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Qui est au pouvoir en Égypte?

Brian Palmer, mis à jour le 12.02.2011 à 16 h 56

Hosni Moubarak a abandonné le pouvoir vendredi, au lendemain de son refus obstiné de démissionner. Le résumé de la situation.

REUTERS

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Le Président égyptien Hosni Moubarak a abandonné le pouvoir vendredi, au lendemain de son refus obstiné de démissionner. Pour suivre la situation toujours transitoire en Egypte, l'Explication vous la résume ci-dessous.

Qui est au pouvoir en Égypte actuellement?

Le Conseil Suprême des Forces Armées. Le vice-président Omar Souleimane s'est adressé à la Nation vendredi, soulignant que le Président Moubarak avait démissionné et remis son autorité au conseil, qui rassemble le chef du renseignement militaire, et les dirigeants de chaque branche de l'armée, le chef de l'état-major, et la plupart des autres hauts gradés de l'armée. Le Conseil a été formé par l'ancien Président, Gamel Abdel Nasser, lors du passage à la Loi n°4, au lendemain de la cruelle défaite de la Guerre des Six Jours en1967.

Le New York Times a les photos des principaux chef du Conseil Suprême.

Qu'en dit la Constitution égyptienne?

Pas grand-chose. Si Moubarak avait conservé son titre de président, sa décision de jeudi de placer tous ses pouvoirs au vice-président Omar Souleimane aurait été cohérente avec l'article 82 de la Constitution. Maintenant qu'il a démissionné, la Nation semble avoir abandonné le moindre semblant d'ordre constitutionnel.

La Constitution égyptienne a été adoptée pour la première fois en 1971. L'article 84 de ce document énonce que «En cas de vacance du pouvoir présidentiel, ou d'incapacité permanente du Président de la République, le Président de l'Assemblée du Peuple assume provisoirement les fonctions de la Présidence.»

Ahmed Fathi Sorour est à la tête de l'Assemblée du Peuple depuis 1991, et serait le premier à pouvoir exercer la présidence. Cependant, comme de nombreux politiciens du Parti National Démocratique, il est principalement une marionnette à la solde de Moubarak, et ni ce dernier, ni l'armée, ne le voit capable de gérer le pays en temps de crise.

Qu'en est-il du vice-président Souleimane –ne vient-il pas tout juste de prendre ses fonctions?

Il pourrait ne pas compter. Même si la Constitution du pays était suivie, elle ne dit rien sur ce que le vice-président doit faire quand son patron démissionne. Il n'existe aucun précédent, vu que Souleimane a été désigné il y a moins d'un mois, et qu'il est la première personne à avoir un tel poste sous Moubarak. Mais un spécialiste du droit égyptien a déclaré à la BBC que, si le président quittait ses fonctions, alors le vice-président devait partir avec lui.

Les Frères Musulmans sont-ils prêts à s'emparer du pouvoir?

Difficile à dire. Moubarak n'a jamais permis à des instituts de sondage de jauger du soutien des Frères au sein de la population égyptienne. Le groupe n'a gagné que 20% des sièges lors de l'élection parlementaire de 2005, mais c'est un baromètres bien faible, vu que la participation était en-dessous des 25%, et que le Président Moubarak avait pris diverses mesures législatives (PDF) pour rendre difficile l'accès de la confrérie aux urnes. Si les militaires organisent des élections cette année, et permettent à des représentants de la confrérie de participer au scrutin, il n'y a aucun  moyen de savoir quel sera leur score.
Et même si les Frères arrivent au pouvoir, on ne peut pas dire avec certitude si cela sera catastrophique pour les relations entre l'Égypte et l'Occident. Le groupe a baissé d'un ton ses revendications islamistes ces dernières années, et a même accepté les accords de Camp David. (Voyez l'avis de Shadi Hamid sur les Frères Musulmans, la FAQ sur les priorités politiques de la confrérie, sur le site du Conseil des Relations Étrangères américain ainsi que notre explication Qui sont les Frères Musulmans.)

L'armée égyptienne est-elle religieuse ou laïque?

Globalement laïque. Hosni Moubarak était un officier de l'aviation, et il a façonné l'armée à son image. Moubarak se considérait lui-même comme un rempart contre les Frères Musulmans, et n'aurait jamais nommé un officier s'il l'avait suspecté de sympathies islamistes. La plupart des observateurs égyptiens voient l'armée comme une force laïque.

Ensuite, l'armée égyptienne est largement une force de conscrits, et il y a sans doute des soldats islamistes dispersés parmi les 470.000 hommes qui forment ses troupes. L'homme qui a assassiné Nasser Sadate en 1981 était à la fois un membre des Frères Musulmans et un premier lieutenant de l'armée. Dans les années 1990, Ali Mohammed, ancien major de l'armée égyptienne, a aidé à la planification des attentats contre les ambassades américaines en Tanzanie et au Kenya. (Lisez l'article sceptique d'Andrew McCarthy quant au caractère laïc de l'armée égyptienne.)

Le renseignement américain s'est-il planté sur ce coup-là?

Certaines personnes le pensent. Selon Marc Ambinder du National Journal et de l'Atlantic, la plupart des analystes de la CIA postés en Égypte ont passé plus de temps à surveiller les livraisons d'armes, les Frères Musulmans et les jeunes radicaux islamistes, qu'ils ne se sont préoccupés de la stabilité d'un régime vieux de trente ans. En plus, la coopération entre le renseignement américaine et égyptien a fortement décliné quand il a été rendu public que les Américains comptaient sur les Égyptiens pour torturer des terroristes présumés.

Brian Palmer

Traduit par Peggy Sastre

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