérieusement, on a commencé à entendre dans l'entourage présidentiel, après le sommet du G20, des propos et des confidences suggérant en substance que les Européens, entendez par là Nicolas Sarkozy et Angela Merkel, avaient facilement obtenu gain de cause à Londres ; et peut-être le devait-il à «un problème» Obama, c'est à dire peut-être quelqu'un de moins solide qu'il n'y paraît.

Les mêmes avançaient d'ailleurs que la position prise par Nicolas Sarkozy sur l'OTAN l'autoriserait, ipso facto, à  être plus «dur» vis-à-vis des Etats-Unis. Comme s'il fallait à tout prix jouer des muscles face à Washington pour échapper aux reproches «d'alignement» qui servent pour le moment de fond de commerce au villepinisme naissant, et à son allié du jour, François Bayrou. Si bien que l'on pourrait voir naitre un cas de figure inattendu d'un Nicolas Sarkozy plus sûr de lui face à George Bush et revenant à des postures plus traditionnelles face à Barack Obama.

S'il cherchait une telle démonstration de force, Nicolas Sarkozy a été servi sur un plateau par Barack Obama. Non que ce dernier ait innové : de tout temps les Etats-Unis ont cherché à imposer la Turquie dans l'Union européenne, avec le soutien actif de la Grande-Bretagne, mais aussi celui convaincu de l'Allemagne ; le fait qu'il y revienne publiquement, après le bras de fer auquel a donné lieu la nomination de l'ancien premier ministre danois Rassmussen au poste de secrétaire général de l'OTAN, face à une Turquie dont les dirigeants tendent de plus en plus à oublier qu'ils sont à la tête d'un état laïque et non islamique, a permis à Nicolas Sarkozy de se démarquer fermement ; et à bon droit.

Enfin, si l'on cherche à tout prix à regarder le tableau d'affichage, pour savoir qui de Sarkozy ou d'Obama a marqué le plus de points, force est de reconnaître que le président américain n'a pas été vraiment, ou pas encore, payé de retour : voilà quelqu'un qui, sur le plan de la redéfinition de la stratégie des Etats-Unis, nous sert une posture et un discours en tous points conforme à l'Amérique rêvée par les Européens ; à savoir multilatérale, mettant en avant le dialogue, récusant la politique de la canonnière de son prédécesseur, appelant de ses vœux une Union européenne plus forte, etc...

En retour, alors qu'il attendait au G20 un effort des Européens pour plus de relance et alors qu'il espérait du sommet de l'OTAN un effort des Européens pour plus de soldats en Afghanistan, il n'a obtenu que des applaudissements, chaleureux, mais sans suite concrète. Objectivement, il méritait mieux. Mais c'est une autre histoire...

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