Economie

Le mythe des business school

Matthew Stewart, mis à jour le 09.04.2009 à 4 h 47

La crise remet en cause la soi disant expertise enseignée dans les prestigieuses écoles de commerce.

Cérémonie de remise des diplômes de MBA à New York   Reuters

Cérémonie de remise des diplômes de MBA à New York Reuters

Mettez l'oreille contre les murs de n'importe quelle «business school» américaine (école de commerce universitaire délivrant un MBA (Master of Business Administration)), vous entendrez le bruit d'une bulle vacillante sur le point d'éclater. Les MBA, censés former à la gestion d'entreprise, vont bientôt rejoindre les valeurs mobilières et immobilières au musée des morceaux de papier surévalués.

Le problème à court terme du MBA trouve son origine - comme plein de choses respectables ces temps-ci - dans le secteur financier. Ces vingt dernières années, environ un tiers des diplômés des grandes «business schools» ont trouvé un emploi dans la finance. Mais la banque et la finance ne redeviendront jamais ce qu'elles ont été (on peut seulement espérer le contraire), et le créneau du conseil - l'autre grand consommateur de MBA - est également en perte de vitesse. Si on conjugue une demande déprimée avec le fait qu'au début d'une récession, l'offre d'étudiants augmente, car les chômeurs en puissance cherchent le moyen de combler les lacunes de leur CV, «court-circuiter» le MBA semble être une bonne transaction à court terme.

Mais la mauvaise nouvelle, c'est que le MBA est sur la mauvaise pente, et pas seulement à court terme. Au fond, n'est-ce pas un tant soit peu suspect que le secteur le plus friand de MBA est celui qui a été géré de la pire façon qui soit? De fait, la crise économique a révélé au grand jour non seulement les vieux défauts de l'approche moderne de ces formations, mais aussi ceux du concept même de formation au business.

La vérité est qu'on a toujours surestimé la pertinence de la formation technique prétendument proposée par le MBA. L'idée qu'il existe un corps de spécialistes de la gestion d'entreprise que l'on peut préparer et distribuer dans le monde des affaires au bout de deux ans de formation... Bon, ça avait l'air bien il y a un siècle, lorsqu'on venait de créer ce type de formations. Les universités qui préparent au MBA avaient peut-être encore du mérite quand seuls quelques milliers d'étudiants en sortaient diplômés chaque année. Mais ces établissements ont assurément perdu leur raison d'être bien avant qu'ils n'atteignent leur production actuelle: environ 140.000 diplômés par an. C'est énorme!

Concrètement, le MBA n'apporte rien dans la carrière professionnelle de ses titulaires. D'ailleurs, si le rapport entre un doctorat en médecine et la performance des médecins était remis en cause - rien qu'un peu - on aurait sûrement envie de jeter en prison quelques toubibs.

L'autre vérité qui a éclaté en même temps que la crise est que la morale, l'intégrité et la responsabilité sociale ne sont pas seulement des «plus» en option pour bien gérer une entreprise, à moins que «gérer» ne signifie pour vous «piller». Les responsables d'entreprise n'ont pas besoin d'être formés, ils doivent être éduqués, au sens de «civilisés». Hélas, pour cela, un diplôme d'une «business school» n'est pas seulement inadapté, il est totalement contreproductif.

Pour être juste, les chefs d'entreprise ne se comportent pas comme des canailles juste parce qu'ils ont fait deux ans d'études dans le cadre d'un MBA. Après tout, comme l'ont souligné beaucoup de mes amis issus d'une «business school», la première année se résume pratiquement à des fêtes permanentes, et la seconde consiste en une foire à l'emploi de longue durée.

Non, pour la plupart, ceux qui se conduisent comme des canailles le font parce qu'ils n'ont personne pour les en empêcher. Les charmeurs d'AIG sont partis avec des résidences secondaires qui coûtent plusieurs millions de dollars, leur récompense pour avoir exposé leur société et l'ensemble du système financier à d'énormes risques. Car c'était (autant que l'on sache) un moyen parfaitement légal de gagner de l'argent. Quant aux as de Goldman Sachs, ils ont protégé leurs superprofits grâce à des assurances d'AIG aux prix trop bas et entièrement financées par le secteur public, pour les mêmes raisons.

Si on veut savoir pourquoi personne ne s'est opposé à ces gens, il faut chercher la réponse dans la «business school». Le fondamentalisme du marché prédominant dans ces établissements nous a assuré que les marchés s'autorégulaient. C'est le mythe du management - selon lequel il existe une spécialité qui correspond au management et que l'on peut enseigner - qui a étayé l'étrange idée que ces gens-là étaient capables de se contrôler. Le modèle reposant sur la valeur actionnariale affirmait qu'il suffisait de donner des tonnes de stock options aux dirigeants, et ils sauraient bien faire leur travail. Ce ne sont pas seulement des idées qui ont été inculquées dans ces «business schools», elles constituent la raison d'être de ces établissements. La seule pseudo-théorie qui sous-tend la formation moderne au management est qu'elle est censée produire des «experts» en maximisation de la valeur actionnariale, capables de créer un marché idéal qui s'autorégule.

C'est une théorie intelligente, bien sûr. Assez radicale aussi. Mais depuis l'effondrement du bloc soviétique, on n'avait pas vu un système de valeurs remis en cause de la sorte.

Aujourd'hui, les «business schools» sont surtout des communautés d'intérêt. Elles rassemblent des étudiants qui partagent une certaine ambition professionnelle et dont le but, pour la plupart, est de gagner beaucoup. Elles enseignent aux étudiants quelques aspects techniques inutiles, ainsi qu'un code de conduite qui explique, en substance, que tout ce qui est légal est moral et que, si ça permet de gagner de l'argent, c'est positif. Il est désormais clair que si tous ces gens avait fait deux ans de service national au lieu se s'enfermer dans ces campus américains B.C.B.G. (parfois équipés d'un terrain de golf de compétition), cela aurait été plus profitable pour nous tous.

Que les universitaires des «business schools» menacées se rassurent, un monde où il y aurait moins de MBA ne serait pas forcément un monde sans études de commerce ou de management. Au contraire, quand les profs comprendront que ce qui compte, ce ne sont pas leurs enseignements théoriques bien ficelés dont ils croient qu'ils bénéficieront aux jeunes managers partout dans le monde, alors ils pourront étudier vraiment les affaires. Ils pourront apprendre à les regarder d'un œil critique, et peut-être même écrire des articles d'analyse.

En attendant, puisque mon idée de service national ne va sans doute pas plaire à beaucoup, je propose qu'on s'intéresse davantage aux sciences humaines. On a vu ce que donnait la conduite des affaires avec les sauvages, il est peut-être temps de donner leur chance aux gens civilisés.

Matthew Stewart

Traduit par Micha Cziffra

Matthew Stewart
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