Culture

Disparition de Maria Schneider, l'héroïne du «Dernier Tango à Paris»

Slate.fr, mis à jour le 03.02.2011 à 14 h 34

Révélée par le film de Bernardo Bertolucci, l'actrice française est morte à l'âge de 58 ans.

Elle restera célèbre pour l’un des rôles les plus sulfureux de l’histoire du cinéma français, et du cinéma tout court: selon des informations confirmées par son agente à Slate.fr, l’actrice Maria Schneider, héroïne du Dernier Tango à Paris aux côtés de Marlon Brando, vient de mourir à l’âge de 58 ans. Elle avait également joué dans Profession:reporter de Michelangelo Antonioni, La Baby-sitter de René Clément, La Dérobade de Daniel Duval, Merry Go-Round de Jacques Rivette ou plus récemment dans Les Nuits fauves de Cyril Collard ou Les Acteurs de Bertrand Blier. Elle y jouait, comme le reste du casting, son propre rôle et lançait: «Je suis heureuse d’avoir eu cette scène».

Son nom restera donc pour toujours attaché à Jeanne, l’héroïne du film de Bernardo Bertolucci, et plus particulièrement à une scène scabreuse où Paul (Brando) sodomise son personnage en s’aidant d’une motte de beurre. Un passage que le cinéaste italien avait raconté au New York Magazine, expliquant comment lui et Brando avaient piégé l’actrice en ne lui décrivant pas ce qui allait se passer:

«Elle criait, en partie parce qu’elle se sentait révoltée par moi et Marlon, qui faisait office de figure paternelle et la protégeait souvent. Je crois qu’elle s’est sentie trahie par nous, mais je ne vois pas comment j’aurais pu tourner la scène différemment. Je crois que si je lui avait dit, il aurait été très difficile d’obtenir ce genre de violence dans cette scène. En fait, si je lui avais dit, je ne vois pas comment elle aurait accepté»

Dans une interview accordée au critique de cinéma américain Roger Ebert en 1975, l’actrice se montrait elle élogieuse sur son partenaire de film:

«C’était merveilleux, pour une actrice encore débutante comme moi, de travailler avec lui. Il venait de finir Le Parrain, et était en plein comeback, et on aurait pu penser qu’il aurait envie de dominer toutes les scènes. Mais il me donnait l’avantage, du contenu pour travailler. Et il était brillant quand il improvisait»

«Actrice du temps suspendu»

Le film cause alors une telle bourrasque que la critique américaine Pauline Kael comparera sa première mondiale au festival du film de New York au chahut de la première interprétation du Sacre du printemps de Stravinsky, en 1913. Dans sa chronique, elle comparaît Maria Schneider à «un bouquet d’héroïnes des films de Renoir et des peintures de son père, portant toute l’histoire des passions cinématographiques sur ses longues jambes et sa figure angélique».

En 2001, Libération consacrait un portrait à ce «mystère» donnant «continûment la sensation de fuir», une «actrice du temps suspendu, de l'attente, de l'invention en figure libre», dont la filmographie «traversait les frontières du cinéma tel qu'il pouvait se faire, sans s'arrêter à la nature inconciliable des modes de production». Elle y expliquait sa carrière post-Tango:

«Je refusais les rôles directement hérités du Dernier tango, commençant à monter contre moi toute une frange de producteurs qui ne voient dans les actrices que de la chair fraîche et consommable, et je continuais à fonctionner sur des rencontres.»

Des rencontres qui se firent plus rares au fil des années, de nombreux producteurs étant apparemment effrayés par la réputation de l’actrice. D’où la question que posait le magazine Technikart, en 2003:

«Y’a-t-il en France un réalisateur à la hauteur de Maria Schneider?»

Photo: Maria Schneider et Marlon Brando dans Le Dernier tango à Paris, de Bernardo Bertolucci (MGM).

Slate.fr
Slate.fr (9125 articles)
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte