Monde

L'Europe sans défense

Gabriel Arnoux, mis à jour le 09.04.2009 à 15 h 55

La France est de retour dans l'OTAN, mais l'Europe n'est pas prête de se doter d'une véritable défense autonome et crédible.

Défilé de troupes de la légion étrangère   Charles Platiau / Reuters

Défilé de troupes de la légion étrangère Charles Platiau / Reuters

 

A l'issue du sommet de Strasbourg - Kehl, la France va commencer son retour au sein des structures intégrées de l'OTAN (Organisation du Traité de l'Atlantique Nord). Concrètement, environ 800 officiers français seront envoyés, principalement au sein de l'état-major de l'OTAN situé à Mons, en Belgique, et certains à la tête d'une structure de soutien située à Norfolk, en Virginie. L'ambassadeur français à l'OTAN siégera pour sa part au comité des plans de défense, instance dont la France était exclue jusqu'à aujourd'hui.

Cette décision a été préparée dès la campagne de Nicolas Sarkozy. Elle était présentée comme une condition nécessaire à la montée en puissance de l'Europe de la défense : la position de la France, héritée de 1966, était censée faire douter les autres Européens, prompts à l'accuser de chercher à construire une défense européenne autonome contre les Etats-Unis.

Bien qu'il soit trop tôt pour dresser un bilan complet du sommet de la semaine dernière, une question majeure persiste à ne pas trouver de réponse, et concerne le devenir de l'Europe de la défense.
Pour toute une génération, acquise au projet européen dans son principe, l'idée d'une défense autonome pour l'Europe est bonne. La mise en commun des moyens militaires de 27 Etats assurera la crédibilité du discours de l'Union auprès de nouvelles puissances plus fortes, et plus nombreuses, aidera ainsi à imposer la vision européenne de la mondialisation, régulée et respectueuse des droits de l'homme.

Cette ambition n'a jamais eu pour objet de remettre en cause l'Alliance Atlantique. Au contraire, elle offrait aux Américains un nouveau partenaire, aux positions plus cohérentes, et devait permettre de développer un partenariat entre l'Europe et l'Amérique du Nord, au lieu des relations bilatérales, donc nécessairement déséquilibrées, qui sont aujourd'hui la norme à l'OTAN.

Mais, alors même que la France a annoncé son rapprochement, où sont les contreparties européennes à cette décision ? Les Etats-Unis ont demandé, et obtenu, des renforts en Afghanistan, alors même qu'ils annonçaient quinze jours avant le sommet de l'Alliance une nouvelle stratégie sur ce théâtre, certes très inspirée des recommandations européennes, notamment françaises, mais encore une fois présentée aux alliés sans aucune concertation.

Au contraire, alors même que le sommet de l'OTAN donne de nouveaux arguments à ceux qui y voient un instrument de la puissance américaine - par exemple, la nomination au poste de secrétaire général de l'ancien dirigeant danois (Anders Rasmussen) ayant engagé son pays sur le théâtre irakien en 2003, rompant avec trente ans de neutralisme - l'Europe de la défense piétine, et des voix se font entendre qui demandent l'interruption du programme A400M, premier équipement d'importance à être construit dans le cadre communautaire.

En vérité, le jeu était biaisé dès le départ, mais pour de mauvaises raisons. Le retour de la France dans l'OTAN aurait pu être un atout pour l'Europe, s'il avait été précédé par des avancées concrètes de l'Union dans le domaine militaire. Sourd aux critiques qui montraient pourtant clairement la faiblesse des acquis de la Présidence française de l'Union européenne en matière de défense, le Président de la République a imposé la date du retour en fonction d'un agenda médiatique, le sommet franco-allemand, célébrant les soixante ans de l'Alliance Atlantique, offrant effectivement un cadre particulièrement favorable à la confirmation d'une décision annoncée.

Le «coup de com» a donc été fait, et la France a réintégré l'OTAN. Pourtant, l'Europe de la défense n'enregistre que des reculs. Que peut-on attendre maintenant que la position de la France n'est plus un sujet de négociation ? L'avenir semble bien morne à qui pense que l'Europe peut compter dans le futur...

Gabriel Arnoux

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