France

Les vieux pots de Nicolas Sarkozy

Jean-Marie Colombani, mis à jour le 11.02.2011 à 12 h 56

Le Président a lancé sa reconquête de l'opinion en vue de 2012 sans changer d'un iota.

«Paroles de Français» Philippe Wojazer / Reuters

«Paroles de Français» Philippe Wojazer / Reuters

Le nouveau Sarkozy n'est pas vraiment arrivé. Même si sa volonté d'être proche des Français, protecteur et didactique, a gommé en partie jeudi soir sur TF1 l'énergie et le volontarisme agressif qui étaient sa caractéristique première. Sur la sécurité, comme sur la justice, Nicolas Sarkozy est resté égal à lui-même. A cette pharmacienne quatre fois cambriolée qui lui a en fait demandé une seule chose - une police de proximité qui est la seule garantie de son efficacité dans ce type de délinquance de quartiers difficiles - Nicolas Sarkozy a répondu à côté.

Il a répété son propre credo: changer la loi et introduire des jurés populaires. Il a surtout vanté son propre bilan depuis 2002, se référant à des données qui peuvent nous paraître antédiluvienne, celles du gouvernement Jospin. Et fort de ce bilan, il continue de camper sur les mêmes recettes, ajouter des lois aux lois et en appeler au peuple contre les magistrats.

Changer la loi, c’est ainsi pour lui modifier le régime des sanctions sur les mineurs délinquants, dont il considère — en tout cas pour ceux dont il a parlé— qu’ils ne peuvent plus ressortir d’une justice pour enfants et pour introduire l’idée que les sanctions soient systématiques. L’automaticité n’est pas loin et avec elle les problèmes que cela pose à tout juriste comme à tout démocrate.

Quant à justifier les jurys populaires, il l’a clairement relié à l’insuffisance des sanctions à ses yeux. La justice sera désormais rendue non plus AU NOM du peuple français, mais PAR le peuple français. On est là dans un positionnement politique limpide et qui refuse de tenir les deux bouts de la chaîne puisqu’il considère que la prévention tient dans la certitude de la sanction. Il s’est aussi indigné des peines non exécuté en omettant d’en signaler la cause: si l’on devait comme l’avait révélé un rapport interne du ministère de la Justice, exécuter toutes les peines prononcées en France, il faudrait doubler le nombre de détenus, alors que les prisons sont déjà surpeuplées.

Selon que l’on adhère à la vision qu’il donne de son propre bilan, c’est à dire une vision positive ou non, on considérera soit qu’il a raison de persévérer sous la menace d’une surenchère du FN, soit et c’est mon cas, qu’il persévère dans l’erreur de conception même d’une politique répressive qui peut satisfaire momentanément, par l’annonce d’une nouvelle législation, mais qui ne règle pas le problème sur le terrain.

L’autre message politique de la soirée concerne les questions d’immigration et d’identité nationale, avec l’alignement de Nicolas Sarkozy sur les nouveaux dogmes énoncés par Angela Merkel et David Cameron selon lesquels le modèle multiculturel a échoué. C’est une proclamation de pur positionnement vis-à-vis du territoire de la droite qui serait menacé par l’extrême droite. Car on ne voit pas à quelle réalité cela peut correspondre en France, qui n’a jamais pratiqué ni prôné un modèle multiculturaliste.

On ne voit pas ce que cette proclamation pourrait changer dans la pratique; à dire le vrai, le seul qui à droite a fait un bout de chemin avec le multiculturalisme, c’est le Nicolas Sarkozy des années 2006-2008, lorsque ministre de l’Intérieur il cherchait à organiser la communauté musulmane (qu’il a d’ailleurs doté de structures de représentation); et lorsque Président il a paru sinon tourner le dos, au moins amender la doctrine laïque, discours qu’il a corrigé depuis pour revenir à une conception classique de la laïcité. Or chez le Premier ministre britannique, il y a dans le constat dressé de l’échec du multiculturalisme une part non négligeable de réalité.

Les Britanniques reconnaissent désormais qu’ils sont allés trop loin dans la tolérance de l’islam radical. Mais cet islam-là n’a jamais été toléré en France, et le contrôle des prêches de certains imams dans les mosquées françaises ne date pas d’aujourd’hui. Il y a aussi chez Cameron une volonté de ne pas laisser le terrain a des mouvements qui mettent en avant l’identité britannique contre le communautarisme et qui sont des mouvements extrémistes.

Chez Angela Merkel, il y a en revanche un positionnement exclusivement idéologique car elle fait mention d’une notion de «culture nationale». En France, encore une fois, on ne voit pas en dehors d’un positionnement purement idéologique, les changements que le discours de Nicolas Sarkozy peut apporter à la pratique française. Si ce n’est qu’il est revenu à son leitmotiv sur l’identité nationale dont on ne se préoccuperait pas assez à ses yeux, débat qui avait été pourtant pour lui, un vrai fiasco.

Enfin, il a eu tort de proclamer que le modèle d’intégration à la française ne marche pas, si du moins tel est le sens qu’il voulait donner à son propos. Ce dont je ne suis pas sûr car il a indiqué ensuite qu’il faut maitriser l’immigration pour ne pas mettre en péril notre modèle d’intégration. Allez comprendre.

Jean-Marie Colombani

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