Staline-Hitler: la nature du mal
Le dernier livre de Timothy Snyder, Bloodlands, revisite le concept de la nature du mal à la lumière des actes d’anthropophagie perpétrés pendant la famine volontairement créée en Ukraine par Staline.
- Lors d'une manifestation communiste à Moscou. REUTERS / Alexander Natruskin -
Comment prendre en compte le cannibalisme? Comment l’intégrer dans le débat politico-historico-moral, qui ne cesse de prendre de l’ampleur, sur la manière de comparer les génocides perpétrés par Hitler et Staline, et sur le nombre de victimes du communisme et du fascisme en général? Ce que je sais, c’est que je n’y avais pas réfléchi. Je n’avais absolument pas pris la mesure des cas d’anthropophagie survenus pendant la famine ukrainienne voulue par Staline en 1933, avant de lire la description choquante et stoïque qu’en fait Timothy Snyder, professeur d’histoire à Yale, dans Bloodlands [Les terres sanglantes], son nouvel ouvrage, innovant en la matière, sur les génocides quasi-simultanés d’Hitler et de Staline.
Depuis trente ans, depuis ce que l’on appelle en Allemagne l’Historikerstreit, ou qurelle des historiens, en passant par la publication française, en 1997, du Livre noir du communisme (qui évalue le nombre de morts imputables aux régimes communistes à près de 100 millions, comparés aux 25 millions d’Hitler et du fascisme), une controverse fait rage sur la notion de comparaison des génocides et du mal, et oppose les meurtres de masse d’Hitler à ceux commis par Staline, Mao et Pol Pot.
Mon idée du rôle de la famine imposée par Staline à l’Ukraine dans ce débat était bien trop vague —selon de nombreux calculs, elle a ajouté plus de 3 millions de morts à la somme des victimes de Staline.
Je suppose que, sans avoir vraiment exploré la question, j’avais considéré la famine provoquée par l’État stalinien comme un genre de «génocide soft» comparé aux meurtres industrialisés des camps de la mort d’Hitler, ou même aux millions de victimes des purges du même Staline à la fin des années 1930 et aux goulags auxquels elles avaient donné naissance.
Le livre de Snyder, s’il est polémique sous certains angles, nous oblige à nous colleter aux faits connus sur la famine. Le cannibalisme contribue à porter la famine ukrainienne au premier plan du débat, pas seulement en tant que catastrophe agricole mais en tant que l’un des premiers meurtres de masse délibérés du XXe siècle.
Les chercheurs spécialisés dans la comparaison de la malfaisance soulignent souvent que Staline a causé davantage de morts qu’Hitler, même si l’on ne tient pas compte des victimes de la famine; ces morts n’ont pas été envisagées de la même manière que ses autres crimes, ou que les meurtres et les gazages d’Hitler dans les camps de la mort. Fusiller ou gazer quelqu’un est plus direct et immédiat qu’affamer une nation entière.
Cependant, le récit que fait Snyder de la famine en Ukraine convainc efficacement que Staline avait transformé toute l’Ukraine en camp de la mort et, plutôt que de les gazer, avait décidé que ses habitants mourraient de faim.
Doit-on le considérer comme un crime moins grave parce qu’il est moins «direct»? C’est là que les comptes-rendus d’occurrences d’anthropophagie m’ont incité à repenser cette question —et à examiner la théorie, qui lui est liée, qu’il pourrait exister, pour les génocides, des degrés dans le mal en fonction de leur méthodologie.
Ce débat mijote depuis un moment, car il a une influence sur notre façon d’envisager les événements de l’histoire contemporaine. Il est généralement admis que le nazisme ne peut être réhabilité de quelque manière que ce soit, parce qu’il est inextricablement mêlé aux crimes hitlériens, mais certains à gauche pensent que le communisme peut, lui, être réhabilité en dépit des crimes de Staline, et malgré les nouvelles preuves que ses tactiques de terreur étaient des innovations remontant à son prédécesseur, Lénine.
Il y a ceux, comme le sophiste postmoderne Slavoj Žižek, qui avancent que les crimes de Staline étaient une distorsion aberrante d’un marxisme-léninisme sinon admirablement utopique, dont la réputation mérite encore le respect et peut-être un ajustement lacanien à la lumière de la réalité génocidaire des régimes marxistes-léninistes. Mais peut-on réellement séparer une idéologie des génocides plusieurs fois commis en son nom?
Dans sa critique de Bloodlands pour The New York Review of Books, ma collègue de Slate, Anne Applebaum, observe:
«Jusqu’à une période récente, il était politiquement incorrect en Occident d’admettre que nous avions vaincu un dictateur génocidaire avec l’aide d’un autre. Ce n’est qu’aujourd’hui… que l’étendue des meurtres de masse de l’Union soviétique devient mieux connue en Occident. Ces dernières années, certains, dans l’ancienne sphère d’influence soviétique… ont également commencé à utiliser le mot “génocide” dans des documents juridiques pour décrire les meurtres de masse de l’Union soviétique.»
Peut-on faire des distinctions entre les génocides d’Hitler et de Staline? Est-il possible —sans que cela ne minimise en rien la malfaisance d’Hitler— de dire que les crimes de Staline furent, dans une certaine mesure, pires? Si nous parlons de quantité, le nombre de victimes des meurtres de masse de Staline pourrait bien dépasser de loin celles d’Hitler, car il est souvent question d’une vingtaine de millions de morts, en fonction de ce que l’on compte.
Mais la quantité ne devrait probablement pas être la seule mesure. L’intention compte aussi. Pour certains, les meurtres de Staline ne sont pas à mettre sur le même plan (ni n’ont la même profondeur), parce qu’il a pu croire, aussi fou que cela ait pu être, qu’il agissait au service du but supérieur de la lutte des classes et des aspirations universelles de la classe ouvrière opprimée. Contrairement à Hitler, qui a tué au nom d’une haine raciale vile et indéfendable.
Mais d’un autre côté, pourrait-on avancer, Hitler aussi pensait servir une cause idéaliste, en «purifiant» l’humanité d’un «bacille de la peste» (le charmant qualificatif qu’il utilisait pour les Juifs) tel un médecin (il se comparait souvent à Koch et à Pasteur).
Je n’oublierai jamais le moment, que je rapporte dans Explaining Hitler, où, autour d’une table basse du Oxford and Cambridge Club de Londres, le grand historien H.R. Trevor-Roper s’est penché vers moi après que je lui avais demandé si d’après lui, Hitler savait que ce qu’il faisait était mal. Non, avait répondu Trevor-Roper du tac au tac, «Hitler était convaincu de sa propre rectitude».
J’ai du mal à comprendre quelqu’un qui veut soutenir que le meurtre de 20 millions de personnes est «préférable» à autre chose, mais notre culture n’a toujours pas assimilé l’équivalence de génocides entre Staline et Hitler parce que, comme le souligne Anne Applebaum, nous avons eu recours au premier pour vaincre le second.
À New York, il existe un très agréable bar littéraire ironiquement baptisé «KGB». Le KGB n’était autre que le NKVD de Staline sous un nom différent, lui-même la version rebaptisée du Guépéou, fer de lance de la police secrète au service de ses politiques génocidaires. Et sous son propre nom, le KGB fut responsable de meurtres et d’actes de torture de dissidents et de Juifs jusqu’à la chute de l’Union soviétique en 1991 (et c’est un ex du KGB, un certain Poutine, qui est officieusement aux commandes aujourd’hui).
On peut prétendre que nommer un bar «KGB» relève d’un genre de kitsch Guerre froide (légèreté susceptible d’offenser quelques millions de victimes). Mais le simple fait que l’on puisse évoquer l’argument du kitsch prouve que les génocides et les institutions soviétiques et nazies sont encore traités de façon différente. Qui oserait organiser des lectures dans un bar urbain ironiquement baptisé «Gestapo»?
Nous n’avons pas encore pris toute la mesure de la malfaisance de Staline. Je sais que c’est vrai d’un point de vue intellectuel, mais notre culture n’a pas non plus assimilé l’ampleur de ses crimes. Ce qui explique peut-être pourquoi le cannibalisme m’a tant secoué que j’en ai perdu toute illusion sur la possibilité de faire des distinctions qui veuillent vraiment dire quelque chose entre Staline et Hitler.
Peut-être n’avons-nous pas su assimiler ce que nous avions appris sur Staline, le communisme soviétique et celui de Mao (50 millions de personnes ont sans doute trouvé la mort lors de la famine du Grand Bond en avant et des meurtres de la Révolution culturelle) parce que pendant un certain temps, le débat qui faisait rage avait un petit côté honteux. Au milieu des années 1980, des historiens allemands comme Jürgen Habermas accusaient d’autres historiens allemands comme Ernst Nolte d’essayer de «normaliser» le régime nazi en le comparant moralement à la Russie stalinienne, en allant jusqu’à suggérer que les méthodes meurtrières d’Hitler étaient une réponse au terrorisme et au génocide staliniens, ce qui, pour certains, était une tentative «d’excuser» Hitler.
Mais les déviations honteuses qui ont été faites de ce débat —normaliser Hitler en se concentrant sur les crimes de Staline— ne doivent pas nous aveugler quant à l’ampleur et aux conséquences de ces crimes.
Il n’existe pas d’algorithme du mal, mais dans le cas de Staline on accorde depuis longtemps davantage de poids aux meurtres idéologiques et à ceux du goulag qui ont débuté en 1937 qu’aux millions de personnes qui —avance Snyder— ont été tout aussi délibérément assassinées de sang froid par une famine imposée en 1932 et 1933.
C’est là que le choc provoqué par les quelques pages de Snyder sur le cannibalisme a de nouveau ressuscité pour moi l’hypothèse des degrés du mal. Selon le récit soigneusement documenté de Snyder, il n’était pas rare, pendant la famine imposée par Staline à l’Ukraine soviétique, que des parents cuisinent et mangent leurs enfants. La simple énonciation du fait est épouvantable à écrire.
Le contexte: si Lénine se satisfit, pendant un temps en tout cas, de laisser la nouvelle Union soviétique développer une «économie mixte» avec une industrie gérée par l’État et des fermes privées aux mains des paysans, Staline décida de «collectiviser» le grenier à grain qu’était l’Ukraine. Ses agents confisquèrent toutes les terres des paysans, les exproprièrent et placèrent des idéologues dévoués pourvus de peu d’expérience agricole à la tête des fermes fraîchement collectivisées, qui commencèrent à échouer lamentablement. Pour réaliser les objectifs du plan quinquennal, Staline confisqua toutes les céréales et la nourriture produites en 1932 et 1933 pour nourrir le reste de la Russie et collecter des capitaux étrangers, et ce faisant, laissa les Ukrainiens sans rien à manger… qu’eux-mêmes.
J’ai déjà lu des choses aussi épouvantables, mais jamais plus affreuses que les quatre pages du livre de Snyder consacrées au cannibalisme. Dans un sens, je voudrais vous dire de ne pas lire ce livre; il est, hélas, inoubliable. D’un autre côté, ne pas le lire revient à refuser d’admettre dans quel genre de monde nous vivons réellement, à nier ce dont la nature humaine est capable. L’Holocauste nous a beaucoup appris sur ces questions, mais hélas, il en reste beaucoup à apprendre. Peut-être vaut-il mieux vivre dans le déni. Ou concevoir l’histoire humaine avec un optimisme béat, sous la forme d’une évolution vers le haut, bien que parfois il me semble que Darwin voyait bien plus juste qu’il ne s’en doutait en intitulant son livre The Descent of Man [La descente de l’homme, publié en français sous le titre La filiation de l’homme]. La compréhension à la fois du stalinisme et de la nature humaine ne peut être à coup sûr que terriblement incomplète si l’on n’a pas lu les pages de Snyder.
En voici un extrait:
«Confrontées à la famine, certaines familles se divisèrent, les parents se retournant contre les enfants et les enfants les uns contre les autres. Comme la police d’État, le Guépéou, se vit forcée de constater, en Ukraine soviétique “les familles tuent leurs membres les plus faibles, généralement les enfants, et mangent leur chair.” D’innombrables parents tuèrent et mangèrent leurs enfants, pour finir par mourir de faim quand même. Une mère fit cuire son fils pour elle et sa fille. Une fillette de six ans, sauvée par d’autres membres de la famille, vit son père pour la dernière fois aiguisant son couteau pour l’égorger. Naturellement, d’autres arrangements étaient possibles. Une famille tua la belle-fille, donna sa tête à manger aux cochons, et fit rôtir le reste du corps.»
Selon Snyder, «au moins 2.505 personnes furent condamnées pour cannibalisme en 1932 et 1933 en Ukraine, mais le véritable chiffre était sans aucun doute très supérieur».
Une dernière histoire d’épouvante. Sur un groupe de femmes qui tenta de protéger des enfants des cannibales en les rassemblant dans un «orphelinat» de la région de Kharkov:
«Un jour, les enfants devinrent soudainement silencieux, nous nous retournâmes pour voir ce qu’il se passait, ils étaient en train de manger le plus petit d’entre eux, le petit Petrus. Ils en arrachaient des lambeaux et les mangeaient. Et Petrus en faisant autant, il s’arrachait des lambeaux à lui-même et les mangeait, il en mangeait tant qu’il pouvait. Les autres enfants posaient leurs lèvres sur ses plaies et buvaient son sang. Nous arrachâmes l’enfant à leurs bouches affamées, et nous pleurâmes.»
«Et la voracité, un loup universel / aidée par la volonté et le pouvoir / doit tout transformer en proie universelle / et à la fin se dévorer elle-même.»
Shakespeare écrivit cela. Notez qu’il ne parlait pas seulement de voracité à l’égard de la nourriture, mais de la faim de puissance. Le vrai cannibale, c’était Staline.
Comment réagir face à cela? Il y a pu n’y avoir que quelques milliers de cas, comparés aux millions que Staline a affamés ou assassinés, comparés aux boucheries d’Hitler, mais quelque chose dans ces récits nous force à nous rendre compte qu’il existe des profondeurs du mal que nous étions incapables d’imaginer auparavant. Tuer un autre être humain, tuer des millions d’êtres humains, c’est le mal. Mais forcer des parents à cuisiner et à manger leurs enfants —imaginions-nous seulement que cela pouvait figurer au répertoire des comportements humains? Devons-nous radicalement réajuster à la baisse notre vision de la nature humaine? Le fait qu’un humain puisse provoquer ou commettre de tels actes signifie sans doute que beaucoup en sont capables.
La controverse ne devrait pas en réalité porter sur qui était le pire, d’Hitler ou de Staline, mais sur le fait qu’il n’y en avait pas qu’un seul, qu’ils étaient plus de deux bien sûr: il y a aussi Pol Pot et les meurtriers rwandais, entre autres.
Même si ces 2.500 arrestations pour anthropophagie furent éclipsées par les 2 millions ou plus d’affamés à morts, elles nous disent quelque chose d’indicible, presque au-delà des mots. À la lumière de ces récits, des gens comme Slavoj Žižek peuvent-ils continuer de défendre le marxisme pour son universalisme utopique et écarter le cannibalisme en le considérant comme la conséquence non-voulue d’un excès de zèle dans la poursuite d’une cause plus sacrée? Juste une petite déviation sur la route de l’Utopie? Éclairez-nous, Monsieur Žižek, je vous en prie (et soit dit en passant, mépriser le marxisme postmoderne ne signifie pas forcément défendre les failles du capitalisme postmoderne).
Devons-nous considérer chaque sorte de génocide comme un mal distinct de l’autre? On pourrait penser que le meurtre de masse, direct et violent, en est la pire forme, mais forcer des êtres humains à tomber au point de manger leurs enfants dépasse la torture physique et le meurtre. C’est de la torture spirituelle, un assassinat de l’âme. Dans un sens encore plus brutal et vicieux, car l’auto-dégradation imposée est inimaginable dans les souffrances qu’elle provoque.
Nous savons ce que cela dit sur Staline et ses hommes de main, trop bien disposés à être les complices de ces horreurs. Mais les cannibales? Comment devons-nous les considérer? Uniquement comme des victimes, qui n’avaient pas le choix? Ils ont surement dû subir des souffrances mentales et spirituelles au-delà de ce que nous sommes en mesure d’imaginer. Mais cela signifie-t-il qu’ils n’avaient pas le choix? Si nous admettons qu’ils l’avaient, rejetons-nous la faute sur les victimes? Ou bien apparaît-il clairement que la faim les avait rendus fous —et qu’ils ne peuvent être tenus pour entièrement responsables de leurs actes parce que leur discernement était altéré? D’un autre côté, toutes les familles mortes de faim ne sont pas devenues cannibales; étaient-elles d’une constitution morale plus solide?
Snyder prend des gants sur le sujet. Il concède que «le cannibalisme est un tabou dans la littérature comme dans la vie, et les communautés cherchent à protéger leur dignité en supprimant les récit de ce moyen désespéré de survie. Les Ukrainiens en dehors de l’Union soviétique considèrent le cannibalisme comme une source de grande honte».
Voici une phrase aux mots presque trop soigneusement choisis, qui par conséquent prêtent à confusion. Il semble vouloir dire que certaines communautés n’ont pas cherché à supprimer les faits, mais ressentent de la honte —«Les Ukrainiens en dehors de l’Union soviétique.» Mais il n’y a plus d’Union soviétique. Que ressentait, ou ressentent, les Ukrainiens qui ont aujourd’hui leur propre nation? Comment sont-ils supposés se sentir? Persécutés jusqu’à en devenir criminels?
Évaluer les degrés du mal n’est pas une question facile. Je passe sûrement trop de temps à y penser. Parfois, il existe des distinctions sans qu’il y ait de différence significative. Voici quelques réflexions très préliminaires:
• Même si les cas de cannibalisme ne concernent que quelques milliers de personnes et que les génocides en impliquent des millions, ils ont leur importance dans le cœur des ténèbres révélé dans les «terres sanglantes» qui s’étendent entre l’Allemagne nazie et l’Union soviétique.
• Il existe des distinctions, mais pas de vraies différences, entre les génocides de Staline et d’Hitler. Au-delà de 5 millions de victimes, on peut affirmer que tous les monstres génocidaires se valent.
Enfin, la seule autre conclusion que l’on puisse en tirer est que le terme «civilisation européenne» est un oxymore. Ces horreurs, nazies et communistes, sont toutes issues de la mise en pratique d’idées européennes, politiques et philosophiques. La genèse même du génocide cambodgien remonte aux cafés parisiens où les idées de Pol Pot lui vinrent à l’esprit. Hitler trouva ses idées à lui dans les cafés de Vienne. «Quand on sait de telles choses, dit Eliot, quel pardon?»
Ron Rosenbaum
Traduit par Bérengère Viennot
Mis à jour le 15/02/2011 à 14h39















































Sans nier ou minimiser les crimes enormes des soviétiques (il n'avait de communiste que l'inspiration de l'idéologie), peut être faut il faire entendre que dans le contexte de la sortie récente de la situation de l'URSS après la guerre civile de 17, et la situation de déshérence des campagne Russe et Ukrainienne (datant de bien avant le communisme de nombreuses famines ayant secoué le pays avec des chiffres tout aussi accablant de plusieurs millions), pourquoi n'ont peut-on admettre qu'il peut y avoir dans ces horreurs la simple résultantes d'un contexte catastrophique:
nullité de l'administration agricole soviétique / faiblesse (en terme de gestion des ressources) historique de la zone agricole du sud de l'URSS / sécheresses et trouble sociaux lié à l'application de forces de la politique de collectivisation/ et surtout vouloir caché cette réalité de peur de voir une intervention international aboutissant aux retours des "forces réactionnaires" comme ils disaient, si au final une responsabilité est clairement à établir du côté de l'administration Stalinienne et Soviétique pourquoi faut il que forcément on y voit autre chose que l'echec de leur politique. Pol Pot oui lui a voulu clairement "rééduquer" en l'anéantissent son "peuple" , Mao de même que Staline était certainement mauvais au sens humain du terme, mais aussi au sens gestionaire.
Quand aux crimes du NKVD et du KGB, on peut dire qu'au temps de la guerre froide et encore aujourd'hui l'Amérique et la CIA ont beaucoup de leçon à donné. Où on été inventé les premiers camps d'internement (je ne dis pas concentration mais bon) ? En Afrique du Sub par les anglais contre les Zoulous et les Boers, soit mais aussi aux USA pour "gérer" la crise des Indiens d'Amérique, et l'on y mourrait de faim également. Sans parler des scènes d'Amérique Centrale ou du Sud. Parce qu'avec des idées commme "à qui profite le crime" on peut aussi dire que le 11 septembre a été provoqué par les américains, vu qu'il leur a été plus bénéfique qu'a Al Quaida.
Je ne suis pas sûr que ce commentaire passera mais si l'auteur/modératuer le lit ce serait déja pas mal.
pour citer paul durke : "En Afrique du Sub par les anglais contre les Zoulous et les Boers, soit mais aussi aux USA pour "gérer" la crise des Indiens d'Amérique, et l'on y mourrait de faim également. Sans parler des scènes d'Amérique Centrale ou du Sud."
les tyrans africains se présente comme les représentants élus du peuple, les massacres qu'ils profèrent émanent ils pour autant de la démocratie ?
empêcher les médicaments génériques d'atteindre le sol africain (pour le sida par exemple) peut il être considéré alors comme un génocide ?
Le Pardon nous renforce et nous permet de survivre sans sombrer dans l'horreur que nous condamnons: il faut pardonner pour pouvoir continuer à vivre dans la dignité. Il faut NE JAMAIS OUBLIER. Le crime parfait n'est pas celui qui reste impuni, c'est celui qui nous rend ses complices, en effaçant les crimes de l'humanité de nos mémoires nous serions complices de ces crimes. En ne pardonnant pas aussi, car condamner toute l'humanité pour sa capacité à faire le mal ce serait oublier qu'elle peut aussi faire le bien.
Tout d'abord le terme imposé de « génocide » cache un véritable débat sur la question. De fait, c'est un meurtre de masse (même s'il n'est pas « l'un des premiers meurtres de masse délibérés du 20ème siècle » comme le suggère l'auteur), mais il ne rentre pas complètement dans la définition de génocide. « Meurtre de masse » et « génocide » sont deux termes complètement différents. Ensuite, on peut retrouver la comparaison fallacieuse entre fascisme et communisme. On ne répètera jamais assez que l'on ne peut pas comparer deux courants de pensée: ils sont complètement différents. Ils naissent dans des contextes historiques différents. Ils ont des objectifs différents. Ils disparaissent de manières différentes... De même on ne peut comparer le totalitarisme Hitlérien de celui de Staline. Chacun se place dans une trajectoire différente. Enfin, on retrouve encore une fois la superbe analogie entre communisme et stalinisme comme si tous deux ne faisaient qu'un... Le responsable de l'Holodomor est Staline et non le communisme. Et même si l'on considère que le Stalinisme pourrait être rapproché du communisme (il s'agit là encore d'un débat que l'auteur oublie de mentionner), le corolaire est absolument faux: le communisme n'a pas pour forme unique le Stalinisme (ce que l'analogie de l'auteur porte à croire)
Ces trois éléments montrent donc bien que derrière les éléments objectifs et les exemples empiriques fournis, l'auteur se positionne clairement dans l'anticommunisme. Ce positionnement est parfaitement normal. Mais son erreur est d'avoir essayé de la cacher dans le but d'imposer ses idées comme des vérités alors qu'il s'agit là de débats non résolus. Il y a donc un terrible manque de justification de la part de l'auteur qui pénalise l'ensemble du texte.
Ce manque de justification se retrouve par ailleurs dans Le Livre Noir du Communisme, que l'auteur semble particulièrement apprécier. Outre le fait que le nombre de mort total du communisme fait débat (il pourrait être sur-estimé de 30 millions, ce qui n'est pas rien), l'auteur de ce livre fait deux erreurs méthodologiques. Premièrement, il parle du communisme comme une généralité partagée par plusieurs états alors même qu'ils sont différents dans le temps et dans l'espace (on ne peut comparer Zhou Enlai et Kim Jong-Il par exemple). De plus il place chaque état communiste hors-contexte, hors-temps sans parler de leurs ennemis qui influencent leurs actions. Ainsi la Grande Terreur s'explique par la Contre Révolution. Sans la légitimer, j'apporte ici des éléments d'explications (explications qui manquent cruellement dans ce livre comme dans cet article)
Il reste trois critiques majeurs que je peut faire sur cet article:
Tout d'abord, le rapprochement entre Lénine et Staline (sans plus d'explication encore une fois) relève du mythe anticommuniste. S'il est vrai que Lénine engage les tactiques de terreur, il le fait de manière « rationnelle » dans un contexte de guerre civile, d'isolement politique et sans s'acharner sur une population. Par exemple, si, comme Staline, il provoque le famine Ukrainienne de 1921 en essayant de collectiviser l'Ukraine, il appelle l'aide de la communauté internationale pour régler le problème de cette famine. La terreur qu'il met en place vise à stabiliser un régime encore fragile (il a tout de même été la victime d'une tentative d'assassinat) et surtout complètement isolé. La terreur de Staline se place dans un contexte totalement différent. C'est le grand problème de l'auteur qui dé-contextualise tout événement pour en faire une vérité soi-disant universelle. Staline, dans sa paranoïa voulait consolider son pouvoir personnel. Il faut le préciser même si cela semble logique: le stalinisme est l'ouvre de Staline et non du communisme (d'où le problème de l'article qui mêle les deux notions comme si elles ne faisaient qu'une). L'état soviétique Léniniste et le totalitarisme d'un Staline antisémite et paranoïaque sont incomparables.
Ensuite il convient de critiquer la logique enfantine visant à dire: « Staline a fait plus de morts qu'Hitler, donc il est plus méchant. En plus il a poussé des gens au cannibalisme, il est pire que les autres. ». Absurde pensée que celle de vouloir hiérarchiser le mal...
Enfin et c'est là, la limite principale de ce texte, l'auteur cherche à assimiler les crimes commis au nom du communisme et le communisme lui-même: «Peut-on réellement séparer une idéologie des génocides plusieurs fois commis en son nom ? » ; « À la lumière de ces récits, des gens comme Slavoj Žižek peuvent-ils continuer de défendre le marxisme pour son universalisme utopique et écarter le cannibalisme en le considérant comme la conséquence non-voulue d’un excès de zèle dans la poursuite d’une cause plus sacrée? ». Remplaçons les termes de « génocide » par celui de « meurtre politique de masse » et discutons ces questions. Je ne m'attarderais pas sur le fait que l'auteur utilise une stratégie populiste reposant sur le pathos (« À la lumière de ces récits » de cannibalisme). Il s'agit là de la vieille mais non moins pertinente distinction entre persuader et convaincre... L'auteur cherche à persuader, non à convaincre. Mais surtout ces questions sont absurdes du fait qu'elles sous-entendent une réponse négative alors qu'elle est logiquement positive. Ce n'est pas parce qu'on légitime une action sur le communisme que l'on est communiste. Je pourrais écrire un article sur la catholicisme en prenant des exemples déchirant de populations musulmanes massacrées durant les croisades puis dire: à la lumière de ces récits peut-on encore défendre le catholicisme et écarter les croisades comme des conséquences non voulues? La réponse est bien évidemment positive. L'on reconnaît à présent que ces actes s'opposaient à la morale catholique. Il en est de même pour les crimes su stalinisme et le communisme.
Le seul apport intéressant de cet article repose sur le constat que notre culture n'a pas encore assimilé l'ampleur de ces crimes. L'auteur soulève ici une idée intéressante qu'il aurait dû développer. Mais à la place de cela il préfère tomber dans la vieille critique anticommuniste visant à rapprocher (dans une grande erreur de méthodologie) Hitler de Staline et Staline du Communisme pour dire que finalement ils étaient tous pareils les gros filous. Apport, reconnaissons le, assez limité intellectuellement parlant...
Sur le deuxième point, i.e. l'absurdité de hiérarchiser le mal, je suis étonné que personne ne réagisse en particulier à l'une des conclusions de l'article : "Au-delà de 5 millions de victimes, on peut affirmer que tous les monstres génocidaires se valent." Après la hiérarchisation du mal, sa quantification...
Quand à la balance entre le nazisme et le communisme d'une part et l'impérialisme japonais d'autre part, elle n'existe même pas ...
Pourtant, et puisqu'il est ici question de cannibalisme, cet impérialisme a permis d'institutionnaliser le cannibalisme dans certains cas où les soldats japonais s'alimentaient en viande de prisonniers de guerre pour régler certains problèmes de logistique élémentaire.
Référence : http://fr.wikipedia.org/wiki/Crimes_de_guerre_du_Japon_Showa#Cannibalisme
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Ensuite on ne peut parler des crimes du communisme même: à ce que je sache Marx n'a commis aucuns crimes... Je veux dire que tu ne peux assimiler si facilement Stalinisme et Communisme. Tu peux parler de crime de Staline par exemple.
Or le rapport Khrouchtchev de Février 1956 et la déstalinisation qui s'en est suivit ont largement permis de juger les crimes de Staline.
Enfin, pourquoi si tu parle de "crime du communisme", tu ne parle pas de "crime du capitalisme"? N'est-ce-pas les Etats-Unis qui ont permis le coup d'état de Pinochet du 11 Septembre 1973. N'est-ce-pas les Etats-Unis qui ont soutenu de nombreuses dictatures (dont l'Apartheid) dans leur lutte aveugle contre l'URSS? Arrête de voir les choses sous un seul angle.
"À la lumière de ces récits, des gens comme Slavoj Žižek peuvent-ils continuer de défendre le marxisme pour son universalisme utopique et écarter le cannibalisme en le considérant comme la conséquence non-voulue d’un excès de zèle dans la poursuite d’une cause plus sacrée?"
Le marxisme n'est bien sûr pas responsable de ces crimes. Marx lui-même ne se déclarait pas marxiste au sens où on a appelé "marxisme" ce qui ne correspondait pas aux idées marxiennes. Ses idées n'ont pas été appliquées par Staline. Marx voulait l'abolition de l'Etat à terme, Staline se l'est approprié et l'a au contraire renforcé.