Économie

La pitoyable défaite du Palais Brongniart

Temps de lecture : 2 min

La place boursière française Euronext a voulu échapper à un rapprochement avec sa concurrente allemande en se jetant dans les bras américains. Quatre ans plus tard, la Bourse allemande prend le contrôle du tout!

A l'intérieur du Palais Brongniart Regis Duvignau / Reuters
A l'intérieur du Palais Brongniart. REUTERS / Regis Duvignau

Cette opération me met hors de moi! Le conseil d’administration de NYSE Euronext, la Bourse de Paris et de New York, devrait se réunir ce mardi 15 février, pour entériner le rachat par Deutsche Börse, la Bourse de Francfort. Pour qui connaît l’histoire de la place de Paris, c’est un défaite cinglante, humiliante, que le gouvernement n’aurait pas dû laisser faire car elle ne sera pas sans conséquence sur le rôle de la France dans la finance et elle se traduira, bien entendu, par des pertes de beaucoup d’emplois très qualifiés.

Souvenez-vous: Euronext s’est créé en 2000 pour regrouper les Bourses de Paris, Amsterdam et Bruxelles. Lisbonne les rejoindra. L’informatique et l’euro sont des raisons qui poussent à une concentration des plate-formes d’échange des actions. En 2006, pour lutter contre la surpuissance de la City, il est question d’aller plus loin dans un mariage entre Euronext et Deutsche Börse. Mais une perfide campagne est menée dans les milieux financiers contre cette opération au prétexte que «les Allemands arrogants veulent tout dominer». Finalement, comme dans l’informatique, dans les années 1970, au couple franco-allemand et à l’Europe, les autorités parisiennes préfèrent une fusion franco-américaine d’Euronext avec le New York Stock Exchange. Wall Street fait tourner les têtes! N’est-ce pas beaucoup plus prestigieux? Le rapprochement a lieu en 2007, il crée la cinquième place financière du monde.

On s’aperçoit vite que l’équilibre franco-américain est de la rigolade. Wall Street domine le Palais Brongniart de la tête et des épaules. Mais l’histoire financière avance et le besoin de concentration se fait à nouveau sentir face à l’avènement de places purement électroniques comme Chi-X ou Bat’s qui sont moins chères et gagnent des parts de marché. Ces places profitent de la volonté libérale de Bruxelles qui veut toujours plus de concurrence dans les places financières pour faire baisser les prix… quitte à ce qu’on perde beaucoup en transparence, comme Diogène l’a fort bien expliqué ici.

Et voilà que Deutsche Börse qui a très judicieusement élargit son domaine aux à-côté des échanges d’actions (les produits dérivés, les chambres de compensation comme le fameux Clearstream) a suffisamment grossi pour pouvoir fusionner avec Euronext en détenant 60% des parts. Paris en voulant échapper à un rapprochement allemand se fait racheter quatre ans plus tard!

Il y a de quoi être furieux de ce pitoyable résultat. Beaucoup le sont dans les milieux financiers mais la messe semble curieusement dite. Entre Wall Street et Francfort, la place de Paris risque d’être ramenée à la portion congrue. Elle restera la plate-forme des actions plaide-t-on à Paris. La belle affaire: sa part de marché est rognée tous les jours par les plate-formes électroniques soutenue par Bruxelles!

«Politique industrielle!» «Politique industrielle!», martèle Nicolas Sarkozy en permanence. Et bien voilà dans la finance, un ratage de première grandeur!

Eric Le Boucher

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