Wikipedia et les femmes ne font pas bon ménage
Plus de 87% des contributeurs de Wikipedia sont des hommes. Le New York Times et certains groupes féministes taxent l’encyclopédie en ligne de sexisme. Une accusation contestable.
- Phil McCarten / Reuters -
La semaine dernière, le rédacteur en chef du New York Times, Bill Keller, a annoncé devant le National Press Club que les actualités concernant l’Egypte s’amoncelaient à la une de son journal. Des tonnes d’infos qui, finalement, n’accrochaient pas plus que ça les lecteurs. Pour rompre avec cette monotonie, qu’a-t-il trouvé à insérer entre les dépêches en provenance du Caire et de Jérusalem? Un article sur le déséquilibre des sexes au sein des contributeurs de Wikipedia. Selon une étude réalisée par la fondation Wikimedia, les contributrices bénévoles et anonymes de l’encyclopédie en ligne ne sont que 13%.
Recyclage biaisé sur le sexisme
Que les femmes contribuant à Wikipedia soient une minorité, ce n’est pas un scoop. L’étude de Wikimedia avait été publiée en août 2009 et relayée par le Wall Street Journal à l’époque. Depuis les 17 mois (que le New York Times réduit à «environ un an») que ce rapport endurcit la conscience du New York Times, le quotidien n’a tout simplement sorti aucune nouvelle information/explication concernant ce déséquilibre des genres. Il ne fait que recycler les platitudes qui ressortent parfois des études sur l’inégalité des genres, celles d’une société hostile aux femmes, illustrant de façon édifiante la décadence intellectuelle du féminisme contemporain.
Pour quiconque souhaite vraiment à savoir si le sexisme influence aujourd’hui la participation aux débats publics, Wikipedia est l’outil de mesure idéal. Cela fait des années que les féministes dénoncent l’inégale représentation des femmes dans les pages d’opinion de la presse ou les comptes-rendus de livres, magazines et revues hautement considérés. En 2005, par exemple, la journaliste politique et professeure Susan Estrich a accusé publiquement le rédacteur en chef du Los Angeles Times, Michael Kinsley, d’exclure les journalistes femmes de la rubrique «Opinions» du journal. Le seul élément ayant permis à Susan Estrich de taxer Michael Kinsley d’animosité à l’égard des femmes est la disproportion des sexes parmi les contributeurs du quotidien. Elle avait fait plancher quelques unes de ses étudiantes (de la faculté de droit de l’Université de Californie du Sud) sur le sujet.
Une organisation newyorkaise qui porte le nom d’OpEd Project effectue le même comptage à plus grande échelle. Elle tient à jour un tableau récapitulatif des articles d’opinion du New York Times, du Washington Post, du Wall Street Journal, du Huffington Post, de Daily Beast et de Salon. La semaine dernière, Meghan O’Rourke (sur Slate.com ) et Robin Romm (sur le blog Double X) ont rapporté les résultats d’un autre recensement, celui-là réalisé par le groupe littéraire de femmes VIDA. Le groupe a répertorié les noms des journalistes de 14 magazines, comptes-rendus d’ouvrages et revues littéraires de renom sur l’année 2010. Se référant à certaines des conclusions de VIDA – selon lesquelles les prénoms masculins étaient plus nombreux que les prénoms féminins –, Meghan O’Rourke explique que «les décisions concernant les auteurs et les contenus à publier» ne doivent pas être «uniquement fondées sur le mérite». Tandis que Robin Romm observe non sans solennité que «les gardiens de la culture littéraire – dans les magazines en tout cas – sont toujours essentiellement des hommes». Ni l’une ni l’autre n’ont jugé utile de déterminer la proportion naturelle hommes-femmes chez les auteurs avant de décrier ce déséquilibre chez les journalistes.
Pas de barrières à la participation des femmes et pourtant les hommes écrivent plus
L’idée selon laquelle ce déséquilibre des genres est le fait d’une discrimination de la part des «gardiens» a toujours été fausse. Les sites wiki viennent à présent le confirmer. Une auteure ou une oratrice qui ne se rend pas compte qu’elle a été à de nombreuses occasions invitée à un forum parce qu’elle est femme est déconnectée de la réalité. Toutes les organisations un peu en vue sont aujourd’hui loin d’être indifférentes – et bien moins hostiles – à la représentation féminine; elles cherchent au contraire assidûment à intégrer autant de femmes que possible dans leurs rangs. Néanmoins, l’idée que quelqu’un ou quelque chose inhibe l’engagement intellectuel et politique des femmes demeure bien ancrée chez d’aucuns.
C’est là que Wikipedia vient démontrer le contraire. Comme chacun le sait, il n’est pas question de «gardiens» chez Wikipedia, puisque n’importe qui peut rédiger ou modifier un contenu de façon anonyme ou en son propre nom. Il faut simplement porter un grand intérêt au savoir et avoir le souci de l’exactitude des informations. (Selon l’enquête de Wikimedia, le désir de partager des connaissances et de corriger les erreurs sont les principales motivations des contributeurs.) Wikipedia offre un groupe témoin «naturel» qui contredit la théorie selon laquelle le faible taux de participation des femmes aux les forums publics est dû à l’exclusion.
Paradoxalement, en l’absence de gardiens, la représentation féminine chute. Ce paradoxe s’explique par le fait que les «gardiens» s’emploient constamment à respecter les quotas de femmes. Wikipedia compte 13% de contributrices, ce qui est encore moins que les 15% de femmes qui participent aux «forums publics sur le site «leadership éclairé»– pourcentage déterminée par OpEd Project et cité par le New York Times. Fait encore plus surprenant, même les sujets «wiki» que le New York Times estime être typiquement féminins, tels que la série Sex and the City, font l’objet de contributions bien maigres en comparaison des longues rédactions, qui s’appuient sur moult faits, sur des sujets soi-disantplus masculins, tel que Les Sopranos. Cette différence de productivité s’installe dès le plus jeune âge. Les contributions wiki sur les bracelets brésiliens, très populaires chez les jeunes adolescentes, sont ridicules par rapport à celles qui concernent les cartes de foot ou les soldats de plomb, indiquent le New York Times (quoique les contenus relatifs aux hobbies de garçons puissent être rédigés par des hommes passionnés voire obsédés par ces hobbies).
Charabia en soutien à la théorie sexiste
L’article du New York Times prend ensuite un virage qui illustre bien les manœuvres éhontées des féministes contemporaines et de leurs alliés pour perpétuer le fantasme d’une société sexiste. Au lieu d’utiliser le site Wikipedia, qui ne comporte pas de barrières, comme référence pour mesurer la discrimination dans un monde où on participe «sur invitation uniquement», le journal fait le contraire. Selon lui, puisque nous savons que le faible taux de participation des femmes dans les forums «gardés» est le résultat d’une discrimination sexuelle, la faible participation féminine à Wikipedia doit être due à la même cause. L’article n’envisage pas une seule seconde que le site de Wikipedia puisse être le reflet des préférences innées pour ce que le New York Times qualifie de «royaume de l’amour obsessionnel des faits».
Etant donné la difficulté de trouver des barrières sur un site ouvert à tous, il n’est pas très surprenant que les personnes citées dans cet article parlent en charabia. Voici donc la première parole d’expert: Joseph Reagle, enseignant au Centre Berkman pour Internet et la société (Harvard), explique que Wikipedia partage de nombreuses caractéristiques avec la population des geeks. Ainsi, elle diffuse une idéologie qui résiste à tout effort d’imposer des règles ou même des objectifs, tels que la diversité, ainsi qu’une culture susceptible de décourager les femmes.
Aucun exemple des «découragements» en question n’est donné. Voyons donc la première citation de Joseph Reagle. «Il y a une certaine ironie là-dedans, parce que je soutiens ce genre de choses – la liberté, la transparence, les idées égalitaires –, mais je crois que dans une certaine mesure elles aggravent et dissimulent des problèmes potentiels du monde réel.»
C’est parfaitement absurde! Comment «la liberté, la transparence, les idées égalitaires» peuvent-elles à la fois «aggrav[er] et dissimul[er] des problèmes potentiels du monde réel?» La liberté et la transparence seraient-elles tout à coup devenues des obstacles à l’égalitarisme tant revendiqué par les féministes?
En laissant à Joseph Reagle le bénéfice du doute, on peut interpréter ses propos comme suit: le sexisme que les femmes traînent tel un boulet dans le «monde réel» continue à les entraver dans le monde de Wikipedia. Et lorsque Reagle tente de clarifier son point de vue, il ne fait que l’obscurcir. «Adopter la transparence signifie être “ouvert à des gens très difficiles, extrêmement conflictuels, voire misogynes”. Il faut donc ouvrir un grand débat pour savoir s’il y a un problème.»
Là encore, difficile de comprendre son propos. On peut supposer que devenir un contributeur de Wikipedia implique d’interagir avec des «gens très difficiles (…) voire misogynes». Mais l’allégation selon laquelle les misogynes sont surreprésentés au sein des contributeurs des sites wiki n’est pas étayée par la moindre preuve.
Affirmations et généralités infondées
Pour Reagle, comme pour la plupart des féministes, la misogynie est en quelque sorte une «présomption de vérité» qui ne nécessite pas de preuve. Il ne livre aucun indice permettant de savoir quel dénominateur commun au sein des 17 millions d’articles de Wikipedia attire les misogynes. Par ailleurs, comment un misogyne wikipedien pourrait-il savoir qu’il a eu affaire à une femme, puisque la plupart des contributeurs/contributrices sont anonymes? Ou peut-être les misogynes sont-ils si balèzes qu’ils savent reconnaître la prose féminine? (L’hypothèse des misogynes tapis derrière leur ordinateur pourrait toutefois avoir le mérite d’expliquer pourquoi les contributions sur Manolo Blahnik et Jimmy Choo (des créateurs cités dans Sex and the City sur Wikipedia) sont, comme le fait remarquer le New York Times, si pauvres: les misogynes doivent être l’affût des contenus potentiellement rédigés par des femmes pour les supprimer en totalité.
Il se peut aussi que Reagle veuille dire que les femmes ont du mal à communiquer avec des «gens très difficiles et extrêmement conflictuels». Si c’est le cas, les difficultés relationnelles seraient-elles le résultat d’une discrimination sexuelle? De nombreux hommes aussi ont du mal à traiter avec ce genre de personnes. Je ne crois pas que cette difficulté soit un «problème» que la société a pour responsabilité de résoudre. Si le débat n’est pas votre tasse de thé, il est plus judicieux de ne pas y participer plutôt que de vouloir qu’il soit transformé en grand consensus.
Les autres experts cités par le New York Times tiennent le même discours incohérent: les mêmes barrières floues qui empêcheraient les femmes de s’exprimer ailleurs les empêchent de le faire sur Wikipedia. L’article cite Jane Margoli, co-auteure d’un livre sur le sexisme en informatique et chercheuse de renom à Institut pour la démocratie, l’éducation et l’accès (qui dépend de l’Université de Californie à Los Angeles). Elle demande d’un ton amer:
«Dans presque tous les espaces, qui sont les autorités, les politiciens, les auteurs de chroniques?» Je le redis: il n’y a pas d’«autorités» sur Wikipedia, puisque le site est ouvert à tous. Par conséquent, voici la question qui se pose: la modeste contribution des femmes à Wikipedia signifie-t-elle que leur faible taux de participation dans d’autres espaces de débat public est une question de choix et non de barrières.
Faux problème: les femmes et les hommes sont différents, c’est tout!
L’explication la plus directe à propos des taux de participation variables selon que l’on parle de Wikipedia ou de la vie de tous les jours est la suivante: globalement, les hommes et les femmes ont des centres d’intérêts et des passe-temps différents. Parmi ces différences, on trouve le penchant pour «les faits» ainsi que le désir d’acquérir et de développer des connaissances abstraites. Il va sans dire que des milliers de physiciennes, chimistes, et historiennes sont pionnières dans leur domaine et repoussent les limites de la connaissance. Mais personnellement, je ne connais aucune femme capable de vous sortir de tête des chiffres concernant les électeurs indécis du 63e district de Pennsylvanie (quoique… il doit bien en exister quelques unes).
En revanche, je connais plusieurs hommes qui adorent se prendre la tête sur ce genre de sujets. Bien que certaines femmes suivent les statistiques du baseball avec autant de zèle que les hommes, elles sont minoritaires. Les sujets presque exclusivement féminins, tels que les grosses bourdes de stars, n’ont pas fait couler autant d’encre sur les sites collaboratifs que les infos sur le sport, qui déchaînent les passions mâles. Naturellement, Wikipedia reflète cette disparité.
Le déséquilibre des genres sur Wikipedia est un faux problème auquel toute solution éventuelle serait inadaptée voire contreproductive. L’égalité hommes-femmes serait moins mise à mal si on reconnaissait que les deux sexes sont différents quant à leurs intérêts au lieu de suggérer que la «liberté, la transparence [et] les idées égalitaires» sont incompatibles avec l’épanouissement des femmes. Par ailleurs, l’écrasante majorité des hommes ne contribuent pas à Wikipedia, de même que l’immense majorité des femmes. Avec seulement 91.000 contributeurs actifs, il reste une énorme quantité de «voix masculines» qui, elles non plus, ne sont pas entendues.
Heather Mac Donald
Traduit par Micha Cziffra
Photo: Phil McCarten / Reuters
Mis à jour le 14/02/2011 à 17h04














































La situation des femmes dans le monde n'est malheureusement pas encore très bonne en ce début de 21ème siècle !
Merci de pas faire de généralités dans un article traitant de la participation des femmes à wikipédia...
Et non, ça n'a rien à voir avec la politique du blog (ce N'est PAS une encyclopédie, ça n'en respecte aucune règle, à commencer par le devoir de compétence de ses contributeurs), c'est une conséquence du côté libre, révolutionnaire, gratuit, en un mot merveilleux de ce site.
Personne n'est là pour imposer une parité artificielle, alors la faiblesse de l'implication intellectuelle et politique des femmes éclate au grand jour.
Ca, c'est la thèse de l'article. Jusqu'au 9ème paragraphe (j'ai abandonné ma lecture à cet endroit, même s'il en restait peu, je ne suis pas suffisamment masochiste), il n'y a pas trace d'un argument. Par contre, on a du rabe d'insultes : "platitudes", "manoeuvres éhontées", "charabia", "perpétuer le fantasme", etc. L'auteure semble avoir une sacrée rage refoulée contre le mouvement féministe. Au moins, écrire cet article aura certainement eu des effets cathartiques.
On a aussi quelques clichés ordinaires : les femmes n'arrivent à être entendues dans certaines tribunes que grâce à la discrimination positive (rien à voir avec leur engagement ou leurs compétences, ça, c'est une spécificité masculine). En outre, il y a des sujets "typiquement féminins", forcément futiles, forcément les premiers à mobiliser les femmes.
Alors quelques idées, en vrac. J'ai pas le temps de pondre une longue théorie, je ne suis pas journaliste, je suis avocate, je travaille toute la journée (tiens, peut-être une première raison du manque d'implication des femmes, elles ont un temps de loisir beaucoup plus faible que celui des hommes. Mais non, j'oubliais, c'est juste que ce sont des êtres futiles qui n'ont rien à dire et aucune productivité. Comme l'auteure, tiens).
J'ai contribué à Wikipédia. Eh oui. Autrefois, quand j'étais étudiante (comme bon nombre des contributeurs...). Je n'ai pas contribué sur la page "l'allaitement en France" ou sur "accessoires de beauté", j'ai contribué dans les champs juridiques et économiques qui m'intéressaient par le biais de mes études.
Et puis j'ai cessé. En raison de ces "découragements" que notre auteure, comme Saint Thomas, juge imaginaires faute de les avoir expérimenter.
Ca a d'abord été parce que j'ai lu un grand nombre d'aberrations sexistes (je me rappelle d'un formidable lien renvoyant de la page "féminisme" à la page "mythomanie"...). Ca a aussi été pour avoir réalisé que tout sujet tant soit peu polémique (et ça va chercher loin sur Wikipédia^^) était complètement biaisé, traversé de clichés si explicites qu'on l'aurait rédigé par une petite communauté autiste et refermée sur elle-même.
Ca a surtout été quand j'ai réalisé que cette dernière affirmation était on ne peut plus exactes. D'abord empiriquement en tentant en vain, dans les conversations, à améliorer le blog. Ensuite, sur un plan plus théorique, pour avoir réalisé que derrière l'image "contribution libre" et le chiffre astronomique de contributeurs, il y a une vérité cachée.
Deux types de contributeurs.
Les occasionnels passionnés par tel ou tel sujet, qui font 80 à 90 % du contenu de wikipedia, en un mot qui apportent toute l'information, d'une qualité plus ou moins bonne, plus ou moins sourcée également, selon qui ils sont (ben oui, n'importe qui peut écrire. N'IMPORTE QUI. Réfléchissez). Mais ceux-là (et celle-là), sur Wikipédia, ce sont les "gentils". Ceux qui font le contenu et qui m'incite, quand je cherche une date ou un nom, à consulter la page Wikipédia.
Et puis il y a la "communauté Wikipédia". Les censeurs de cette "encyclopédie" "libre". Ceux qui vont exercer une censure et expliquer pourquoi, d'une page à l'autre, ce sont les mêmes clichés qui reviennent, les mêmes voix qui s'expriment. On les a déjà décrit, ces censeurs. Blanc, jeune, souvent dans le secteur de l'informatique, quasi-toujours de sexe masculin.
Ce sont ceux-là qui font d'un blog informatif riche pour être très populaire, une source de désinformation de premier choix. Parce que c'est une toute petite communauté qui vient discuter indéfiniment de l'emplacement de telle virgule, de la formulation de telle idée. Et qui, parce qu'elle y consacre beaucoup de temps, aura toujours le dernier mot. Qui tronçonne et altère les articles jusqu'à ce qu'ils soient méconnaissables. Qui n'apportent en général pas un gramme d'informations, mais des tonnes de préjugés et de principes arrêtés.
Les parasites de Wikipédia.
Et ce n'est pas parce qu'ils sont d'une nature particulièrement mauvaise, ou qu'ils mettent des barrières que les femmes (entre autres) n'intègrent pas cette communauté. C'est juste qu'une petite communauté homogène va naturellement se reproduire à l'identique. Prenez n'importe quel forum sur Internet, et vous verrez que des caractéristiques se retrouvent de façon récurrente dans sa population. J'ai fréquenté pas mal de forums geeks (par goût, en plus^^). Ben j'ai retrouvé sur ces forums exactement les mêmes préjugés qui reviennent de façon atténuée sur les articles de Wiki et de façon amplifiée sur les pages de discussion qui sont témoins de leur génèse.
Wikipédia n'est pas l'encyclopédie du démon, profondément et délibéremment sexiste, vouée à l'exclusion des femmes.
Non. C'est juste un blog gigantesque de geeks, avec les préjugés de l'univers geek, cet univers n'étant pas un des pires qui existent, loin s'en faut. Mais il n'est pas très ouvert aux femmes. Ce qui explique le chiffre de 13 %, bien mieux que les idioties proférées par l'auteure de cette article sur le manque d'implication des femmes (tiens, le même argument ressorti pour les carrières prestigieuses, la politique, la représentation aux Conseils d'Administration, etc.).
Un article dont je me serais bien passée en somme, surtout que ce type de propos caricaturaux seront entendus 10 fois plus souvent que les propos que je tiens. Et qu'à terme, ce sont ceux que les gens entendront. J'en ai marre de ce culte de Wikipedia. Je crois que sans la salivation béate des foules élevant un culte à ce qui reste un vulgaire blog, j'aurais pu sincèrement apprécié cette nouvelle source d'informations (à sa juste valeur, c'est-à-dire utile uniquement sur les points ultra-techniques ou ultra-factuels).
Euh... c'est un peu tordue comme explication, à la limite de la victimisation à outrance.
Pourtant l'explication n'est pas bien compliquée: Wikipedia est un truc de geek, et l'immense majorité des geeks sont des mecs. Pas besoin d'aller plus loin et d'écrire des pages entières...
@Une.de.ces.femi... développe des arguments bien plus intéressants, et que j'aurai tendance à suivre quand je me réfère aux multiples débats relatifs à la dissolution des articles (voir http://notabilia.net/), qui prennent parfois des tours vraiment ubuesques.
Wikipedia est un outil fascinant mais le principe de base, "un site à contributions libres et ouvertes" n'implique pas mécaniquement qu'il n'existe pas une communauté structurée et potentiellement discriminante.
Et à vrai dire je trouve cette idée que les hommes sont de façon innée plus interessés par les faits (ce «royaume de l’amour obsessionnel des faits») que les femmes assez louche. Y a-t-il seulement des travaux sérieux qui corroborent cette idée?
90% des contributeurs de wikipédia sont des hommes - c'est le résultat d'un complot sexiste.
Question :
90% des prisonniers sont des hommes, c'est un complot sexiste également ? Ou bien on va vraiment finir par admettre qu'homme et femme ne sont pas exactement pareils ? Sinon comment expliquer cette dernière statistique ?
Quand l'INSEE dit qu'en 2010 "près d'un quart des immigrés et des descendants ont subi des discriminations" on ne parle pas de "fantasme d'une société raciste".
Donc alors qu'on sait que:
- 3% des grandes entreprises sont dirigées par des femmes - tous temps de travail confondus, les salaires des femmes sont inférieurs de 27 % à ceux des hommes selon les données. - 82% des salariés à temps partiel sont des femmes - 50 000 femmes sont victimes de viol tous les ans - 1 député sur 5 est une femme aujourd’hui en France ...
Comment peut-on encore mettre en doute le fait que notre société est belle et bien encore sexiste ?
Je me suis amusé à chercher quelques chiffre:
56.4% des universitaires sont des femmes: honteux sexisme anti mâle à la réussite
59.1% de femmes dans la fonction publique: ça va en faire des femmes à licencier pour une vrai parité...
53% de femmes dans l’électorat en mars 2009: à quand un seul vote de femme pour un vote d'homme?
85.3% de taux de réussite au bac pour les femmes contre 81.5% pour les hommes: à quand des notes relevées pour les hommes, pour rétablir la parité?
Le pire: 51.4% de femmes de plus que d'hommes en France. Ne devrait-on pas en abattre pour rétablir la parité?
Que ce soit pour les prisons ou pour Wikipédia, c'est pareil. Si on valorisait les petites filles et les petits garçons pour les mêmes choses, il y a aurait certainement beaucoup moins de différences de comportement en fonction du genre. Sachez que la violence féminine est beaucoup moins tolérée et beaucoup plus réprimée dès l'enfance, elle est antithétique avec l'idée qu'on se fait de la "féminité" et elles ont par conséquent, très peu de raisons de développer des prédispositions à la spontanéité et à l'agressivité. Elles sont tout simplement, en moyenne, beaucoup plus cadrées par leurs parents - sans même qu'ils se rendent nécessairement compte qu'ils vont davantage conditionner leur fille au "calme" que leur fils.
D'ailleurs, de nombreuses études ont été menées sur le sujet : même les professeurs, sans en avoir conscience, valorisent davantage un garçon brillant qu'une fille brillante (notamment dans certains domaines, comme les mathématiques). Et il est tout à fait possible que les filles (en particulier, mais pas seulement) soient davantage valorisées pour leur capacité à plaire physiquement ou à communiquer, à charmer, que pour leurs performances intellectuelles. Il est possible que l'esprit de compétition soit moins encouragé chez les femmes que chez les hommes. Alors certes, peut-être semble-t-il plus gratifiant à un homme de contribuer à Wikipédia, mais ça ne reflète aucunement la capacité d'abstraction de cette personne. Quand on voit le nombre de femmes chercheuses dans les universités aujourd'hui (et elles sont de plus en plus nombreuses), on se demande comment on peut tirer de ce genres de chiffres des conclusions aussi caricaturales sur le fonctionnement du cerveau. Sans doute faut-il se trouver du "bon" bord, du côté de cette virilité fantasmée à la fois passionnée et créatrice, bouillonnante et calculatrice, plutôt que du côté de la fadeur passive, poussive de la femme. Mais non, l’auteure de l’article est une femme ! Pourquoi se retrouve-t-elle donc à analyser un « fait statistique » dans un article de journal, puisque ce n’est pas le genre des femmes de se « prendre la tête » sur des faits ?
Enfin bon, si c'était aussi simple... Sur ce type de déséquilibre statistique, trouver des causes immédiates, physiologiques... On pourrait dire : les femmes sont plus nombreuses à avoir le bac, à avoir des mentions, DONC elles sont plus douées pour l'abstraction - de nature. Eh ouais. Pourtant, il n'y a pas si longtemps, statistiquement, ZERO femme avait le bac. Alors qu'elles avaient le cerveau pour, apparemment. Mais on en concluait, selon la logique ô combien subtile de l'auteur de l'article, qu'elles n'étaient pas faites pour ça. Forcément, selon les statistiques... Il faut mettre fin à ces cercles vicieux à deux balles. D'ailleurs, si les filles sont plus douées à l'école, ce n'est pas non plus pour une raison physiologique. Elles sont davantage conditionnées à être calmes et sérieuses, c'est tout.
Les variables physiologiques comme la testostérone ou autre jouent, mais à la marge. Il suffit de regarder les différences de comportement entre deux hommes en fonction de leur éducation - c'est le jour et la nuit. Pareil pour des femmes d'ailleurs.
L'autre point à aborder pour être complet serait de réfuter l'argument de l'auteure selon lequel "la tendance à écrire sur wikipedia est innée". Cela a déjà était fait dans les posts précédents, mais je voudrais moi aussi rajouter ma contribution : Imaginez un groupe de femmes auquel on tiendrait ce discours : "Pensez à quelque chose que vous aimez faire et plus précisément dont vous aimez parler : cela peut-être un hobby (jouer aux cartes) un sport (le hand, le tennis...), un film que vous avez adoré, un livre qui vous a boulversé, une star dont vous êtes fan, bref : pensez à un sujet de conversation que vous aimez aborder. Cet amour, cette passion, vous appréciez, j'en suis sûr, la transmettre à vos proches, à vos amis, à votre famille et c'est tout naturel : on aime communiquer sur ce que l'on aime. Mais savez vous qu'en un rien de temps, vous pouvez en faire part à des millions de personnes à travers le monde grâce à wikipedia ? Nul besoin d'écrire un long et fastidieux article : la moindre petite modification d'un article déjà existant vous demanderez moins d'une minute et vous donnerez la satisfaction de partager votre passion..." Il y a fort à penser qu'un grand nombre de femmes seraient tentées de devenir "wikipédiennes" après avoir entendu ce discours. Dirait-on qu'elles le sont devenues car elles sont nées ainsi ? Avant que quelques machos irréfléchis (désolé pour le pléonasme)arguent que dans "la vraie vie" personne ne tient ce genre de discours aux hommes, je leur demande de relire l'article... Quand on dit aux femmes qu'il est anormal qu'elles écrivent sur wikipedia, elles l'enregistrent... C'est ce que fait cet article mais aussi la société occidentale de manière plus générale...