«Lui c'est lui, moi c'est moi!»
Par Jean-Marie Colombani
- Barack Obama et Nicolas Sarkozy lors du sommet de l'OTAN REUTERS/Jason Reed -
«Lui c'est lui, moi c'est moi !». Cette inusable formule inventée par Laurent Fabius pour qualifier sa relation avec François Mitterrand s'applique parfaitement au couple que forme désormais Nicolas Sarkozy et Barack Obama ; il faut d'ailleurs la compléter par un «nous, c'est nous, eux c'est eux !» qui est au fond la vision sarkozienne de la relation avec la nouvelle Amérique qu'incarne Barack Obama.
Ce n'est certes pas le seul angle de prise de vue que l'on puisse tirer de ces quelques jours si denses pour nos pays et qui ont vu successivement le G20 s'accorder sur les grandes lignes d'une régulation internationale, le sommet de l'OTAN enregistrer le retour de la France dans le commandement militaire intégré, et Barack Obama lancer à Istanbul et Ankara la ... campagne pour les élections européennes, en réaffirmant son soutien à l'entrée de la Turquie dans l'Union Européenne.
On attend maintenant que Nicolas Sarkozy retourne à Mexico non plus pour un week-end mais pour y prôner la relance du marché commun nord américain entre les Etats Unis, le Canada et le Mexique ! Tous ces sujets sont importants et pour le moment se soldent, pour Nicolas Sarkozy, par un regain de popularité, relative certes, mais qui montre qu'il a marqué les esprits, au rythme qui est le sien de ce mouvement de «diastole-systole», soit chez lui présidentialisation-déprésidentialisation, représidentialisation-déprésidentialisation : dès lors que s'offre à lui un champ de manœuvres internationales il est président, et aidé du bloc qu'il forme désormais avec Angela Merkel, marque des points comme ce fut le cas pour les principes généraux de la régulation de la planète financière; dès qu'il se réinstalle sur un terrain strictement national, il se retrouve seul face au mécontentement populaire et aux tensions qu'il n'hésite pas à aiguiser alors que l'on attend avant tout de lui qu'il rassure.
Mais revenons au match avec Barack Obama. Nous sommes en présence d'un nouveau paradoxe qui veut que le plus américain de nos présidents sera peut-être le plus mal à l'aise dans la relation avec son homologue de la Maison Blanche. Américain, Nicolas Sarkozy l'est par la conscience qu'il a de la place stratégique que doit conserver à ses yeux, dans un monde en complète reconstruction de ses rapports de force, une vision, sinon une communauté, transatlantique ; celle d'un partenariat qui verrait bien sûr l'Europe renforcer sa main et au sein de celle-ci la France retrouver le chemin d'un co-leadership avec l'Allemagne, mais dans une perspective stratégique commune avec celle des Etats-Unis.
Américain, Nicolas Sarkozy l'est aussi dans sa conception de l'exercice du pouvoir : il est celui qui gouverne comme un président américain, en monopolisant le pouvoir exécutif, et qui a été l'initiateur d'une réforme constitutionnelle qui jette les bases d'un plus grand pouvoir du Parlement (toutefois encore assez loin des pouvoirs du Congrès américain). Dès son élection, il avait manifesté cette volonté de renouer avec les Etats-Unis, ce qui l'avait conduit à se rapprocher d'un George Bush pourtant peu attractif. Il est vrai que celui-ci était un faire-valoir commode alors que la relation avec Barack Obama est plus difficile à stabiliser.
De ce point de vue le sommet de Londres n'a pas été idéal, même si objectivement le couple Sarkozy-Merkel a marqué des points. La rencontre de Strasbourg a au contraire été, au chapitre de l'image, parfaitement maitrisée avec ce qu'il fallait de chaleur apparente, d'échanges de compliments et de superlatifs. Et ce, même si Barack Obama continue de bénéficier, son extraordinaire charisme aidant, d'une véritable adhésion populaire.
La presse britannique, attentive au moindre détail, rapportait cette petite scène, à ses yeux significative : au sortir du 10 Downing Street et de son tête-à-tête avec Gordon Brown, Barack Obama, tout sourire -vous avez remarqué qu'il a une telle démarche qu'il paraît marcher sur la foule comme un certain prophète marchait sur les eaux- le président américain donc a fait ce geste « inouï» de serrer la main du bobby qui était en faction devant la résidence du premier ministre... lequel bobby en a été si bouleversé qu'il s'est ensuite tourné vers Gordon Brown en cherchant sa main ; mais le premier ministre britannique ne l'a même pas vu !
En un cliché tout est dit de la relation particulière que Barak Obama installe naturellement dans ses contacts avec les gens qu'il croise ou qui viennent le voir, à l'inverse d'un leader britannique plus figé et plus traditionnel. Nicolas Sarkozy a lui aussi le sens de la foule mais souvent un irrépressible mouvement le porte davantage vers la querelle plutôt que vers l'onction...
Plus sérieusement, on a commencé à entendre dans l'entourage présidentiel, après le sommet du G20, des propos et des confidences suggérant en substance que les Européens, entendez par là Nicolas Sarkozy et Angela Merkel, avaient facilement obtenu gain de cause à Londres ; et peut-être le devait-il à «un problème» Obama, c'est à dire peut-être quelqu'un de moins solide qu'il n'y paraît.
Les mêmes avançaient d'ailleurs que la position prise par Nicolas Sarkozy sur l'OTAN l'autoriserait, ipso facto, à être plus «dur» vis-à-vis des Etats-Unis. Comme s'il fallait à tout prix jouer des muscles face à Washington pour échapper aux reproches «d'alignement» qui servent pour le moment de fond de commerce au villepinisme naissant, et à son allié du jour, François Bayrou. Si bien que l'on pourrait voir naitre un cas de figure inattendu d'un Nicolas Sarkozy plus sûr de lui face à George Bush et revenant à des postures plus traditionnelles face à Barack Obama.
S'il cherchait une telle démonstration de force, Nicolas Sarkozy a été servi sur un plateau par Barack Obama. Non que ce dernier ait innové : de tout temps les Etats-Unis ont cherché à imposer la Turquie dans l'Union européenne, avec le soutien actif de la Grande-Bretagne, mais aussi celui convaincu de l'Allemagne ; le fait qu'il y revienne publiquement, après le bras de fer auquel a donné lieu la nomination de l'ancien premier ministre danois Rassmussen au poste de secrétaire général de l'OTAN, face à une Turquie dont les dirigeants tendent de plus en plus à oublier qu'ils sont à la tête d'un état laïque et non islamique, a permis à Nicolas Sarkozy de se démarquer fermement ; et à bon droit.
Enfin, si l'on cherche à tout prix à regarder le tableau d'affichage, pour savoir qui de Sarkozy ou d'Obama a marqué le plus de points, force est de reconnaître que le président américain n'a pas été vraiment, ou pas encore, payé de retour : voilà quelqu'un qui, sur le plan de la redéfinition de la stratégie des Etats-Unis, nous sert une posture et un discours en tous points conforme à l'Amérique rêvée par les Européens ; à savoir multilatérale, mettant en avant le dialogue, récusant la politique de la canonnière de son prédécesseur, appelant de ses vœux une Union européenne plus forte, etc...
En retour, alors qu'il attendait au G20 un effort des Européens pour plus de relance et alors qu'il espérait du sommet de l'OTAN un effort des Européens pour plus de soldats en Afghanistan, il n'a obtenu que des applaudissements, chaleureux, mais sans suite concrète. Objectivement, il méritait mieux. Mais c'est une autre histoire...
Jean-Marie Colombani
Mis à jour le 08/04/2009 à 18h51










































Je n'ai pas dû voir le même sommet que M. Colombani.
J'ai surtout vu un Sarkozy pas du tout à son aise face à un homme qui essayait d'embrasser des problèmes de grande envergure. La France comptait bien peu dans ce sommet et ce n'est pas plus mal. Tout s'est joué sur le plan de la communication et de l'image et il n'était que voir la gêne constante de Sarkozy pour voir qui avait gagné. Mais ne nous trompons pas: Obama a traité certains sujet mais sans profondeur. Ses objectifs sont chez lui et pour le reste il voulait donner une bonne image de lui.
Barack n'a pas embrassé que des problèmes de grande envergure, il a eu aussi quelques problèmes pour se décider à embrasser une petite star bourgeoise.
Optimiste Colombani. Je m'excuse, Monsieur le journaliste, mais je n'ai pas eu une perception de même nature. Je suis le citoyen lamda...donc nécessairement un peu con. Désolé, pas de formation à Sciences Po., j'ai fait ma culture politique à la télé en regardant les séries américaines et les crétineries diverses....plombé au démarrage,quoi!.
Pas très à l’aise notre Président dans la grand messe du G20. Il s’est fait déposséder de son G20 malgré ses rodomantades dérisoires. Il a tendance à lui faire de l’ombre le grand ami américain. Lui qui se trouvait plus à l’aise avec Bush, a du percevoir ses limites face à la virtuosité et au rayonnement du partenaire. Il a trouvé le virtuose des annonces qui font chaud au coeur. Il vend aussi du vent, mais avec le style.
Pas facile de rouler des mécaniques devant Obama. Nous avons à faire au même genre de communicants bien formatés ; mais Obama est bien meilleur, plus classe. Comme notre Président aime bien juger, évaluer, noter voici son bilan….Très, très modeste la prestation au G20, juste la moyenne, et encore, en s’accoudant sur Angela. Peut mieux faire.
Prestance, aisance physique, élégance, expression orale parfaite, Obama a gagné sur toute la ligne. Comme il est bien élevé, il a même su nous vendre des bons sentiments pour mettre du baume au cœur de ses laudateurs européens… tout en restant debout dans ses bottes de Président d’un pays hégémonique qui tient à le rester. Il a bien fait son travail. Bonne virtuosité et clarté des messages.
De plus, Obama a bien fait percevoir à notre Président qu’il connaît les vraies hiérarchies du monde …..il lui a fait passer le message en rencontrant très officiellement les Russes et les Chinois…pendant que Sarkozy faisait les bordures.
Sarkozy a tout fait pour revenir dans le camp de l’OTAN et le suzerain, astucieux, lui rappelle qu’il a choisi la vassalité et qu’il doit donc entendre tous les messages de l’Amérique suzeraine. Une remise en place sans appel. Un message clair. L’Europe baisse la tête et reçoit le message sans trop broncher; c'est devenu une règle.
Retour à la modestie pour notre omnipotent…..pas si flamboyant que ça. Il a bien essayé de se démarquer sur la Turquie par une déclaration qui n’était peut être pas la plus pertinente et la plus diplomatique vis-à-vis des Turcs…l’anathème révèle la faiblesse.
Nicolas Sarkozy a le sens de la foule dit Colombani…oui, mais des foules triées sur le volet, celles qui peuvent franchir les cordons de CRS…les godillots qui viennent au spectacle et qui aiment les bons mots dans la novlangue présidentielle. Pour les autres, qu’il préfère voir de loin, à la télévision, c’est bien moins brillant, il suinte l’arrogance et le mépris pour ceux qui sont au delà des barrières. Il va devoir aller voir le coach d’Obama s’il veut durer et reprendre la main avec les maîtres du monde et les français.
Lui c’est lui, moi c’est moi…..ou comment avaler des couleuvres...... à moins d’être aveuglé de suffisance ou autiste.
Les subtilités de la communication politique deviennent de plus en plus difficile à comprendre, malgré la perception d'une volonté commune qui semble elle inébranlable.
les oppositions apparentes, conflits d'intérêts, ou jeu d'égos donnent le sentiment de prendre le devant de la scène pour dissimuler les vrais enjeux.
cheminement classique : accident diplomatique, si je n'obtiens pas ce que je veux je me retire des négociations, le peuple retient sa respiration, et ce qui semblait impossible et surhumain à obtenir s'obtient en un coup de baguette, lors de UNE journée de négociation pour l'ensemble des richesses de la planète. bilan : victoire pour Sarkozy qui remonte dans les sondages, sur des bases d'accords superflus, et obama fait preuve ainsi de souplesse.
l'un est pour l'intégration de la Turquie, l'autre est contre. Mon dieu sommes-nous à nouveau au bord d'un conflit international, qui sera notre sauveur ? les deux trés cher, les deux qui s'opposent alors gagneront selon que la turquie soit intégré soit en force soit en diplomatie.
quelle distance se peut-il d'y avoir entre la représentation médiatique et la réalité des accords entre les chefs de nos différentes nations, de la façon dont on crée des huis clos pour amadouer le chalant, et que les vraies décisions des enjeux politiques et économiques ne passent à la trappe de l'attention des citoyens.
diverses manipulations médiatiques qui visent à renforcer la crédibilité d'untel ou d'untel pour des manoeuvres orchestrées et fictives, telles que s'opérent les manipulations au sein du monde économique. Ce jeu des apparences que constitue l'image de la diplomatie international a sans nul doute pris de nombreuses longueurs d'avance sur la capacité d'analyse des uns et des autres à comprendre les double-sens et les différentes stratégies, mais il suffit pour comprendre et remettre les choses dans leur ordre et dans une certaines clarté, d'observer les faits et les résultats.
des personnes font mine de s'opposer, et contre toute autre forme de contestation parviennent à des accords qui vont dans la même direction, alors on croit défendre nos intérêts en se rangeant dérrière l'un ou l'autre, de ces différentes visions et l'on ne peut faire le constat que cette vision est la même et que ces apparentes différences ne représentent qu'un moyen de détourner l'attention, pour donner l'impression de régler des différents et d'obtenir des résultats, mais ces différents ne sont que fictifs et apparents et cachent la potentielle cohérence des véritables décisions.
Pourquoi monsieur Colombani fait-il si souvent ses analyses politiques en termes de matches ?
Une fois de plus je n'ai pas vu de match, pas plus entre Obama et Sarkozy qu'entre Strauss-Kahn et Sarkozy naguère.
J'ai eu l'impression que chacun s'est présenté aux différents sommets en ayant bien en tête la partition qu'il devait jouer et faire accepter à l'autre.
Dans l'ensemble ça a été plutôt réussi.
Nous n’avons pas le même !
Si Sarkozy fait de l’effet et rassure son électorat lorsqu’il est en déplacement à l’étranger, en menaçant avant même d’y aller de quitter le G20, s’il n’obtenait pas ce qu’il voulait. Cela n’a visiblement pas le même effet vis à vis des autres pays, qui commencent sérieusement à douter de sa sincérité et de ses motivations. Comme le disait Eric Le Boucher dans son article du 01/04/09 : La bravache attitude de Nicolas Sarkozy « Chez lui le plaisir de la lutte compte plus que celui du gain final. Toutes ses réformes doivent être vues comme au théâtre shakespearien: beaucoup de bruit pour rien ». Il en est de ses réformes comme de ses positions internationales, même si ces dernières n’ont pas le même effet dans les sondages que les précédentes.
On pourrait revenir sur ce qu’a obtenu L’axe franco-allemand de Merkel et Sarkozy, un liste noire qui n’a plus lieu d’être, tous se sont rangés, ils se sont engagés à procéder à des échanges d'informations fiscales, et une liste grise (allant du blanc, puis du gris clair au gris foncé) de paradis fiscaux sur lesquels ne figurent même pas les paradis fiscaux américains comme Le Delaware qui est un Etat américain très prisé des sociétés off-shore, ni ceux anglais comme Jersey et Guernesey, quand à Hong Kong et Macao ils ont étés purement et simplement « oublié ». Quand à l'engagement probable mais non définit probable de la régulation financière il faut encore attendre !
Ce n’est pas pour dire, mais Gordon Brown ironisant sur le retard de Sarkozy "Je suis confiant que Nicolas Sarkozy sera là non seulement pour l'entrée du dîner, mais aussi pour le reste du dîner".. Et que dire de la réflexion du président Tchèque attendant que Sarkozy daigne arriver, « on attend la star » tout est résumé dans cette remarque laconique.
Comment voulez vous que l’Europe renforce sa position avec les Etats-Unis, quand l’Europe est incapable de se fédérer, et que Sarkozy fait tout pour ne pas évoquer (il élude) la question ?
(La réintégration de la France au sein de l’OTAN étant l’une de des caractéristiques de cette incapacité)
Vous pensez que Barak Obama est moins solide, je ne le crois pas, peut être est-il moins condescendant que ne l’était G.W Bush, en tout cas Obama est sûrement plus habile que son prédécesseur. Il serait illusoire de le sous estimer, de penser que B Obama et sa politique ne seront pas capable de fermeté ni de se donner les moyens d’obtenir des Européens ce qu’ils souhaitent. Tout n’est qu’une question de priorités, plus de relance des Européens, ou plus de soldats en Afghanistan, n’est peut être pas la priorité face à la crise supportée par les américains.