Le mythe des business school
La crise remet en cause la soi disant expertise enseignée dans les prestigieuses écoles de commerce.
- Cérémonie de remise des diplômes de MBA à New York Reuters -
Mettez l'oreille contre les murs de n'importe quelle «business school» américaine (école de commerce universitaire délivrant un MBA (Master of Business Administration)), vous entendrez le bruit d'une bulle vacillante sur le point d'éclater. Les MBA, censés former à la gestion d'entreprise, vont bientôt rejoindre les valeurs mobilières et immobilières au musée des morceaux de papier surévalués.
Le problème à court terme du MBA trouve son origine - comme plein de choses respectables ces temps-ci - dans le secteur financier. Ces vingt dernières années, environ un tiers des diplômés des grandes «business schools» ont trouvé un emploi dans la finance. Mais la banque et la finance ne redeviendront jamais ce qu'elles ont été (on peut seulement espérer le contraire), et le créneau du conseil - l'autre grand consommateur de MBA - est également en perte de vitesse. Si on conjugue une demande déprimée avec le fait qu'au début d'une récession, l'offre d'étudiants augmente, car les chômeurs en puissance cherchent le moyen de combler les lacunes de leur CV, «court-circuiter» le MBA semble être une bonne transaction à court terme.
Mais la mauvaise nouvelle, c'est que le MBA est sur la mauvaise pente, et pas seulement à court terme. Au fond, n'est-ce pas un tant soit peu suspect que le secteur le plus friand de MBA est celui qui a été géré de la pire façon qui soit? De fait, la crise économique a révélé au grand jour non seulement les vieux défauts de l'approche moderne de ces formations, mais aussi ceux du concept même de formation au business.
La vérité est qu'on a toujours surestimé la pertinence de la formation technique prétendument proposée par le MBA. L'idée qu'il existe un corps de spécialistes de la gestion d'entreprise que l'on peut préparer et distribuer dans le monde des affaires au bout de deux ans de formation... Bon, ça avait l'air bien il y a un siècle, lorsqu'on venait de créer ce type de formations. Les universités qui préparent au MBA avaient peut-être encore du mérite quand seuls quelques milliers d'étudiants en sortaient diplômés chaque année. Mais ces établissements ont assurément perdu leur raison d'être bien avant qu'ils n'atteignent leur production actuelle: environ 140.000 diplômés par an. C'est énorme!
Concrètement, le MBA n'apporte rien dans la carrière professionnelle de ses titulaires. D'ailleurs, si le rapport entre un doctorat en médecine et la performance des médecins était remis en cause - rien qu'un peu - on aurait sûrement envie de jeter en prison quelques toubibs.
L'autre vérité qui a éclaté en même temps que la crise est que la morale, l'intégrité et la responsabilité sociale ne sont pas seulement des «plus» en option pour bien gérer une entreprise, à moins que «gérer» ne signifie pour vous «piller». Les responsables d'entreprise n'ont pas besoin d'être formés, ils doivent être éduqués, au sens de «civilisés». Hélas, pour cela, un diplôme d'une «business school» n'est pas seulement inadapté, il est totalement contreproductif.
Pour être juste, les chefs d'entreprise ne se comportent pas comme des canailles juste parce qu'ils ont fait deux ans d'études dans le cadre d'un MBA. Après tout, comme l'ont souligné beaucoup de mes amis issus d'une «business school», la première année se résume pratiquement à des fêtes permanentes, et la seconde consiste en une foire à l'emploi de longue durée.
Non, pour la plupart, ceux qui se conduisent comme des canailles le font parce qu'ils n'ont personne pour les en empêcher. Les charmeurs d'AIG sont partis avec des résidences secondaires qui coûtent plusieurs millions de dollars, leur récompense pour avoir exposé leur société et l'ensemble du système financier à d'énormes risques. Car c'était (autant que l'on sache) un moyen parfaitement légal de gagner de l'argent. Quant aux as de Goldman Sachs, ils ont protégé leurs superprofits grâce à des assurances d'AIG aux prix trop bas et entièrement financées par le secteur public, pour les mêmes raisons.
Si on veut savoir pourquoi personne ne s'est opposé à ces gens, il faut chercher la réponse dans la «business school». Le fondamentalisme du marché prédominant dans ces établissements nous a assuré que les marchés s'autorégulaient. C'est le mythe du management - selon lequel il existe une spécialité qui correspond au management et que l'on peut enseigner - qui a étayé l'étrange idée que ces gens-là étaient capables de se contrôler. Le modèle reposant sur la valeur actionnariale affirmait qu'il suffisait de donner des tonnes de stock options aux dirigeants, et ils sauraient bien faire leur travail. Ce ne sont pas seulement des idées qui ont été inculquées dans ces «business schools», elles constituent la raison d'être de ces établissements. La seule pseudo-théorie qui sous-tend la formation moderne au management est qu'elle est censée produire des «experts» en maximisation de la valeur actionnariale, capables de créer un marché idéal qui s'autorégule.
C'est une théorie intelligente, bien sûr. Assez radicale aussi. Mais depuis l'effondrement du bloc soviétique, on n'avait pas vu un système de valeurs remis en cause de la sorte.
Aujourd'hui, les «business schools» sont surtout des communautés d'intérêt. Elles rassemblent des étudiants qui partagent une certaine ambition professionnelle et dont le but, pour la plupart, est de gagner beaucoup. Elles enseignent aux étudiants quelques aspects techniques inutiles, ainsi qu'un code de conduite qui explique, en substance, que tout ce qui est légal est moral et que, si ça permet de gagner de l'argent, c'est positif. Il est désormais clair que si tous ces gens avait fait deux ans de service national au lieu se s'enfermer dans ces campus américains B.C.B.G. (parfois équipés d'un terrain de golf de compétition), cela aurait été plus profitable pour nous tous.
Que les universitaires des «business schools» menacées se rassurent, un monde où il y aurait moins de MBA ne serait pas forcément un monde sans études de commerce ou de management. Au contraire, quand les profs comprendront que ce qui compte, ce ne sont pas leurs enseignements théoriques bien ficelés dont ils croient qu'ils bénéficieront aux jeunes managers partout dans le monde, alors ils pourront étudier vraiment les affaires. Ils pourront apprendre à les regarder d'un œil critique, et peut-être même écrire des articles d'analyse.
En attendant, puisque mon idée de service national ne va sans doute pas plaire à beaucoup, je propose qu'on s'intéresse davantage aux sciences humaines. On a vu ce que donnait la conduite des affaires avec les sauvages, il est peut-être temps de donner leur chance aux gens civilisés.
Matthew Stewart
Traduit par Micha Cziffra
Mis à jour le 09/04/2009 à 4h47









































Entièrement d'accord !
Quand on arrêtera d'apprendre aux jeunes que le plus important c'est de savoir comment gagner plus en faisant semblant de travailler plus, comment être plus égoiste pour partager moins, comment être plus rusé pour contourner la loi, etc.... , ce jour là peut-être aurons-nous l'espoir d'un monde meilleur.
On en est loin, Sarko junior est un exemple type de la génération "business school" : je suis le plus beau, le plus intelligent, je n'ai pas besoin de faire d'effort, la culture ne sert à rien, les magouilles et les contacts de papa suffisent à me faire monter dans la hiérarchie... Je trouve ça super flippant qu'on laisse des culottes courtes et vides prendre le contrôle, quel qu'il soit.
J'ai moi même été en école de commerce, j'y ai perdu 4 années de ma vie à apprendre à magouiller, à être supérieure, à ne pas me poser de question, à ne rien remettre en cause, à travailler une apparence trompeuse dans laquelle j'étais très mal à l'aise, bref à essayer de devenir ce que je ne voudrais jamais être : une personne lobotomisée, sans saveur, égoiste et malhonnête.
Pétard, c'est dur, mais je crois que je m'en sors pas mal... Il m'a quand même fallu une quinzaine d'années pour déconstruire ce que j'étais devenue et pouvoir aujourd'hui vivre autrement.
La p'tite Blan
L'article est on ne peut plus pertinent. Il reprend ce que j'ai écrit à propos de la crise. C'est dire! Je le résume en trois volets.
1 - Le recouplage de la valeur et des valeurs. Il faut prendre garde que les paradigmes intellectuels dominants sont dans l'incapacité de réaliser théoriquement et concrètement ce rebouclage faute d'avoir théorisé tant l'une que les autres avec un soubassement philosophique, anthropologique, épistémologique, axiologique et praxéologique cohérent (l'analyse des termes est en soi un exercice profitable). On risque alors le développement d'une vision totalitaire des valeurs telle quelle se dessine, frappées d'un interdit de pensée et de critique voir l'article sur le « nouveau dictionnaire des idées reçues » où il faut ajouter en première place tout ce qui concerne le développement durable. (Une part de vérité et un océan de falsifications et de manipulations, même des meilleurs esprits mal équipés pour le discernemnt des Sens).
2 - La fin de la dominance de l'individualisme radical (spéculatif) comme le mur de Berlin avait marqué la fin du collectivisme radical. Il est vrai que le manichéisme des uns trouve en écho le manichéisme des autres et ces autres croient que le temps du collectivisme radical est revenu. Ils sont prêts à tout casser pour l'imposer. Deux formes d'antihumanisme le mépris chez les uns et la haine de l'homme chez les autres. Il y a maintenant des observateurs du parallèle entre les deux moments symboliques historiques. Cependant hors de l'antagonisme binaire qui a pourri les esprits il n'y a d'alternative que dans une refondation de la compréhension des communautés humaines, communautés d'altérités, d'êtres potentiellement libres selon leur capacité de maîtrise de leur humanité, communautés de devenir, communautés de Sens et d'enjeux, sujets communautaires, ensembles communautaires, communautés de développement. Le paradigme communautaire qui monte dans les faits doit l'être aussi dans les conceptions et les méthodes de gouvernance. On en est loin. Que fait le G20 sinon amorcer quelque chose de cet ordre?
3 - La fin de la croyance dans une économie systémique répondant à des lois naturelles où la notion d'équilibre joue un grand rôle comme dans toute cette famille de pensée qui dénie la possibilité même de la pensée au profit du simple calcul ou de la description opportuniste. Là l'alternative est soit la régression protectionniste défensive soit l'économie communautaire axée sur le développement approprié. Pour l'économie communautaire le management et la gouvernance ne font qu'un avec d'ailleurs l'exercice de la démocratie communautaire qui structure les modes de participation et les responsabilités. Le capitalisme communautaire dont le « social business » de Muhammad Yunus pourrait être une approche, resitue la valeur économique dans la perspective d'un Sens du bien commun.
Au-delà des MBA et des écoles de commerce devenues écoles de management, c'est tout le domaine des sciences de gestion et de l'enseignement de l'économie ainsi que trop souvent des sciences humaines ou des « sciences administratives » qui sont concernés. C'est cela le problème d'un changement de paradigme qui remet en question les élites qui y ont été formées. Et la difficulté de le penser du point de vue de l'ancien (surtout quand il se dit nouveau).
Egalement entièrement d'accord avec vous Matthew; j'ai aussi fait une Business School et je crois malheureusement que la seule chose que l'on y apprend, c'est à ne pas apprendre. Je pense qu'il faudrait erradiquer ces formations ultra-couteuses qui plombent les finances d'étudiants qui ne sont même plus en mesure de rembourser leurs prêts étudiants, compte-tenu du taux de chômage auquel sont également désormais exposées ces formations. On y apprend la vacuité, le vide, la soumission à un système lugubre et l'arbitraire dans les relations. Les plus intelligents sont ceux qui prennent généralement un peu de recul pour se consacrer à leur passion, je citerai les exemples de Yann Moix ou Yann Kerninon qui sortent tous deux de mon école. Les autres sont définitivement condamnés à l'échec de la reproduction sociale qui a conduit la société là où elle en est; conduite par des lâches vers un gouffre sans fin. Tout doit être appris sur le tas et la meilleure expérience reste celle du terrain. A quoi donc cela sert-il d'ACHETER ces diplômes inutiles? On devrait privilégier les formations en sciences humaines ou en créativité qui enseignent la vraie intelligence et l'ouverture d'esprit avec des passages par l'entreprise pour apprendre les savoirs-faire pratique et erradiquer définitivement ces formations qui ne sont que des gouffres à pognons et demeurent malgré leur tentative d'ouverture, des ghettos pour fils et filles à papa. On en est aujourd'hui loin puisque le gouvernement estime que les formations en sciences humaines sont inutiles, inefficaces et continue à prôner l'excellence de ces voies commerciales qui ne sont qu'un brassage de néant et une provocation pour l'intelligence et la raison.
Signé un gars qui s'y connaît.
Pour avoir un peu plus de saveur, et le bec plus fin, vous auriez dû choisir une école hôtelière ;)
Sarko, en l'occurrence, n'est pas le bon client, il ne sort pas des grandes écoles et il a quand même pas mal mouillé sa chemise pour arriver à son but, sans trop miser sur l'aide de son immigré magyar de papa.
Il faut des circonstances exceptionnelles, pour que l'on s'interroge sur les vaches sacrées et les éléphants blancs. Quel bonheur, quand en plus c'est fait avec talent! Tout n'est pas négatif dans une crise de cette ampleur...
La seule chose sur laquelle je suis d'accord est le problème des MBAs qui sont à la base des diplômes que l'on fait après plusieurs années d'expérience professionnelle. La pratique actuelle fait qu'avec un bac+5 on est désormais admissible en MBA. Bien évidemment que ça ne vaut rien, puisque l'intérêt du MBA c'est d'être un accélérateur de carrière, avec un effet de levier sur votre expérience professionnelle.
Pour le reste cet article est creux. Je ne sais pas si vous avez fait une école de commerce ou de management, mais j'ai fait les deux (Université + ESC) ... et j'ai vraiment préféré l'école de commerce (de très loin) pour ce qu'on y apprends (non, on n'apprends pas à virer des gens et à Maximiser les profits, la RoE etc...). C'est bien plus concret que la fac ou c'est de la théorie et de la masturbation intellectuelle, complètement déconnectée de la réalité du marché du travail (C'est un peu l'image du beau droit, verbeux, pompeux, bien écrit, contre le bon droit, efficace, direct).
Mon école de commerce n'était pas comme ça, il est vrai que l'on fait beaucoup la fête (et en grand) mais ça travaille dur. Ce n'est pas parce que l'on paye que l'on a son année à tous les coups. Ce n'est pas non plus des journée carrière toute l'année... Il faut bosser pour les examens.
Quand à l'enseignement qui y est fait, c'est aussi à relativiser. Cet article parle des business school US, qui sont rattachées aux Universités qui là bas sont payantes.
Je ne me reconnais pas dans ces valeurs qui semblent être décrite comme Etudiant en ESC = Machine à profit, desctructeur, et de droite.
L'université est importante pour les hard skills, les connaissances dures, la théorie. MAIS les écoles de commerces sont bonne pour les softs skills qui permettent de s'intégrer, s'adapter à la réalité de travail en entreprise ce à quoi la fac ne prépare absolument pas.
Si je vous ai bien compris, votre école de commerce équitable et festive est de gauche.
Cet article de définitivement de gauche. Ce que l'on apprend en école de commerce c'est comme tout. Tout dépends de ce que l'on en fait. C'est comme la science, on peut créer ou détruire. Ca ne dépends que de nous.
Oui, mon école était festive, avec un esprit de groupe. Je ne dit pas que c'est parfait mais c'est vraiment différent de l'Université même à ce niveau là. Personnellement l'école de commerce me permet de ne pas être spectateur de cette mondialisation, mais d'en être un acteur (Je travaille à Londres maintenant, et non, je ne connais pas la crise).
Le capitalisme est le seul système qui se nourrit des critiques qui lui sont adressees.
Jusqu'a la fin des années 80, début des années 90, on est sur un système ou la legitimite du dirigeant est lie a sa compétence. On est dans un système technocratique.
Suit la période que nous vivons (encore!) actuellement, celle du capitalisme financier.
Effectivement, comme le dit judicieusement l'article, les actionnaires et le cours de bourse mènent la danse. Les entreprises sont aujourd'hui gerees sur l'optimisation du cours de bourse a court terme. La ou le raisonnement de l'article s'arrête, le capitalisme continue.
Lentement mais surement, on passe des actionnaires a la societe civile au sens large. Activisme actionnarial, mouvement de consom'acteurs, ONG environnemtales, syndicats... L'entreprise va devoir s'adapter et il y a de fortes chances que cela se fasse dans un cadre capitaliste.
Quel est le rapport avec les MBA et les ecoles de commerce?
Je vous laisse decouvrir des exemples de realisations basees sur la prospective, l'imagination et la critique. C'est une specialisation, que j'ai suivi a HEC (1ere promotion en 2007) : Alternatives Management.
Et voila ce que ca donne :
http://appli7.hec.fr/amo/
Un article qui commence par un lien vers une page wikipédia pour une définition, je vais me régaler. Je doute que l’auteur ait fait un lien vers une page française de wikipédia, aussi je me dirige vers la page anglaise du site pour voir que celle-ci est bien plus complète et précise que la nôtre. Petits exemples : « En Amérique du Nord le terme business school s'entend donc comme un établissement universitaire délivrant un MBA, Master of Business Administration ou un diplôme équivalent.” contre « A business school is a university-level institution that confers degrees in Business Administration.” Eh oui, il y a d’autres programmes que le MBA dans les (pardonnez l’anglicisme) business schools.
Je continuerai par “En Europe, les termes équivalents (comme écoles de commerce pour la France) ne sont pas aussi précis.”, je suis certain que nos amis anglais de la London Business School vont être heureux de le savoir, mais peut-être ne sont-ils pas européens car anglophones. Le mystère reste plein.
Ces attaques seraient-elles une vile stratégie pour dénigrer la compétence de l’auteur ? Non, ne vous en faites pas, je ne crois pas qu’il n’y ait que du mauvais dans ce texte.
Mais avant de dénigrer un MBA, reste à savoir ce qu’est un MBA et à qui s’adresse ce genre de programmes, et c’est là que la faiblesse de l’article est certaine. Un MBA est-il fait pour des étudiants ayant déjà suivi des études de premier ou second cycle en gestion ? La réponse est assez simple, c’est non. Un MBA, c’est un condensé de ce que l’on apprend dans les programmes Grande École des écoles de commerce française ou des Bachelors anglo-saxons. C’est d’ailleurs là que je rejoindrai l’article en disant qu’on donne un pont d’or à des gens qui n’ont pas plus de connaissances qu’un étudiant de 23 ans. Mais vous savez, au prix de la scolarité, il faut bien amortir tout ça.
Mais alors, qui retrouve-t-on sur les bancs de ces MBA ? Beaucoup d’ingénieurs pour commencer. Conscients que les éprouvettes ne rempliront pas leurs poches, beaucoup de nos brillants ingénieurs mettent à profit leurs larges connaissances mathématiques pour aller travailler dans le monde merveilleux de la finance ou de l’entreprise. Pour cela, il leur faut un bout de papier, communément appelé diplôme, affirmant qu’ils ont de solides bases en gestion (ce qui comprend la finance, le marketing et j’en passe), ce que leur donne un MBA en somme.
La deuxième grande partie des élèves de ces MBA sont les diplômés de ces mêmes business schools qui n’arrivent à percer dans leur entreprise ou dans leur banque, et à qui il manque un petit plus sur le CV pour obtenir un meilleur un poste (comprenez que cela sert à masquer leur incompétence dans le monde du travail). Évidemment, en un an de formation où ils ne font essentiellement que des révisions, ils ne deviennent pas meilleurs. Ah mais si, je me trompe, ils font des études de cas ! Car vous ne le savez peut-être pas, mais les études de cas sont bien plus formatrices que les années d’expérience sur le marché du travail.
Pour compléter, j’oublie tous les gens n’ayant pas étudié en gestion et qui, à l’instar des ingénieurs, veulent se réorienter et pour qui le MBA est une très bonne solution.
Vous l’aurez compris, je ne suis que très peu fan du MBA, bien que je lui reconnaisse certaines vertus pour les personnes n’ayant aucune base en gestion. C’est d’ailleurs ce qui explique que je ne sois que partiellement d’accord avec l’article. Maintenant, ce qui me gêne, c’est cette propension à assimiler business school et MBA. Bouh les vilains messieurs des business schools qui ont perdu des milliards en bourse… Ah mais laissez-moi me souvenir, qui travaille en Front dans toutes les grandes banques du monde ? Mais oui, je vois bien là des ingénieurs ! Comment sont-ils arrivés là ? Le MBA pardi (ou des Msc ou M2) ! Suis-je en train de vous dire que le marché est géré par des mathématiciens fous disposant de connaissances en économie aussi faibles que celles d’un élève de troisième ? Ce serait quelque peu exagéré de dire ça, et insultant envers nos amis si brillants des écoles d’ingénieur.
« Aujourd'hui, les «business schools» sont surtout des communautés d'intérêt. Elles rassemblent des étudiants qui partagent une certaine ambition professionnelle et dont le but, pour la plupart, est de gagner beaucoup. Elles enseignent aux étudiants quelques aspects techniques inutiles, ainsi qu'un code de conduite qui explique, en substance, que tout ce qui est légal est moral et que, si ça permet de gagner de l'argent, c'est positif. » Quelle bande sa*****! Ils veulent gagner de l’argent ! Je suis sûr que l’auteur écrit toujours gratuitement (je l’espère pour cet article…). Il est facile de diaboliser les business schools en ce moment et de faire du populisme. Notre bon président, tout de Droite qu’il est, fait aussi dans ce genre d’intervention en décriant les traders qui nous ont fait tant perdre. Mais de grâce, ne tombez pas dans la facilité ! On apprend des choses dans les business schools, et même des choses très utiles contrairement à ce que dit l’article, seulement faut-il savoir les utiliser. J’ajouterai que professeurs et élèves de ces écoles n’ont pas attendu le journaliste pour écrire des articles d’analyse, peut-être faudrait-il se renseigner avant d’écrire…
Pour finir, j’ai l’impression que l’on essaie une fois de plus de mettre toute cette crise sur le dos de caricatures : des traders assoiffés d’argent ont joué avec des produits dérivés toxiques créés par leurs cupides collègues ingénieurs financiers ; et tous viennent de business schools. Regardez un peu du côté des agences de notation. Il faut savoir que très peu d’analystes (souvent des anciens de business schools) sont en mesure de comprendre les produits exos développés par des 3e cycles en ingénierie financière (les ingénieurs reconvertis) car sinon, ils feraient de l’exotique (ça gagne plus). La crise ne vient pas tant de la cupidité des gens, que du décalage de connaissances entre les acteurs du marchés et les régulateurs.
Bien sûre que oui, l'éducation a un rôle essentiel dans la vision que nous avons de l'économie.
Pour exemple, je me souviens lorsque j'étais encore lycéen, mon professeur d'économie appartenait à l'extrême gauche. L'ensemble de ses cours étaient dépourvus d'objectivité et imprégnés de théories marxistes ou communiste. Or l'enseignant représente l'autorité, il symbolise le savoir, c'est ici qu'il existe un problème. Au contraire, le professeur devrait pousser à la création d'entreprise, à l'innovation...
Néanmoins, le cas des business school constitue l'excès inverse, la formation est tournée vers le système qui fonctionné durant ses vingts dernières années, c'est-à-dire une dérégulation excessive du capitalisme.
Par conséquent, il est nécessaire qu'une réforme de fond soit mise en place, une vision plus adaptée de l'entreprise. Autrement dit, il s'agirait de pousser les étudiants à l'entrepreneuriat tout en leur inculquant une éthique et des valeurs de moralité.
Bonjour,
Je rebondis sur la réponse de Nicolas qui me semble très pertinente.
Il est facile et rassurant de se trouver des boucs émissaires en période de crise: les patrons voyoux, les traders, aujourd'hui les MBA, et demain les plombiers polonais?). En plus, ca fait plaisir à plein de monde que tous ces s... de riches, ces gens brillants qui ont réussi mieux que nous soient (aussi) dans la m...
Mais il convient de prendre un peu de recul sur la situation, car tomber dans le manichéisme et la simplification est dangereux et peut conduire à toutes formes d'extrémisme.
Ayant la double formation Ingénieur + mastère Ecole de commerce, je ne milite pas particulièrement pour les MBA, mais contre les idées reçues et les raccourcis manichéens bien répandus sur internet et sur les blogs.
Pour faire court, la crise actuelle repose sur 3 causes majeures:
- la mondialisation des échanges issue de la chute du communisme
- internet et les évolutions technologiques qui ont complexifié et rendu opaques les produits financiers et qui ont permis d'augmenter de façon exponentielle les flux financiers.
- les dérèglementations financières menées dès les années 80 par Reagan, Tatcher, et poursuivies allègrement par les différentes administrations américaines. L'europe ayant été suiveuse dans ce domaine.
Complexité, opacité, bref le système est devenu hors contrôle.
Et le moteur de tout cela s'appelle la cupidité, qui est le propre de l'homme.
=> Conséquence principale: une inversion de la pyramide qui placait le travail à la base et la finance en haut. Déséquilibre considérable, qui conduit par exemple à des abérations où des entreprises industrielles capitalistiques publient des résultats trimestrielles (alors qu'une stratégie se construit et se mesure sur plusieurs années) et à être valorisées sur leur cours de bourse. Bref, l'entrepreneur, et la vision industrielle a disparu aux dépends de la recherche du profit immédiat virtuel totalement absurde.
Le tout vient d'exploser sous nos yeux, et ce n'est pas terminé.
Si l'on en vient aux acteurs de la crise, nous avons:
- dans le rôle des concepteurs de produits financiers complexes et d'usines à gaz: les ingénieurs financiers (les ingénieurs francais notamment polytechniciens étant bien placés dans ce domaine)
- dans le rôle des joueurs: les traders, les madoffs, les initiés de toute sorte
- dans le rôle des complices: les agences de notation, les cabinets d'audit et de stratégie, avec les conflits d'intérêt que l'on connait
- dans le rôle des profiteurs: les banquiers, quelques grands patrons, les riches en général qui utilisent tous les moyens possibles dont les paradis fiscaux, etc...
- dans le rôle des pigeons: les petits actionnaires, directement victimes de la chute des cours de bourse, et tout les reste de la population qui subit les effets de la crise économique.
Si l'on revient au MBA, je ne vois pas en quoi la formation MBA est à rendre responsable de ce qui nous arrive.
Ou alors, il faut rendre responsable au même titre les autres formations au business (type écoles de commerce qui dispensent les mêmes théories), les formations en ingénierie financière pour leurs fabuleuses inventions, les formations en informatique pour internet et les logiciels hyperpuissants qui vont avec, etc...
D'ailleurs le fait d'affirmer que 30% des MBA se tournent vers la banque d'affaire ne permet pas de préjuger du pourcentage de diplomes de MBA dans la banque d'affaires...
Le MBA est une formation, parmi d'autres de l'élite dirigeante. Il s'agit du condensé du programme des écoles de commerce: marketing, finance, stratégie,...
C'est avant tout une formation théorique (avec des études de cas pour le côté pratique et plein de nationalités pour le côté mondialisation), qui coûte très cher, et pour une minorité (les 10/15 plus côtées car plus sélectives sur le fameux score au test GMAT) permettent d'accéder à des postes de responsabilités importantes,.
La formation coûtant très cher, la plupart des diplomés ayant emprunté pour la financer, se tournent vers les secteurs les plus rémunérateurs du conseil et de la banque d'affaires.
Mais une formation reste une formation. Elle ne forme ni au management des hommes (pour cela, il n'y a que l'expérience terrain), ni à l'éthique et aux valeurs (les valeurs, on les a ou on les a pas).
Au même titre que la formation d'ingénieur ne prépare pas au métier d'ingénieur (ca on l'apprends sur le terrain), mais donne des bases techniques qui nous permettent de nous adapter ensuite (même s'il y a beaucoup à redire sur la qualité de nos formations d'ingénieur).
Le MBA permet à des ingénieurs ou autres scientifiques de booster leurs carrières et de quitter la technique en élargissant leur scope de compétences. Il permet à d'autres de valoriser leur CV sur le tard s'ils n'ont pas réussi à décoller professionnellement.
Cela dit, il est logique que les MBA subissent la crise, car la plupart de leurs diplomes se tournent vers des secteurs qui subissent en crise (banque d'affaire, finance en général, conseil en stratégie). Mais les MBA ne subissent pas plus ni moins la crise que les autres secteurs.
En résumé:
- la crise actuelle provient de différentes causes qui sont plus le résultat d'une dérégulation du capitalisme, de ses excès et de la cupidité de quelques uns.
- le MBA n'est pas coupable (ou du moins pas plus que les autres formations), ses défauts sont les mêmes qu'avant la crise.
- que celui qui pense que l'enseignement est inadapté propose quelque chose de mieux.
En conclusion, pour moi la question majeure est: comment sortir de cette crise. A ce sujet, le préalable est d'en analyser correctement les causes.
Chose que n'ont pas pas fait nos dirigeants du G20. Je vous invite à écouter ce que dit Attali à ce sujet, c'est particulièrement intéressant (oui, ce mec est un pur produit de l'élite francaise, mais il a une analyse pertinente et il a une liberté de parole, comme il l'a fait dans son rapport pour Sarko qui est tombé aux oubliettes). Il dit notamment concernant les paradis fiscaux que l'on s'est focalisé sur tous les petis pays, mais pas sur les principaux (UK et ses iles anglo-normandes, certains états américains type Delaware, et les paradis chinois Macao et Hong Kong). Bref comme d'hab de grands effets d'annonce, mais on ne s'attaque pas aux vrais problèmes.
Au lieu d'avoir le courage d'assainir VRAIMENT le système de ses actifs toxiques et de tous ses vices structurels, et de redonner vraiment confiance à tout le monde, on n'a pas colmaté les fuites, donc on réinjecte de l'argent, et au final cela coûtera beaucoup plus cher aux contribuables.
Si le diplôme que l'on retrouve le plus à la tête des entreprises aux USA est le MBA et notamment celui d'Harvard, les grands patrons français se recrutent quasi-exclusivement dans le vivier des deux écoles d'ingénieur les plus prestigieuses : Polytechnique et Mines de Paris.
Avec accessoirement un complément d'études à l'ENA. Mais nullement des écoles supérieures de commerce française.
Donc dans l'automobile et les grandes banques françaises, ceux qui nous ont mené à cette situation de crise, sont donc tous des représentants de ces deux écoles d'ingénieurs.
Il faudrait plutôt s'interroger sur ce qui rapproche ces écoles d'ingénieurs françaiseset le MBA d'Harvard qui a été mis en cause dans la presse anglo-saxonne.
Apparemment, il faudrait s'interroger sur le fait que ces études sélectionnent un certain type de cerveau et donc de pensée, excessivement porté sur l'analyse, par rapport à d'autres moyens de perceptions du réel.
Maintenant, il faudrait en effet voir en quoi cela a été accélérateur de la crise, ou tout du moins pourquoi cette incapacité à prévoir.
Sinon, à part cela, continuez à taper sur les écoles de commerce française (qui sont d'un autre calibre que les MBA a forte tendance financière), vous ferez vraiment plaisir aux véritables élites (qui viennent d'une autre éducation) qui vous gouvernent de façon si intelligente.