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Le G20 a tué le Grenelle

Eric Le Boucher, mis à jour le 07.04.2009 à 11 h 00

Sous la pression de la Chine, la cause écologiste a été remisée à plus tard... à la reprise.

Usine chimique à Huabei dans la province du Anhui à l'est de la Chine CHINA OUT REUTERS/China Daily

Usine chimique à Huabei dans la province du Anhui à l'est de la Chine CHINA OUT REUTERS/China Daily

Le grand vainqueur du sommet de Londres a été Hu Jintao, le président chinois. Les caméras se sont arrêtées sur Barak Obama qui était attendu sur tous les fronts pour sa première sortie internationale : l'économie à Londres, l'ordre mondial à Strasbourg, les armes nucléaire à Prague et, enfin, l'islam et la Turquie.

A Londres, le président américain n'a pourtant rien obtenu, comme l'a souligné la presse américaine. Il réclamait une relance plus forte des Européens mais Mme Merkel a refusé, suivie aveuglément par M. Sarkozy. Barak Obama a du, en revanche, accepter de signer des engagements, certes encore vagues, sur la régulation du système financier mondial. Ce sujet voulu par les Européens, n'était pas considéré comme prioritaire par Washington et il ne figurait d'ailleurs pas à l'ordre du jour la veille de la rencontre, le mercredi 1er avril, comme l'a révélé Christine Lagarde, la ministre française de l'économie sur RTL dimanche 5 avril.

Hu Jintao, lui, n'est pas du genre à céder. La liste de ses victoires obtenues à Londres est grande.
D'abord le Tibet. Nicolas Sarkozy a du manger son chapeau, à nouveau, devant le président Chinois et s'engager à ne jamais soutenir l'indépendance de cette région chinoise. On peut papier qu'il n'en a pas fini avec cet indigeste dossier... Mais il n'est pas le seul. Pour la première fois, la Grande-Bretagne a dû reconnaître que le Tibet faisait partie de la Chine et qu'il était «contrôlé» par Pékin. Ce n'est pas encore admettre la «souveraineté» chinoise, mais M.Hu peut être content.

Ensuite, la liste des paradis fiscaux. Il a suffit que la Chine énonce de très vagues promesses de donner des informations à l'OCDE pour que les places off-shore de Macao et HongKong soient retirées de la fameuse liste «grise», celle des pays qui disent coopérer mais dont on attend des preuves. Et dès le lendemain, pour que l'on mesure bien la faible portée de cet engagement, Pékin faisait savoir qu'elle s'interrogeait sur la légitimité d'une organisation, l'OCDE, dont elle ne fait pas partie. C'est dire que nous sommes dans l'hypocrisie diplomatico-économique la plus complète. M.Hu peut être content.

Ensuite le protectionnisme. La Chine, chacun le sait, est le premier pays bénéficiaire de la mondialisation. La crise pourrait remettre en cause les succès de sa politique économique mercantiliste (basée sur les exports). Pékin serait la première victime d'un retour du protectionnisme. Lors du premier sommet d'octobre à Washington, Hu Jintao avait insisté pour que les 20 s'engagent à ne pas recourir au protectionnisme. Cette promesse a été mal tenue à cause des plans «nationalistes» de sauvetage des banques ou de l'automobile mais au moins les pays riches n'ont relevé aucun de leurs droits de douanes. Hu Jintao a obtenu à Londres que ce soit une priorité et il a poussé une mesure qui a créé la surprise : les 20 se sont engagés à garantir les crédits export pour 250 milliards de dollars. La mondialisation n'est pas remise en cause, au contraire, M.Hu peut être content.

Enfin, et nous y voilà, l'environnement. Gordon Brown voulait que les grandes puissances s'élancent dans l'unanimité dans le développement «vert». La crise devait être l'occasion d'un «changement de cap» vers moins de CO2 et de pollutions en tous genres. La Chine a tout simplement évacué ce dossier de la table et l'a renvoyé au sommet sur l'après-Kyoto de l'ONU à Copenhague en décembre. Les recherches, les développements technologiques d'énergies propres, tout çà oui, réduire la consommation, non. La croissance chinoise est tombée au rythme de 6%, freinée par la chute de ses exportations vers les Etats-Unis et l'Europe, ce n'est pas le moment de lui coller des contraintes supplémentaires ! Les beaux discours écologiques sur une croissance «différente», on verra plus tard, a imposé M.Hu, pour l'heure on rétablit la demande mondiale, la consommation, coûte que coûte, il en va de l'ordre social chinois.

En vérité, la Chine n'est pas seule et elle n'a eu guère de mal à convaincre ses homologues. Les plans de relance des Etats-Unis à la France font la place belle à l'automobile et aux autoroutes. Les écologistes qui vantaient la «décroissance» sont servis : pour la première fois, le PIB mondial va reculer en 2009 de 2,7% selon l'OCDE, la chute atteindra 4% aux Etats-Unis, 4,1% en Europe,  6,6% au Japon ! Conséquence directe : le chômage va doubler pour dépasser les 36 millions dans les pays riches du G7 fin 2010. Le taux de sans emploi atteindra 11% en France. En Chine, les suppressions se mesurent en dizaines de millions de postes, autant de migrants renvoyés de la zone industrielle côtière vers leurs  campagnes d'origine. L'ordre social est partout explosif !

Dans ce contexte, continuer de vanter la «décroissance», expliquer «qu'il faut profiter de la crise pour consommer autrement», moins de T-shirt chinois, d'écrans plats chinois et de jouets chinois, M.Hu n'aime pas. Discours anachronique, juge-t-il, demandant qu'on en revienne aux choses sérieuses. Il a gagné, le G20 l'a entendu. La cause écologiste est remisée. Elle attendra la reprise.

Eric Le Boucher

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Eric Le Boucher (543 articles)
Cofondateur de Slate.fr
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