Economie

Comment stabiliser l’économie mondiale

Eric Le Boucher, mis à jour le 17.02.2011 à 15 h 36

Dix-huit anciens ministres des finances et directeurs généraux du FMI donnent leurs préceptes.

Le Palais-Royal, Paris. REUTERS/Charles Platiau

Le Palais-Royal, Paris. REUTERS/Charles Platiau

C’est une histoire de vieux messieurs et de deux dames. De vieux messieurs et de la première dame, qui sont de très distingués anciens ministres des Finances, d’Italie, du Brésil, d’Afrique du sud (la dame), anciens gouverneurs de Banque centrale du Mexique, des Etats-Unis,  ancien directeurs généraux du FMI. Seule la deuxième dame est encore en activité, il s’agit de Madame Xiaolian Hu, vice-gouverneuse de la Banque centrale de Chine.

Un soir de l’été 2010, dans un restaurant à Paris, dînent Michel Camdessus, ancien gouverneur de la Banque de France et directeur général du FMI, et Tommaso Padoa-Schioppa, ancien ministre des Finances d’Italie, grande figure européenne, aujourd’hui décédé. Nicolas Sarkozy vient d’annoncer que, comme futur président du G20 en 2011, il veut réformer le système monétaire international. «Qu’avons-nous à dire sur ce sujet fondamental qui a été au centre de toute notre vie professionnelle depuis 45 ans?», se disent les deux compères. Voilà plusieurs fois qu’ensemble, ils se disent que «ce serait bien de coucher nos idées sur le papier». Le président français leur donne l’occasion: «Chiche!»

Une bouteille à la mer

Et les voilà qui dressent chacun une liste de huit noms pour constituer un groupe de 18 personnes dont Alexandre Lamfalussy (premier «président» de la Banque centrale européenne) et Paul Volcker, géant de 2 mètres, ancien président de la FED américaine, personnage historique pour avoir été le premier à lancer la lutte contre l’inflation dans les années 1980. Il y a un Russe, un Saoudien, un Espagnol, un Japonais, un Indien, etc: il fallait être représentatif du monde, au mieux.

Les 18 vont se réunir trois week-end de l’automne à Paris, dans des locaux de la Banque de France qui donnent sur le jardin du Palais Royal. Ils mettent leurs idées par écrit dans un texte dense, de 17 pages et 17 propositions, intitulé L’initiative du Palais-Royal. N’ayant été mandatés par personne, il s’agit, dit Michel Camdessus, d’une «bouteille à la mer», lancée dans l’océan des idées. Le texte a en réalité été donné à Christine Lagarde qui l’a distribué immédiatement à ses collègues, les actuels ministres des Finances du G20.

La qualité des auteurs force à y regarder de très près. Certaines de leurs conclusions ressemblent à d’autres, entendues auprès du gouvernement français: établissement d’indicateurs de croissance stable, relance des DTS (droits de tirages spéciaux), renforcement du FMI. Mais l’essentiel, qu’on veut ici souligner, est un impressionnant «accord» de toutes ces personnalités diverses sur le fond. Ils se sont entendus pour dire ce que doit être «la bonne politique économique» qui assure une stabilité mondiale et «un meilleur partage des bénéfices».

Cette politique la voici: pour stabiliser l’économie mondiale, il faut que chaque pays «vise» l’équilibre de ses comptes extérieurs, même s’il faut tenir compte de chaque situation nationale. Il faut ensuite qu’il «vise» «un taux de change d’équilibre». Ce sont deux principes de politique économique qui sont simples et forts. Mais, ajoutent les auteurs, ils ne sont applicables qu’à partir d’un substrat politique, lui aussi, simple et fort:

«Tous les pays reconnaissent leurs responsabilités pour la stabilité mondiale et acceptent que les objectifs nationaux à court terme puissent, le cas échéant, être subordonnés à l’intérêt commun.»

Economie d’équilibre, politique coopérative.

On dira qu’il s’agit d’un rêve. Peut-être, mais il faut souligner que l’objectif des deux équilibres, des comptes extérieurs et des taux de changes, a été accepté par tous les pays, y compris et c’est fondamental, par la responsable chinoise et par les trois Américains du groupe, dont Paul Volcker. On dira aussi que cet objectif ne constitue en rien une avancée idéologique quelconque. Peur-être, mais dans le grand combat actuel entre les pays excédentaires (Chine, Japon, Allemagne) et les pays déficitaires (Etats-Unis, Grande-Bretagne, France) pour savoir qui porte la responsabilité principale de la crise mondiale, l’initiative du Palais Royal donne une réponse claire: les deux.

Pour le bien de tous, chaque pays doit viser l’équilibre. Quand on écoute les responsables allemands qui justifient leurs excédents, on mesure combien cette affirmation simple et forte d’équilibre a besoin d’être partagée.

Eric Le Boucher

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Cofondateur de Slate.fr
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