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Les manifestations d'Egypte en direct: Moubarak démissionnerait bien, mais...

Slate.fr, mis à jour le 03.02.2011 à 21 h 43

Hosni Moubarak. REUTERS/Amr Dalsh

Hosni Moubarak. REUTERS/Amr Dalsh

  • Dixième jour de manifestations jeudi 3 février pour demander le départ du président Hosni Moubarak.
  • Hosni Moubarak déclare qu'il voudrait bien démissionner mais qu'il craint le chaos
  • Les pro-Moubarak ont ouvert le feu sur les manifestants dans la nuit de mercredi à jeudi, faisant 5 morts.
  • Mercredi, partisans de Moubarak et opposants se sont violemment affrontés place Tahrir, faisant 1 mort et 600 blessés.
  • Hosni Moubarak n'a pas l'intention de démissioner avant la fin de son mandat en septembre, malgré la pression de Washington.
  • A voir aussi le fil des évènements de la journée de mercredi  et des jours précédents, et le portfolio ci-dessous.

- Jeudi 3 février -

21h10 - [ABC] Moubarak aimerait bien démissionner, mais...

Le président Hosni Moubarak a donné une interview à Christiane Amanpour, de la chaîne américaine ABC.

Il y explique qu'il est fatigué d'être président, qu'il aimerait bien démissionner, mais qu'il a peur que l'Egypte tombe dans le chaos s'il quitte le pouvoir.

«Je ne me soucie pas de ce que le pays dit de moi. Là, tout de suite, je me soucie de mon pays, je me soucie de l'Egypte.»

A propos des affrontements qui ont eu lieu mercredi, Moubarak déclare:

«Je ne suis pas content de ce qui s'est passé hier. Je ne veux pas voir des Egyptiens se battre entre eux.»

19h03 [Channel 4] Le journaliste Lindsey Hilsum formule une hypothèse sur la raison du changement d’attitude de la population, qui est devenue menaçante envers les journalistes étrangers jeudi 3 février:

«Depuis la nuit dernière, la télévision d’Etat affirme que des espions israéliens déguisés en journalistes occidentaux sillonnent le pays. C’est une rumeur vicieuse parce qu’elle met tous les occidentaux, et tous les égyptiens travaillant avec des occidentaux, dans une situation où ils risquent d’être battus, voire pire. C’est pour le moins cynique.»

18h21 [YouTube] La vidéo ci-dessous, intitulée «La sécurité peut renverser les manifestants dans la révolution égyptienne pour la liberté» [Traduction de l'arabe par Google Traduction] et téléchargée jeudi 3 février sur YouTube, montre une camionnette qui semble appartenir aux forces de police égyptienne foncer sur un groupe de manifestants. Au moins deux d'entre eux sont fauchés par le véhicule:

18h15 [Guardian, Le Figaro] Le vice-président égyptien Omar Souleiman fait une déclaration à la télévision d’Etat:

«Quand le président Moubarak a appris les demandes formulées par le mouvement du 25 janvier étaient légales et objectives, il a discuté de comment ces besoins pouvaient être pourvus. Il a répondu à toutes les demandes légales. Nous aurions également pu accepter d’autres demandes […]. Mais la limite de temps est mince et serrée.»

Souleiman a également mis les violences sur le compte d’«opportunistes qui poursuivent leurs propres objectifs. Cela pourrait être lié à des forces extérieures ou à des autres affaires intérieures». Il les a qualifiées de «complot». Le vice-président a également annoncé qu'il ne se présentera pas à l'élection présidentielle de septembre prochain, et que l'Egypte n'accepterait pas d'ingérence étrangère dans les affaires du pays.

17h05 [Twitter, Le Figaro] Cela fait de moins en moins de doutes: le régime a décidé de s’en prendre méthodiquement aux médias étrangers et aux blogueurs égyptiens qui relayent des informations sur les événements dans le pays. Le blogueur Sandmonkey, un des plus suivis depuis le début des manifestations et qui s’est fait arrêter dans la matinée, vient d’écrire sur son compte Twitter:

«Je vais bien. Je suis sorti. J'ai été pris dans une embuscade et battu par la police, mon téléphone confisqué, ma voiture mise en pièces et mes provisions confisquées».

Il rajoute dans un second message: «Je raconterai l'histoire plus tard. Merci à tous. j'ai juste besoin de me reposer maintenant.» Cyrille Louis, envoyé spécial du Figaro en Egypte, a également été arrêté alors qu'il effectueit un reportage par les forces de sécurité égyptiennes à Abou Hamous, à une cinquantaine de kilomètres d'Alexandrie.

16h54 [Al Jazeera] Le producteur Internet de la chaîne Al Jazeera décrit les combats dans les rues du Caire:

«La bataille pour le centre-ville du Caire a pris une tournure quasiment médiévale jeudi, les manifestants érigent des barricades de fortune et fabriquent des catapultes pour envoyer des pierres sur leurs adversaires. Des combats rapprochés ont eu lieu pendant plusieurs heures, avec des combats à mains nues près des barricades érigées par les manifestants pro-démocratie. Les deux camps se sont jetés des centaines de pierres.»

15h40 [Slate Afrique] Dans un article traduit en français pour Slate Afrique, Brian Palmer, journaliste à Slate.com, détaille l'arsenal juridique et policier particulièrement puissant et répressif mis en place par Hosni Moubarak, qui lui a permis de baillônner l'opinion publique et la société civile pendant trente ans. En voici un extrait:

«Le régime égyptien n’accorde pas aux opposants au gouvernement le privilège d’un procès. La loi égyptienne sur l’état d’urgence —le pays est officiellement en état d’urgence depuis l’assassinat d’Anouar el-Sadate en 1981— autorise le gouvernement à garder à vue des citoyens même si aucune charge ne pèse contre eux pendant 30 jours. Qui plus est, le ministère de l’Intérieur peut renouveler cette garde à vue à plusieurs reprises, pratiquement sans avoir à se justifier. [...]

Les stratégies du gouvernement égyptien ne se limitent pas aux simples poursuites contre des individus. Les partis et journaux de l’opposition égyptienne ainsi que les ONG ne peuvent exercer librement leur activité sans obtenir une licence auprès du gouvernement.»

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15h28 [Al Jazeera] La vidéo ci-dessous, postée sur Internet par la chaîne Al Jazeera, montre que les manifestants de l’opposition gardaient le contrôle des points d’accès à la place Tahrir du Caire jeudi matin, et ont monté des barricades pour défendre leurs positions contre les partisans du régime devant le Musée national (un bâtiment rose:

14h38 [Twitter, CNN] CNN consacre un long article à tous les témoignages de journalistes étrangers qui ont été pris à parti, battus, harcelés et parfois même détenus par les partisans de Moubarak depuis mercredi. La liste des médias qui ont rapporté des attaques contre leurs journalistes est longue: BBC, ABC News, CNN… Les journalistes sont souvent accusés d’être des espions étrangers, parfois même israéliens.

La chaîne de télévision Al-Arabiya, basée au Qatar, a été un des médias les plus durement touchés: ses locaux ont été saccagés et plusieurs de ses journalistes pris à parti. Philip J. Crowley, le porte-parole du département d'Etat américain, écrit sur son compte Twitter:

«Il y a une campagne concertée pour intimider les journalistes internationaux au Caire et pour interférer avec leur travail. Nous condamnons de telles actions.»

12h20 [Associated Press] Les tanks et les soldats de l'armée égyptienne sont enfin intervenus pour tenter de mettre fin aux violences entre les partisans et les opposants de Moubarak sur la place central du Caire jeudi matin. L’armée était restée largement passive depuis le début des affrontements, il y a 24 heures, alors que les deux camps combattaient avec des jets de pierre, des bâtons, des barres de fer ou encore des cocktails Molotov.

A 11 heures du matin (heure locale), des soldats armés se sont alignés entre les deux camps, et des centaines d’autres soldats étaient en train d’être déployés. Quatre tanks ont également dégagé un passage supérieur d’autoroute d’où des partisans de Moubarak jetaient des projectiles sur les manifestants.

12h00 [Twitter] Des jounrnalistes ont été arrêtés selon plusieurs témoignages sur le site de microblogging. Le blogueur égyptien Wael Abbas écrit sur son compte:

«Le caméraman de la télévision néerlandaise NOS Eric Feyte arrêté au Caire! Tout a été confisqué. Pas de contact avec lui. please RT»

11h50 [New York Times] Le site du quotidien américain propose une carte de la place Tahrir et de ses environs montrant les endroits où les affrontements de mercredi ont eu lieu et les positions des partisans des deux camps.

11h43 [Daily What] Une photo frappante d'Anderson Cooper, le journaliste-vedette de CNN, se faisant contrôler par les «voyous» pro-Moubarak dans les rues du Caire. Cooper affirme qu'il a été frappé plusieurs fois à la tête, mais semble s'en être tiré sans blessures. Une vidéo montre aussi Cooper et son équipe se faire attaquer.

11h00 [AFP via Le Figaro] Nicolas Sarkozy, Angela Merkel, David Cameron, Jose Luis Zapatero et Silvio Berlusconi ont publié un communiqué commun sur la situation en Egypte:

«Le processus de transition doit commencer dès maintenant [car] seule une transition rapide et ordonnée vers un gouvernement à représentation élargie permettra de surmonter les défis auxquels l'Egypte doit faire face aujourd'hui.»

10h51 [BBC] Le Premier ministre égyptien Ahmed Shafiq s'est excusé pour les attaques contre les manifestants de mercredi:

«C'est une erreur fatale, et quand les enquêtes révèleront qui est derrière ce crime et qui a permis qu'il soit commis, je promets qu'ils seront punis pour ce qu'ils ont fait. Il ne peut y avoir aucune excuse pour attaquer des manifestants pacifiques, c'est pourquoi je m'excuse.»

Il a également demandé aux manifestants de «rentrer chez-eux pour aider à mettre fin à la crise».

10h07 [EuroNews] Un résumé des affrontements de la nuit en images dans la vidéo ci-dessous, publiée sur YouTube par la chaîne d'information EuroNews.

9h30 [Reuters] Les partisans du président Moubarak ont ouvert le feu dans la nuit de mercredi à jeudi sur les manifestants place Tahrir, au Caire, tuant au moins cinq personnes, alors que la violence atteint des niveaux inédits depuis le début du mouvement il y a neuf jours. Les coups de feu ont résonné à partir de trois heures du matin (heure française) pendant plus d’une heure sur la place, où les opposants au régime ont promis de rester jusqu’à ce que Moubarak parte. Ils chantaient encore jeudi matin «nous ferons tomber Moubarak d’une manière ou d’une autre» ou encore «nous ne laisserons pas tomber».

- Mercredi 2 février -

[New York Times, Christian Science Monitor] Résumé des événements de la journée: les violences de mercredi ont fait au moins un mort et des centaines de blessés. Selon le New York Times, les violences étaient orchestrées par le gouvernement, avec des «vagues de provocateurs pro-gouvernementaux armés de clubs de golf, de pierres et de couteaux» qui ont attaqué les manifestants de manière plutôt organisée. Beaucoup d’entre eux étaient équipés de posters pro-Moubarak «fraîchement imprimés». L’armée n’a rien fait pour arrêter les violences, se bornant à «garder les musées égyptiens et à utiliser des canons à eau pour éteindre les flammes provoquées par les cocktails Molotov.»

Des centaines de manifestants, «dont beaucoup saignaient de la tête», ont été soignés par des médecins dans des hôpitaux de fortune. Le ministre égyptien de la santé a fait état de 596 blessés, et d’un mort, un homme qui serait tombé d’un pont. Le New York Times écrit que le «chaos» sur la place Tahrir était «en contraste total avec les scènes vues seulement 24 heures plus tôt, quand des centaines de milliers de manifestants anti-gouvernementaux se sont rassemblés sur la place en liesse.»

Le président Moubarak a été clair mercredi: il ne compte pas démissionner avant la fin de son mandat en septembre, quelles que soient les revendications des manifestants.

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