Les dérives identitaires du nationalisme flamand
Derrière le terme politiquement correct de «querelles linguistiques», un mal plus profond ronge la Belgique de l'intérieur. Celui du nationalisme flamand.
- Manifestation d'un groupe d'extrême droite flamand, en 2007. REUTERS/Thierry Roge -
La Belgique tourne au ralenti politique depuis avril 2010. Flamands et francophones sont incapables de trouver un compromis sur la réforme de l'État, prémisse nécessaire à tout accord gouvernemental, alors que les Flamands voudraient réduire l'État fédéral à sa portion congrue qui pourrait se résumer à la formule de l'actuel Premier ministre démissionnaire, Yves Leterme: «Le Roi, l'équipe de foot, certaines bières.» Le reste devant être régionalisé: code la route (1), droits d'auteur, espace aérien, etc. Ou plutôt «communautarisé» (c'est-à-dire relevant de la compétence des «communautés linguistiques» auxquelles chaque Belge appartient, flamande, francophone ou germanophone).
Les leaders originels du mouvement d'émancipation flamand se voulaient humanistes, dans un pays créé en 1830 et dominé par une bourgeoisie - aussi bien wallonne que flamande - qui considérait le flamand comme un dialecte ne méritant pas un statut identique à celui du français. Tout changea lorsque d'autres ont profité de la Première Guerre mondiale et de l'occupation allemande pour proclamer en 1917 «le Conseil de Flandre», embryon de Flandre indépendante que les Allemands prirent soin de réduire à presque rien.
Dans l'entre-deux guerres, les principales organisations nationalistes s'arrimèrent à l'extrême droite. Pour ne citer que quelques-unes d'entre elles: le Vlaams Nationaal Verbond (VNV), Verdinaso ou Devlag. La première récolta presque 15% des voix flamande à la veille de la guerre avant d'organiser la collaboration avec l'Occupant nazi. Son leader, Staf de Clercq déclara en 1941:
«Le Juif doit être exclu, c'est une question de santé publique» [de jood moer buiten! Het is een kwestie van volksgezondheid]
Le «Pierre Laval flamand» mourut en 1942. Il eu droit à des funérailles officielles à Bruxelles.
Tout cela pourrait être considéré comme de l'histoire ancienne dans la Belgique de 2011, sauf que ces fantômes du passé sont toujours présents et récupérés par les tenants actuels de la pensée flamande. Pour bien des politiques, ces hommes qui collaborèrent avec le régime nazi ne furent nullement des collaborateurs. Ils furent et restent de «bons Flamands».
La NVA, ce parti ouvertement indépendantiste dit de centre droit évite à tout prix les amalgames avec l'extrême droite. Parmi ses représentants élus à la Chambre des Représentants: Minneke de Ridder. Sur son site Internet, elle se présente comme «une jeune femme flamande habitant à Ranst (…) née dans une famille typiquement flamande».
Sur ce même site, des vidéos sont à la disposition du visiteur. L'une s'intitule «Godsvrede » ou «Paix de Dieu». Au bout de quelques secondes, voici ce qui apparaît:

Indemniser les anciens SS
Cette mémoire sélective et biaisée s'immisce jusque dans la vie parlementaire. En 1998, le Parlement régional flamand vota un texte, dit «Suykerbuyk» du nom du député chrétien-démocrate qui déposa la proposition, qui consistait à indemniser via une aide complémentaire les personnes vivant dans une situation de précarité par suite de circonstances dues à la guerre, à la répression et à l'épuration. Comprendre: les personnes condamnées pour collaboration seront indemnisées par la Région flamande. Parmi elles, de nombreux anciens SS de la Division Langemarck.
Ce texte fut votée à la fois par les extrémistes de droite du Vlaams Belang et les nationalistes de la Volksunie, mais aussi par les Chrétiens démocrates flamands du CVP, ancêtre de l'actuel CD&V, le parti du Premier ministre démissionnaire Yves Leterme et du Président du Conseil européen, Herman Van Rompuy. Il fallut l'intervention du Conseil d'Etat belge pour faire annuler cette loi.
Le Vlaams Belang (extrême droite flamande) n'a jamais capitulé sur ce dossier et a dernièrement proposé un texte similaire au Parlement fédéral belge. La majorité nécessaire pour refuser l'examen de la proposition de loi ne fut réunie que par l'alliance de l'ensemble des partis francophones avec les socialistes et écologistes flamands. L'ensemble des autres partis du nord du pays (conservateurs, libéraux, indépendantistes et extrémistes de droite flamands) ont soutenu la tenue d'un débat parlementaire sur l'amnistie et l'indemnisation d'anciens collaborateurs.
Dans l'introduction du document de loi, il était précisé qu'il est «malveillant d'assimiler tous ceux qui ont été mêlés de près ou de loin à la collaboration à des délateurs et à des tortionnaires. Cette remarque est particulièrement vraie pour la Flandre, où de nombreuses circonstances atténuantes peuvent être invoquées pour justifier la collaboration». Ainsi, avoir lutté pour une Flandre plus libre et plus flamande vous excuserait et blanchirait de tout. Même si vous avez été complice d'un régime responsable de la mort de 35 millions d'Européens.
Une élite noyautée
Comment expliquer un tel soutien à des thèses révisionnistes, justifiées par un nationalisme revendicatif? Fait marquant, la disparition en 2001 du parti flamand nationaliste dominant depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, la Volksunie (VU). Après s'être sabordée, ses membres se dispersent dans l'ensemble des autres groupes, allant des socialistes aux conservateurs, en passant par les libéraux et les verts. Le discours «flamingant» s'est ainsi répandu dans l'ensemble de l'échiquier politique flamand.
Au Parlement européen, la seule députée NVA siège au côté... d'Europe Écologie, même formation que Daniel Cohn-Bendit. Le fait que des membres de Groen! (les Verts flamands), comme Bart Staes, soient aussi d'anciens de la VU y est peut-être pour quelque chose.
Les liens sont parfois encore plus tendancieux. Un des députés de la NVA, un certain Jan Jambon, n'hésite pas à mettre sur sa fiche personnelle, qu'il est membre du VVB: Vlaamse Volksbeweging (Mouvement Populaire Flamand). Cette organisation qui se veut avant tout culturelle ne cache que moyennement son penchant révisionniste. Sur des photos disponibles sur le site de la Nationalistische Studentenvereniging (Association des Étudiants nationalistes), il est ainsi possible de voir des membres de la VVB munis d'étendards lors d'une cérémonie en l'honneur d'August Borms (voir photo 3), condamné à mort en 1945 pour collaboration avec l'Allemagne nazie.

Aucun nationalisme ne peut se développer sans ennemi. En Flandre, celui-ci est tout désigné: le Francophone, le Wallon et même le Bruxellois (francophone). Les stigmatisations sont récurrentes. Ils représentent un corps étranger. En 2008, Bart de Wever déclare: «Il n'y a pas de minorités francophones en Flandre. Il n'y a que des immigrés.» Tout en exhortant «d'arrêter le colonialisme» de Bruxelles vers la Flandre.
Théorie du complot international
Ainsi, le Belge francophone (ou l'Européen) de Bruxelles déménageant dans la périphérie de la capitale (soit quelques kilomètres) devient un étranger, un colon, une menace impérialiste au «caractère flamand» de ces communes. Il existe pourtant des droits constitutionnels pour les minorités francophones de ces zones. Ils sont régulièrement battus en brèche par les politiciens flamands et leurs décisions. Et quand l'ONU ou le Conseil de l'Europe publient des rapports demandant le respect des conventions internationales, le nationalisme s'exprime par une autre de ses caractéristiques: la théorie du complot.
«Les Nations unies ne sont qu'une couverture pour l'infiltration d'opinions organisée par la RTBF, Le Soir, La Libre Belgique et toute la presse francophone. M.Vermeiren, en tant que bourgmestre (NDLR: maire de Zaventem, commune flamande proche de Bruxelles) et moi-même en tant qu'échevin pour l'Aménagement du Territoire subissons depuis des mois le terrorisme des médias francophones. La télévision espagnole et le Washington Post, alimentés par ces médias francophones, tentent de faire passer les Flamands pour des racistes qui organisent la discrimination. C'est la même méthode qui fut appliquée par les Francophones voici quelques semaines au Conseil de l'Europe.»
Ces paroles ont été prononcées au Parlement flamand, par le chef du Groupe chrétien-démocrate, un certain Eric Van Rompuy, frère de l'actuel Président du Conseil européen, Herman Van Rompuy. Ils sont affiliés au même parti, depuis toujours.
Une chape de
plomb
Le tableau serait-il si noir? Personne n'oserait dénoncer ces dérives? Si, de telles personnes existent. Le 11 juillet dernier, une députée flamande libérale, Els Ampe dénonça des propos tenus par Jan Peumans, le Président du Parlement flamand (NVA) qui «salissait la Flandre».
Elle raconte dans
une lettre (traduite par le chroniqueur belge Marcel Sel) les réactions auxquelles elle dut
faire face: «mails de haine» et critique d'une presse flamande très
consensuelle avec le mouvement flamand. Elle fustige le tabou existant autour
du climat politique flamand, stigmatisant toujours plus les différences entre
le nord et le sud du pays sans avoir même besoin de le prouver: «C'est la
nouvelle pensée politiquement correcte. Il n'y a pas de chiffres pour étayer
ces affirmations. Et même, personne ne les demande.»
Alors que le rôle d'un Etat belge du XXIe siècle serait d'organiser deux communautés imbriquées aussi bien géographiquement qu'historiquement, le courant dominant actuel ne cherche qu'à une chose: préparer leur séparation dans la perspective de quitter un Etat belge qui serait oppressif pour la Flandre, alors qu'elle domine la Belgique depuis 30 ans, aussi bien économiquement que politiquement. Le dernier Premier ministre francophone a quitté ses fonctions en 1974.
Mais un courant nationaliste ne saurait se contenter d'une demi-mesure. Ni de quelconque remise en question du dogme national. Jan Peumans n'a pas hésité à déclarer au sujet des artistes flamands que ces derniers «minimisent, voire nient les sentiments identitaires flamands». Ainsi, l'art devrait être un moyen d'exaltation du sentiment national. Ce à quoi ces mêmes artistes ont répondu par une pétition «Soldariteit maakt een cultuur groot» ou «La solidarité grandit une culture» et un spectacle: «Pas en notre nom».
A l'hiver 2010, alors que la France débattait de son identité nationale, l'ancien Premier ministre belge, le libéral flamand Guy Verhofstadt publia une tribune dans les pages du Monde intitulée «Il y a quelque chose de pourri en République française». Pas qu'en France il semblerait.
Jean-Sébastien Lefebvre
Remerciements à Marcel Sel pour son aide à la réalisation de cet article. Auteur de « Walen Buiten, révélations sur la Flandre flamingante », il tient aussi un blog sur le phénomène du nationalisme flamand dans la politique belge à découvrir ici.
(1) Une question peut être posée: en quoi la régionalisation du code de la route rendra les routes flamandes plus sûres?
Mis à jour le 19/07/2011 à 17h45













































Un simple commentaire ne peut suffire à compléter une vision aussi partielle et orientée - et donc partiale, même si c'est dans votre chef involontaire - de la réalité. Mon livre sur le sujet ("Comment peut-on être belge?", chez Flammarion), à paraître le 2 mars en France, en donne une autre que je ne prétends pas "objective" (on parle toujours de quelque part) mais que j'ai voulue nuancée, "au-dessus de la mêlée".
Le nationalisme flamand a connu des dérives, c'est sûr, comme tous les nationalismes, comme toutes les idéologies. Mais que dirait-on d'un journaliste belge - ou "pire" encore: flamand - qui prétendrait expliquer la France par Jean-Marie Le Pen et ses épigones? C'est ce que vous faites en somme à propos de la Flandre et vous signez le forfait dans vos "remerciements": votre source est honorable - encore qu'elle pratique volontiers l'amalgame - mais partisane et militante. Je ne le lui reproche pas mais vos lecteurs ont le droit de savoir qu'ils n'ont pas sous les yeux un état complet de la question, mais l'argumentaire résumé d'une opinion à mes yeux plus proche du Café du Commerce que de l'Université.
Sans rancune, j'espère.
Je n'ai jamais prétendu expliquer l'ensemble de la crise belge dans cet article. Le titre est clair: j'y parle des "dérives du nationalisme flamand".
Je ne vois aucun inconvénient à ce qu'un journaliste belge se penche sur le Front National. Il y aurait matière.
Mais contrairement à la Flandre, la France ne cumule pas 45% de votes en faveurs de partis nationalistes. Sans oublier que certains des autres partis flamands traditionnels n'hésitent plus à chasser sur les mêmes terres. Comment expliquez-vous le soutien de l'Open Vld et du CD&V à l'inscription à l'agenda de la proposition de loi du Vlaams Belang concernant l'amnistie et l'indemnisation des "anciennes victimes de la répression ?" Cela ne vous pose aucun problème ?
Je lis très souvent votre blog. La "Belgique à papa" dont vous parlez dans votre commentaire, c'est là que j'ai l'impression de la retrouver. Vous y parlez de l'espoir d'un compromis à la belge, que "Reynders le peut s'il le veut". Sauf que pour obtenir un compromis à la belge, faut-il encore discuter entre Belges. Et le premier parti de Belgique est tout sauf belge.
Ils resteront tout de même citoyens d'une union bien plus importante, une qui a la taille critique nécessaire pour survivre au 21e siècle, l'Union Européenne.
Les anciens nationalismes, produits du 19e siècle, ont toujours un sens pour certains et c'est leur droit. Une langue, un drapeau et, oui, une équipe de foot, ont de l'importance pour des communautés qui ont le sentiment d'avoir été privées artificiellement de reconnaissance pendant des siècles. Les Irlandais, les Bretons, les Corses en font partie.
La paix en Irlande doit beaucoup au fait que Eire a trouvé une nouvelle raison d'être au sein de l'Union qu'il n'arrivait pas à obtenir auprès du Royaume Uni.
Dernièrement les Slovaks ont réussi à se séparer de leurs voisins Tchèques sans trop de problème et avant que les sentiments d'injustice parmi les Slovaks puissent prendre des allures fascisantes – ce qui menaçait un moment.
Car quoique puisse dire le très sobre Charles Bricman, les sentiments fascistes ne sont jamais très loin des mouvements nationalistes. Raison de plus pour répondre intelligemment à ce type de demande. Un fois satisfait les nationalistes finissent par se calmer et les fascistes perdent du terrain.
Les tragiques évènements de l'ancien Yougoslavie devraient rester dans nos esprits comme un exemple de ce qui ne faut pas faire.
D'autres pays de l'Union réagissent bien à ces demandes de reconnaissance. Le Royaume Uni est moins uni aujourd'hui qu'avant et pour le plus grand bien de tout le monde. Les Écossais, les Gallois, les Irlandais du Nord se sentent mieux responsabilisés et écoutés et le débat politique est enrichi pour autant.
Et cela ne fait du mal à personne, bien au contraire.
On parle bien en rugby du 'Tournoi des Six Nations ', n'est-ce pas?, dont quatre nations dans les Iles britanniques. Spectacle émouvant et excitant. Le nationalisme à un niveau positif.
Les Wallons et les Flamands feraient mieux d'enterrer leurs haches de guerre et de jouer au rugby. C'est plus virile!
On devrait accepter que les nationalistes et ultra-nationaliste fassent la loi dans un des pays fondateur de l'Europe??
Aucune communauté n'est viable à long terme l'une sans l'autre...contrairement à ce que beaucoup de flamingant pensent !
Et quand des marches pseudo-militaire s'organise sur les régions wallonnes en exigeant " que les rats français plient bagage" on devrait peut-être aussi les écouter bravement ?
cfr : http://www.youtube.com/watch?v=6TyWLO_T1ns&feature=player_embedded
Amis français ces gens réclament aussi le retour de la région Picarde en Flandre ...
La Belgique se meurt parce que personne ne réagit, il fut un temps ou un seul de leur propos les auraient envoyés derrière les barreaux !
L'union européenne pensent qu'il ne s'agit que d'un conflit communautaire, ça va au-delà de ça, il faut ici faire respecter la loi et les droits de tous les belges...
On jette des gens dehors sous prétexte qu'il parle français, véridique ( "les fourons") on bafoue leur droit, on les empêche d'acheter en territoire "flamand", on refuse des enfants francophones dans des pleines de jeux publiques en Flandre ( cela ne vous rappel rien ???) et j'en passe !
Si le divorce se prononces, cela ne se fera qu'au mépris des souhaits du vrai peuple belge !
Alors, vous savez ce que je lui dis, moi au compromis à la belge ????
Assez de compromis et faite respecter la loi, la constitution et les droits de l'homme se sera déjà un bon début !
Ceci dit j'ai apprécié l'article de base et ça me fait plaisir que des langues se délies alors que nos propres journaux font comme ci de rien était !
Vous parlez de la co-gestion de Bruxelles. Nous voyons aujourd'hui le résultat: ville sous financée (puisque l'argent de l'IPP part en Wallonie et Flandre), avec une population non bilingue puisque l'enseignement ne l'est pas (puisqu'il dépend des communautés). Personne ne peut affirmer que la situation actuelle de Bruxelles est une réussite. Alors pourquoi continuer avec ce modèle ? Pourquoi ne pas laisser Bruxelles vivre sa vie de ville bilingue où cohabitent les communautés ? Au lieu d'en faire un théâtre d'affrontement ? Je pensais que la réforme de l'État voulue par Bart de Wever se voulait "pragmatique".
Plusieurs points.
Déjà, en tant que Bruxellois, je tiens à vous rappeler qu'il n'existe non pas deux mais trois régions en Belgique : la Région Flamande, la Région Wallonne, et la Région Bruxelles-Capitale. Il n'y a pas "2 Régions à part entière et Bruxelles-Capitale", même si la doctrine nationaliste flamande tente par tous les moyens de nier l'existence de cette dernière, mais bien trois régions à part entière. On peut discuter longtemps des raisons de ce refus autiste de l'existence de la Région Bruxelloise par la Flandre nationaliste (donc, hélas, une grande partie des flamands), et je n'ai pas envie de polémiquer, mais le fait que l'existence de cette Région soit systématiquement niée dans les discours nationalistes en dit long sur le respect des flamands envers les bruxellois.
Les arguments concernant les souffrances passées du peuple flamand sont juste ridicules. Les élites belges parlaient français, en effet, mais ces élites étaient autant flamandes que wallonnes. Pendant ce temps-là, les wallons parlaient wallon, et eux aussi ont du apprendre le français... Et si en effet la résistance flamande à l'imposition du français était justifiée il y a encore 100 ans, ressortir cet argument aujourd'hui est tellement anachronique et dépourvu de sens que son utilité est simple : tenter de justifier une attitude agressive et nationaliste par un passé douloureux, une histoire victimisée, où le francophone est transformé en oppresseur.
"la domination du français et la méprise du Flamand" C'est très bien d'avoir lutté contre cela, mais vous y êtes arrivés, pas la peine d'en arriver à "la domination du flamand et la méprise du français", car c'est à ça que ressemble votre lutte aujourd'hui. Que vous refusiez de le voir, que vous trouviez normal que des partis appellent à la haine et traitent d'autres hommes de "rats", que des élus du premier parti flamand rendent hommage à un nazi notoire, que vous tentiez de minimiser ces agissements en haussant les épaules et faisant comme si ce n'était pas si grave, comme si c'était mérité en fait, voilà qui en dit long sur l'état de la démocratie en Flandre.
Enfin le fameux BHV et les communes à facilités. Je vais juste rappeler que ces facilités (recevoir du courrier administratif dans sa langue, pouvoir voter pour des listes francophones) ont été l'obole accordée aux francophones par les flamands lors de la fixation de la frontière linguistique, une fixation reniant leurs promesses de référendums linguistiques réguliers (dés le premier référendum, il est apparu que des communes censément flamandes étaient à majorité linguistique francophone, la solution fut simple : fin des référendums!), et une fixation englobant tout l'hinterland bruxellois, dont certaines communes francophones à 80%. Cette déculottée historique des francophones, systématiquement passifs (voire apeurés) face à l'agressivité nationaliste du paysage politique flamand, fut tempérée par la création de ces "facilités", aujourd'hui battues en brèche par les mêmes politiques flamands, encore plus ouvertement nationalistes qu'auparavant. Donc, après avoir promis des référendums, puis être revenus sur votre promesse, puis des facilités, puis être revenus sur votre promesse, il faut se rendre à l'évidence : les politiques flamands ont un agendéa nationaliste qui justifie tous les revirements et mensonges, aussi il est devenu très difficile de vous faire confiance.
Ainsi, quand vous niez l'existence de la Région Bruxelloise et que vous parlez ensuite de cogérer par les communautés flamandes et wallonnes un Bruxelles enfermé en Flandre, ça sonne comme une promesse d'annexion.
Les faits sont têtus.
J'avais lu vos précédents papiers sur la Belgique et je suis un peu surpris et déçu de ce prêt-à-publier à la Marcel Sel. Je pense sincèrement que vous valez mieux que ça. Ne cédez pas à la facilité.
Nous pourrions même rajouter l'aile droite du CD&V qui semble de plus en plus séduite par un alignement total avec la NVA.
Je ne savais pas …..
Il est touchant de lire les propos des Chatchatter belges qui sont je pense sincères. Il est claire que les droits à une reconnaissance de la culture, la langue les mœurs des Flamands n'ont pas été respectés. Il est également claire que ce non respect a ouvert les portes au nationalisme primaire et fascisant. Le nier est absurde.
Que faire? Commençons par distinguer entre 'peuple' et 'nation'. Un peuple est une communauté liée par une langue, une culture et une histoire commune. C'est sûrement le cas des Flamands. Une nation est autre chose. C'est un territoire avec des frontières reconnues par les autres nations dans lequel peut vivre un ou plusieurs peuples.
Surtout une nation est une entité capable de défendre ses frontières contre agression.
Ceci, depuis sa création en 1930 et malgré les garanties du Royaume Uni lors de la signature du traité de Londres, n'a jamais été le cas pour la Belgique comme les deux guerres au 20e siècle ont tragiquement démontré. La Belgique a toujours été une nation en sursis.
L'existence de l'Union Européenne – dont le siège non par hasard se trouve sur le 'rond point' – offre une sortie plus honorable et surtout plus intelligente que celle proposée par les souverainistes flamands. La Belgique, au lieu de refléter l'image d'impuissance, personnifié par sa progéniture Herman Van Rompuy, un pays qui tourne en rond, pourrait devenir le premier véritable pays fédéré de l'Europe avec Bruxelles comme son capitale (multilingue, multiculturelle).
Un rêve romantique? Pas sûr. Et mieux en tout cas que les formulations bêtes et archaïques qu'on entend en ce moment.