France

Terre de Jacob et France de Strauss-Kahn

Laurent Sagalovitsch, mis à jour le 15.02.2011 à 13 h 15

TRIBUNE - Le député UMP estime que le directeur du FMI n'est pas à «l'image de la France rurale, l'image de la France des terroirs et des territoires, celle qu'on aime bien, celle à laquelle je suis attaché».

Moisson dans la région de Cambrai, en 2002. REUTERS/Pascal Rossignol

Moisson dans la région de Cambrai, en 2002. REUTERS/Pascal Rossignol

Avant tout, il nous faut bien entendu rappeler une évidence toute simple et toute sotte qui saute aux yeux de n’importe quel Français de la première comme de la dernière génération: M. Christian Jacob n’est pas, n’a jamais été et ne sera jamais antisémite. Absolument pas.

D’ailleurs l’antisémitisme n’existe pas ou plus ou alors seulement dans les pages racornies de vieux manuels scolaires délités qui ratiocinent à longueur de pages sur des chambres à gaz à l’existence discutable et sur des guerres coloniales dont on oublie à escient les vertus admirables et pacificatrices.

Non, à bien y réfléchir, la seule faute commise par M. Christian Jacob est non seulement d’être français mais –semble-t-il crime inexcusable de nos jours–, de s’en vanter en clamant haut et fort son amour transi pour la patrie des droits de l’homme, de la femme, des chevaux et du cochon.

En toute sincérité, M. Jacob apprécie donc tout naturellement comme des millions d’autres Français «l'image de la France rurale, l'image de la France des terroirs et des territoires, celle qu'on aime bien, celle à laquelle je suis attaché».

Et ne vous en déplaise messieurs les journalistes, confinés à triple tour dans vos rédactions parisiennes à manger à longueur de journées des sushis confectionnés par des travailleurs clandestins pakistanais, c’est là son droit le plus strict tant il est vrai que le spectacle d’un village arriéré perdu au fin fond du Perche avec son église qui bat de l’aile gauche, sa grand-rue désertée repeinte à neuf pour le passage du Tour de France, son bureau de poste tout racornie, son bar-tabac à l’agonie, son ruisseau malingre, ses champs à l’abandon, ses fermes désolées, ses pâturages boueux, son terrain de foot cabossé, sa mairie vacillante, ses paysans gaillards, ses vaches ahuries, sa voie de chemin de fer embroussaillée, demeure, quoiqu’en disent certains chroniqueurs narquois et goguenards, un spectacle d’une féerie saisissante, d’une beauté enivrante, d’une magie sans cesse renouvelée qui ne laisse pas de vous charmer et de vous bercer d’une tendre nostalgie toute rousseauiste et non pas, comme quelques malingres esprits chagrins, petits caporaux d’une pensée étroite, nombriliste et cosmopolite, voudraient nous le faire admettre, pétainiste ou pire maurraciste.

Et il est fort à parier que cette enclume de Dominique Strauss-Kahn, égaré dans ses hautes certitudes hassidiques d’argentier mondialisé, qui, empruntant un raccourci qu’il n’aurait jamais dû prendre, se retrouverait par mégarde à traverser ce genre de hameau, frôlerait à coup sûr l’attaque de panique et jurerait sur la terre de ses aïeux qui, par ailleurs, ne doivent quand même pas tous reposer en Gaule ou en Terre Sainte, que décidément, malgré toute sa bonne volonté, il a bien du mal à se sentir comme fils légitime de la France, fille éternelle de l’Eglise.

Car, voyez-vous Monsieur Strauss-Kahn, il ne suffit pas seulement de posséder un quelconque passeport français stipulant que vous êtes plus ou moins de nationalité française pour que Français vous le soyez. Ce serait là tâche trop aisée. La France, ça se mérite. La France, ça se respire. Ça se hume. Un Français devant le postérieur d’une vache, ça pleure toutes les larmes de son cul. Un Français devant une église robuste comme un trois quarts gascon ça s’agenouille et ça remercie Le Seigneur Tout-Puissant, à s’en faire péter les cordes vocales, de l’avoir fait naître dans cette contrée bénie des dieux.

Un Français avant tout, ça aime la France et ça la révère sans réserve. Ça roule une pelle avec la terre humide et millénaire et ça fornique à tout va avec la sève des chênes centenaires. Ça se dresse de toute sa splendeur passée quand résonne la Marseillaise et ça se branle de plaisir infini quand elle gagne la Coupe du monde.

Et ça Monsieur Strauss-Kahn, désolé mais un sémite qu’il soit de Washington ou de Sarcelles sur mer ou encore de Budapest, ça ne le comprendra jamais. Jamais.

Laurent Sagalovitsch


Note de l'équipe de Slate.fr

Apparemment, de nombreux lecteurs n'ont pas saisi l'intention de l'auteur de cette tribune, qui est de dénoncer les propos aux relents antisémites. Puisque cela va mieux en le disant, oui, cet article est à prendre au second degré.

Laurent Sagalovitsch
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romancier
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