France

Ferrara, Khider, Tahir: trois évasions et trop de coïncidences

Eric Moine, mis à jour le 17.02.2011 à 11 h 32

Ils n’ont pas braqué les mêmes fourgons blindés et ils ne s’évadent pas des mêmes prisons. Mais leurs faits d’armes prouvent que les gros calibres du grand banditisme entretiennent des liens étroits.

Un policier sur une scène de crime au Mexique. REUTERS/Alejandro Acosta

Un policier sur une scène de crime au Mexique. REUTERS/Alejandro Acosta

La violence des braquages de fourgons aux blindages pris sous les rafales de Kalachnikov inspire à chaque fois aux autorités le même commentaire affolé que les spectaculaires évasions en hélicoptère, avec prise d’otages, murs éventrés à l’explosif et miradors visés au lance-roquettes: «Un acte de guerre.» Et après? Après, il y a des procès et des condamnés. Avec des peines qui permettent aux autorités de croire qu’elles dorment en paix.

Les plus gros calibres ne sont plus libérables avant 2035, voire après 2040 comme Antonio Ferrara, extirpé à l’arme lourde de Fresnes par un commando le 12 mars 2003. Ou comme Christophe Khider, pourtant pas encore jugé pour son évasion à l’explosif de Moulins-Yzeure, il y a tout juste deux ans. Ou Karim Tahir, organisateur en juin 2000, de la belle en hélico de trois hommes, toujours à Moulins-Yzeure. Mais jamais ces procès ne sont recoupés. Les enquêteurs ne sont pas les mêmes, les juges non plus. Et pourtant, si ces recoupements étaient effectués, ils montreraient que toutes les grandes évasions de ces dernières années sont étroitement liées.

1. L’explosif

Karim Tahir, jugé les 17 et 18 février 2011 à Lyon, est soupçonné d’avoir voulu s’évader de Saint-Maur, après la saisie, en octobre 2009, d’armes et de 2kg de PEP 500 dans un box de Saint-Étienne loué par son frère. Le PEP 500, c’est de la pentrite, puissant explosif militaire fabriqué au Montenegro pendant les conflits en ex-Yougoslavie. Selon le juge d’instruction, ces pains de plastic «appartiennent au même lot que le pain retrouvé» après l’évasion, le 15 février 2009, de Christophe Khider. Avec un codétenu, Omar Top El Hadj, il avait fait exploser le parloir de la centrale de Moulins-Yzeure avant de prendre deux surveillants en otage pour s’enfuir.

Tahir à Saint-Maur et Khider à Moulins-Yzeure ont donc la même source d’approvisionnement en explosif.

2. Les complices

Les complices d’Antonio Ferrara avaient aussi utilisé de la pentrite pour éclater l’enceinte de sa prison de Fresnes en mars 2003. De la pentrite, déjà, avait été employée par les trois candidats à l’évasion du 12 février 2003 de Moulins-Yzeure. La centrale où, en 2005 et 2006, des fouilles permettaient à l’administration pénitentiaire de mettre la main sur de la pentrite toujours, et encore des détonateurs et des mèches…

3. Les gros calibres

Tahir et Khider sont donc liés par le PEP 500. Et Khider est lié à Antonio Ferrara. Ils n’ont pas braqué les fourgons ensemble, mais, en septembre 2002, de la pentrite est retrouvée dans les toilettes de la cellule d’isolement n°8 de la prison de la Santé, à Paris. Ferrara vient de quitter cette cellule alors qu’il ne s’y attendait pas. Et l’occupant précédent était… Khider. Il a expliqué au procès, l’an dernier, qu’il avait caché l’explosif pour Ferrara.

4. Les seconds couteaux

Tahir en 2000 et 2009, Ferrara en 2003, Khider en 2009. On peut aussi leur adjoindre Michel Ghellam, le «meneur» de la tentative d’évasion de mars 2003 de la centrale de Moulins-Yzeure. Les trois candidats à la belle ont été stoppés sur les toits de la prison par une balle tirée depuis un mirador. Au procès, comme les trois autres «rois de l’évasion», Ghellam n’a rien lâché.

Mais les rois ont une cour. Dans ce procès où une dizaine de personnes étaient impliquées, un homme avait été condamné à un an de prison. Houcine Nigro est une «petite main» qui avait fourni un pistolet. Or, les empreintes de cette «petite main» avaient aussi été retrouvées sur le ruban adhésif entourant le PEP 500 découvert dans les toilettes de Ferrara. Ce complice de l’ombre a été condamné à du sursis pour l’introduction en prison de ruban adhésif…

5. Ça colle

Evasion en hélico de Moulins en juin 2000, tentative à La Santé en septembre 2002, à Moulins en février 2003, évasion de Fresnes en mars 2003, évasion de Moulins en février 2009, tentative à Saint-Maur en octobre 2009… À chaque fois des «actes de guerre». Mais à chaque fois aussi, les mêmes munitions et les mêmes soldats.

Eric Moine

Article également paru dans La Montagne

Eric Moine
Eric Moine (5 articles)
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte