Terre de Jacob et France de Strauss-Kahn
TRIBUNE - Le député UMP estime que le directeur du FMI n'est pas à «l'image de la France rurale, l'image de la France des terroirs et des territoires, celle qu'on aime bien, celle à laquelle je suis attaché».
- Moisson dans la région de Cambrai, en 2002. REUTERS/Pascal Rossignol -
Avant tout, il nous faut bien entendu rappeler une évidence toute simple et toute sotte qui saute aux yeux de n’importe quel Français de la première comme de la dernière génération: M. Christian Jacob n’est pas, n’a jamais été et ne sera jamais antisémite. Absolument pas.
D’ailleurs l’antisémitisme n’existe pas ou plus ou alors seulement dans les pages racornies de vieux manuels scolaires délités qui ratiocinent à longueur de pages sur des chambres à gaz à l’existence discutable et sur des guerres coloniales dont on oublie à escient les vertus admirables et pacificatrices.
Non, à bien y réfléchir, la seule faute commise par M. Christian Jacob est non seulement d’être français mais –semble-t-il crime inexcusable de nos jours–, de s’en vanter en clamant haut et fort son amour transi pour la patrie des droits de l’homme, de la femme, des chevaux et du cochon.
En toute sincérité, M. Jacob apprécie donc tout naturellement comme des millions d’autres Français «l'image de la France rurale, l'image de la France des terroirs et des territoires, celle qu'on aime bien, celle à laquelle je suis attaché».
Et ne vous en déplaise messieurs les journalistes, confinés à triple tour dans vos rédactions parisiennes à manger à longueur de journées des sushis confectionnés par des travailleurs clandestins pakistanais, c’est là son droit le plus strict tant il est vrai que le spectacle d’un village arriéré perdu au fin fond du Perche avec son église qui bat de l’aile gauche, sa grand-rue désertée repeinte à neuf pour le passage du Tour de France, son bureau de poste tout racornie, son bar-tabac à l’agonie, son ruisseau malingre, ses champs à l’abandon, ses fermes désolées, ses pâturages boueux, son terrain de foot cabossé, sa mairie vacillante, ses paysans gaillards, ses vaches ahuries, sa voie de chemin de fer embroussaillée, demeure, quoiqu’en disent certains chroniqueurs narquois et goguenards, un spectacle d’une féerie saisissante, d’une beauté enivrante, d’une magie sans cesse renouvelée qui ne laisse pas de vous charmer et de vous bercer d’une tendre nostalgie toute rousseauiste et non pas, comme quelques malingres esprits chagrins, petits caporaux d’une pensée étroite, nombriliste et cosmopolite, voudraient nous le faire admettre, pétainiste ou pire maurraciste.
Et il est fort à parier que cette enclume de Dominique Strauss-Kahn, égaré dans ses hautes certitudes hassidiques d’argentier mondialisé, qui, empruntant un raccourci qu’il n’aurait jamais dû prendre, se retrouverait par mégarde à traverser ce genre de hameau, frôlerait à coup sûr l’attaque de panique et jurerait sur la terre de ses aïeux qui, par ailleurs, ne doivent quand même pas tous reposer en Gaule ou en Terre Sainte, que décidément, malgré toute sa bonne volonté, il a bien du mal à se sentir comme fils légitime de la France, fille éternelle de l’Eglise.
Car, voyez-vous Monsieur Strauss-Kahn, il ne suffit pas seulement de posséder un quelconque passeport français stipulant que vous êtes plus ou moins de nationalité française pour que Français vous le soyez. Ce serait là tâche trop aisée. La France, ça se mérite. La France, ça se respire. Ça se hume. Un Français devant le postérieur d’une vache, ça pleure toutes les larmes de son cul. Un Français devant une église robuste comme un trois quarts gascon ça s’agenouille et ça remercie Le Seigneur Tout-Puissant, à s’en faire péter les cordes vocales, de l’avoir fait naître dans cette contrée bénie des dieux.
Un Français avant tout, ça aime la France et ça la révère sans réserve. Ça roule une pelle avec la terre humide et millénaire et ça fornique à tout va avec la sève des chênes centenaires. Ça se dresse de toute sa splendeur passée quand résonne la Marseillaise et ça se branle de plaisir infini quand elle gagne la Coupe du monde.
Et ça Monsieur Strauss-Kahn, désolé mais un sémite qu’il soit de Washington ou de Sarcelles sur mer ou encore de Budapest, ça ne le comprendra jamais. Jamais.
Laurent Sagalovitsch
Note de l'équipe de Slate.fr
Apparemment, de nombreux lecteurs n'ont pas saisi l'intention de l'auteur de cette tribune, qui est de dénoncer les propos aux relents antisémites. Puisque cela va mieux en le disant, oui, cet article est à prendre au second degré.
Mis à jour le 15/02/2011 à 13h15













































Jacob-du-terroir nous ramène des remugles qui évoquent plutôt Jacob-Delafon...
DSK restant égal par ailleurs, cad insufisant.
Cet article ne serait même pas publiable sur le site de l'UMP. D'une part, parce que le nombre de militants plus proches de la description faite de Strauss Kahn que de celle du bon français est considérable, et, d'autre part, cet article est quand même mauvais.
Néanmoins je tiens à souligner l'effort de comparaison entre Jacob et Strauss Kahn sans l'ombre d'un quelconque fait avéré dont finalement le seul terrain d'évaluation est une caricature d'une France d'en bas.
Arriver à publier un tel article sur ce site... Chapeau l'artiste !
Vu la confusion, la rédaction de Slate.fr a qui je ne fais pas de procès d'intention, pas plus qu'à l'auteur du papier devrait retirer cet article.
Rappelons juste au cas ou que l'antisémitisme et le négationnisme ne sont pas des opinions, ce sont des délits.
La précision de l'équipe de Slate.fr montrant qu'il s'agit bien de second degré, je ne vous accuse de rien, je constate simplement que la confusion est le signe que l'article est mauvais et mériterait d'être retravaillé.
Bien à vous.
BILLET D’HUMEUR : D.S.K SUPERSTAR A TRAVERS LE PRISME DE L'OPINION ISRAELIENNE _________________________________
Dominique Strauss-Kahn a été exceptionnel lors de sa prestation télévisée du jeudi 20 mai. Tous les commentateurs politiques ont été unanimes à louer sa compétence, sa dignité dans le commentaire, sa sobriété dans ses explications et sa modestie dans sa fonction. Les sondages sont pour lui au firmament au point qu’on le presse à se présenter à l’élection présidentielle de 2012 puisqu’il est déjà déclaré vainqueur sur le papier. La question ouverte concerne l’intérêt qu’il aurait à briguer un poste convoité mais soumis aux aléas de l’humeur versatile des français. Que peut rechercher un homme qui a déjà tous les honneurs et qui, parce qu’il distribue l’argent abondamment, est considéré comme un demi-dieu sur terre ?
Il occupe un poste, auquel il serait certainement réélu pour cinq ans jusqu’en 2017, rémunéré à un demi-million de dollars net d’impôts, nourri et logé grâce à sa fonction au FMI alors que le salaire d’un président français atteint à peine 228.000 euros imposables. Certes, l’argent n’est pas le moteur essentiel d’une carrière, à la rigueur un étalon de la réussite, mais à ce stade et à ce niveau, il n’est plus motivant face à la détention du pouvoir suprême.
Le président français gère un pays de 60 millions d’individus toujours insatisfaits alors que DSK gouverne le monde entier, fréquente d’égal à égal tous les chefs d’Etat qui lui sont souvent redevables, côtoie les grandes sommités de ce monde, est respecté et craint à la fois, et tient entre ses mains le sort de millions d’individus qui le vénèrent parce qu’il a le pouvoir de les sortir de la guigne économique. On comprendrait peu l’intérêt qu’aurait DSK à prendre les rênes d’un pays ingouvernable, dont les administrés vouent aux gémonies le président qu’ils ont choisi, qui réclament le beurre et l’argent du beurre alors que le pays est en faillite, qui refusent les sacrifices à condition qu’ils ne concernent que les autres, qui ne font preuve d’aucun sentiment de solidarité lorsque l’on touche à leur porte-monnaie et enfin, qui critiquent tout ce que le président et son gouvernement décident.
Le point fondamental qui chargerait la balance tient aux origines de DSK et de sa femme Anne Sinclair, née Schwartz. En se réclamant de leur identité juive, ils risquent de susciter des sentiments antisémites de la part de compatriotes qui vouent à l’islam une passion immodérée ou de ceux qui partagent encore les idéaux racistes d’extrême-droite. Au moment où les tensions créées par les islamistes exacerbent les sentiments de défiance d’une partie de la population, voyant la nécessité d’un Djihad partout où la contestation existe, DSK sera toujours considéré comme responsable des troubles intercommunautaires.
Les israéliens seraient fiers d’avoir un homme comme lui aux commandes de la France mais ils savent d’avance qu’ils n’en tireront aucun profit car chacun de ses actes serait mesuré au degré d’amitié qui sera perçu dans ses décisions vis-à-vis d’Israël. Ils craignent une inertie justifiée par une volonté de ne pas être taxé de favoritisme. Alors, ils le préfèrent au FMI où il constitue un parfait tandem avec le président de la Banque d’Israël, Stanley Fisher, homme-clé de la réussite de l’économie israélienne.
http://benillouche.blogspot.com/2010/05/billet-dhumeur-dsk-superstar.html
il est clair que la remarque de Mr Jacob "fleure" bon les relents d'un antisémitisme des années 30. Ceci étant, emporté par l'élan, vous vous en prenez à une France qui ne vous concerne guère, vous qui vivez dans une ville au Canada.
A pourfendre ainsi mon pays, cette France que j'aime alors que vous l'éxecrez, vous me rappelez ces beaux parleurs, le c...l au chaud, à donner des leçons au nom de grands principes
Voyez-vous, cher pamphlétaire, je suis né de parents l'un français, l'autre polonais, tous deux juifs et j'aime ce pays pour ce qu'il est et pas pour certaines de ses spécialités franchouillardes (visiblement Mr Jacob aime oser). Cette France, notamment, rurale vaut bien n'importe quelle métropole nord-américaine.
A tout prendre, vous venez, avec vos remarques, qui elles aussi fleurent bon les relents d'une certaine humeur anti-patriotique (l'envers de l'endroit)de démontrer qu'un juif n'est pas TOUJOURS intelligent ce qui est, au fond, rassurant.
Quant à moi, j'ai le faible de préférer Marc Bloch à Hannah Arendt ou Raymond Aron à BHL (si vous voyez ce que je veux dire).
Chacun ses choix et ses valeurs.
Bien à vous
G. Bialot
l'éditorial de Laurent Joffrin dans Libé ce matin, cet article sur Slate.
Peut-être suis-je idiot mais pouvez-vous m'éclairer sur la teneur antisémite des propos de Christian Jacob.
Si je trouve sa petite phrase banale et très démagogique, ne pensez-vous pas qu'elle illustre tout simplement un affrontement de la France des campagnes contre celle des villes ?
Avant de se tourner vers la politique, Christian Jacob a été agriculteur alors que Dominique a toujours été élu de Sarcelles dans le Val d'Oise.
Des différences ce parcours qui peuvent peut être expliquer cette sortie de Jacob.
Je serais très heureux M.Sagalovitsch de lire votre réponse.
"L'idée selon laquelle les juifs seraient détachés des terroirs est largement antérieure à Vichy et se trouve formulée par des personnages politiques qui n'ont rien à voir ni avec la collaboration, ni même avec l'extrême droite. Prenons, par exemple, un grand personnage comme Joseph Caillaux [figure du Parti radical du début du XXe siècle], qui dit explicitement pour distinguer Léon Blum de Jean Jaurès, que Blum n'avait pas "assez de terre française à la semelle de ses souliers."
L'idee de la France aux Français, formulée tout d'abord par Edouard Drumont, dans le cadre de l'affaire Dreyfus et dans son ouvrage La France juive, est sans cesse énoncée à travers toutes les campagnes électorales depuis la fin du XIXe siècle.
Par exemple, on trouvera La Picardie aux Picards, ou encore Le Médoc aux Médocains. Dans toutes les circonscriptions rurales, ou presque, depuis la fin du XIXe siècle, cette rhétorique de l'enracinement dans le terroir se trouve sans cesse formulée à chaque fois qu'un candidat juif prétend être élu dans la circonscription.
Evidemment, les exemples les plus fameux sont ceux de l'entre-deux-guerres. Par exemple, Gringoire [hebdomadaire de l'entre-deux-guerres qui dériva à l'extrême droite], en 1936, écrit : "Eh oui, mon bon Léon, c'est en effet un vieux pays, un vieux pays de brave terre, où il est bien vrai que le grand-père Blum n'a pas pris du cal aux mains en poussant la charrue".
De même, dans un ouvrage qui a fait beaucoup de bruit à l'époque, Maurice Bedel, qui obtiendra peu après le prix Goncourt, dresse une scène apocalyptique décrivant le refus que la terre oppose à la présence physique de Léon Blum. Je cite : "Là-dessus on désigna à M. Blum une ferme isolée où il pourrait s'entretenir avec des gens du terroir. Comme il enjambait une flaque d'eau, il perdit l'équilibre et tomba. Sur quelle curieuse matière menons-nous nos pas ? dit-il. C'est ce qu'ils appellent la terre des champs. C'est un trait curieux de ce chef de l'Internationale ouvrière, qui semble craindre les contacts de la terre. Ah, ce n'est pas un homme de chez nous. C'est à ce moment que le jardin potager donna les premiers signes de la révolte."
On trouve ici la fameuse opposition qui traverse la France contemporaine, entre le pays légal et le pays réel. Opposition formulée par Maurras, mais que beaucoup pourraient accepter. Qu'ils soient français depuis des générations ou pas, les citoyens juifs ne le seraient que de manière légale, et non réelle."
Cette proposition, on la retrouve par exemple à l'époque contemporaine dans les discours de Pierre Poujade : "Souviens-toi de l'asservissement d'un petit Français comme toi, qui as du sang paysan dans les veines et de la vraie terre de France à tes souliers".
Durant la campagne électorale de Pierre Mendès France, en Normandie, son adversaire, qui n'est nullement un membre de la droite radicale, Modeste Legouez, qui se présente comme fils, petit-fils et arrière-petit-fils de cultivateurs, dit ceci : "il n'y a pas un seul juif parmi les cultivateurs normands, pourquoi en choisiraient-ils un pour les représenter ?" Et Pierre Mendès France s'est sans cesse heurté à cette accusation : il ne devrait pas représenter le terroir normand, car il n'aurait pas des racines profondément ancrées dans la terre.
"Il ne s'agit pas de s'indigner des propos de M. Jacob, mais simplement d'essayer de les replacer dans le cadre politique d'aujourd'hui et de voir ce qu'ils ajoutent, au fond, au débat contemporain qui tourne autour de la question du populisme, lancé par les interventions de M. Mélenchon.
Dans un cas comme dans l'autre, au nom d'une entité globale qui est supposée être celle du peuple, ou au nom de l'identité des terroirs, on remet en question la candidature d'une personnalité politique qui a quitté le terroir depuis quelques années pour siéger à la direction du FMI, dont le siège est aux Etats-Unis.
Donc, il s'ensuit une sorte de nuage de métaphores, qui englobe une dénonciation des élites, du libéralisme économique, des Etats-Unis, et, par-delà, de l'argent. En réalité, c'est bien cela qui est visé : la vieille opposition entre la terre et l'argent, d'autant plus que M. Strauss-Kahn règne à la tête du FMI, chargée précisément de la stabilisation des affaires financières mondiales.
Pour en revenir aux propos de M. Jacob, qu'il faut analyser de près, on ne peut que constater qu'il emploie une rhétorique, qu'il en soit conscient ou non, fortement ancrée dans l'imaginaire politique français, à laquelle recourent surtout les droites radicales, mais que ne dédaigne pas du tout l'extrême gauche, influencée elle aussi par un discours populiste davantage que par une lecture marxiste du monde"
Pour ma part si cette affaire n'avait pas été reprise par les journalistes je n'aurais pas fait le rapprochement avec les "thèories anti-juives". C'est sans doute à mon "jeune" age et au fait que je n'ai pas fait Science po. Cet "imaginaire politique Français" m'est inconnu et je pense que ma génération est bien loin de tout cela. Encore un discours de vieux pour les vieux...quand je vois les noms cités ici et que l'on parle de "politique contemporaine"...j'ai toujours eu du mal à déterminer ce qui est contemporain de ce qui ne l'est pas. De plus il faut replacer les propos de M. Jacob dans "le cadre politique d'aujourd'hui".
Bref entre cynisme et idiotie et antisémitisme je penche pour l'idiotie mais ça reste un choix Cornélien.
Bien à vous
Le pauvre, pensant bien faire, réagissant à l'ordre venu d'en haut, de taper fort sur DSK, Jacob n'a pas eu le bon sens politique, le choix de mots expérimenté de Copé & Co, pour doser bien ses propos.
Il a certainement été choisi pour cela 'Jacob ne se rendra pas compte de ce qu'il dit et les vaches dans leurs pâturages vont adorer...'
DSK doit certainement espérer que l'UMP, qui doit être la formation politique occidentale avec le responsable de communication le plus nul au monde, va sortir de nouvelles salves de cette qualité.
Ses sondages vont s'envoler!