France

Populisme et politiquement correct, le couple infernal

Thomas Legrand, mis à jour le 02.02.2011 à 9 h 35

Comment disqualifier à coup sûr son interlocuteur? En le traitant de populiste ou de politiquement correct.

Une vue rapprochée du Cri, de Munch. REUTERS/Cornelius Poppe /Scanpix

Une vue rapprochée du Cri, de Munch. REUTERS/Cornelius Poppe /Scanpix

Il est un couple qui fait beaucoup de mal au débat politique. Ce couple infernal est formé des mots: «populisme» et «politiquement correct». Ces deux formules utilisées à tout bout de champ et en guise d’insultes plombent le débat public. Pour exclure un interlocuteur d’une discussion, pour lui clouer le bec à peu de frais et à peu d’arguments, qualifiez son propos de «politiquement correct» ou de «populiste». Si je dis à mon collègue de France Inter Philippe Lefébure,  juste après sa chronique: «Dis donc, t’étais très politiquement correct ce matin, ou un peu populiste», je ne lui aurai rien dit de précis mais je lui aurai tout de même ruiné sa journée…

Ce sont les arguments disqualifiants du moment. Dans les années 1970/80, la droite avait le mot «communiste» pour disqualifier et la gauche avait «fasciste». C’était binaire comme la guerre froide. En ce moment, la mode est donc à se traiter de «populiste» et à dénoncer le «politiquement correct». Mais ces anathèmes sont autant utilisés par la droite que par la gauche avec des significations différentes. On a déjà parlé de cette notion de «politiquement correct». Le «politiquement correct» pour la droite, c’est l’avancée des droits et des égalités, c’est le féminisme, l’antiracisme, l’écologie, la construction européenne. Pour la gauche, le politiquement correct c’est le libéralisme, la prise en compte des déficits, et la construction européenne. Définition non exhaustive, chacun la sienne!

En revanche «le populisme», c’est une réalité, ça existe en France et en Europe. Mais on utilise ce terme sans être vraiment au clair sur sa définition. On dit généralement de quelqu’un qu’il est populiste quand il est extrémiste (Marine Le Pen), ou outrancier (Jean-Luc Mélenchon). Le dessin de Plantu qui reliait Le Pen et Mélenchon opérait ce raccourci entre l’extrémisme et l’outrance.

L'ambigüité du populisme

Il y a pourtant une définition du populisme qui n’a pas forcément à voir avec l’extrémisme ou l’outrance. Le sociologue Pierre-André Taguieff y a consacré un ouvrage. Le populisme consiste, pour un responsable, à s’adresser directement à l’opinion, au peuple, en dédaignant volontairement et ostensiblement les corps intermédiaires classiques: la presse, les intellectuels, les syndicats, les associations, la technostructure, ce que l’on appelle abusivement les élites. Alors la démagogie, l’extrémisme ou l’outrance ne sont pas loin, mais pas automatiques. Quand François Bayrou affirme que les sondages sont sous influence, il est populiste. Il n’est pas extrémiste pour autant, à peine outrancier.

Lorsque les corps intermédiaires non élus colonisent le débat en présentant leurs avis comme des vérités (voir le référendum de 2005), il est normal que les politiques tentent de retrouver le contact direct avec le peuple. C’est, par exemple la démarche de Ségolène Royal et de Nicolas Sarkozy en 2007.

Quand Jean-Luc Mélenchon titre son livre «Qu’ils s’en aillent tous» il est, pour le coup, non seulement «populiste» parce qu’il cible les corps intermédiaires mais il est aussi un peu démago puisqu’il ne se contente pas de passer au-dessus de leur tête, il s’en sert comme bouc émissaire.

L’ambigüité du mot et la trahison de son acception première vient aussi du fait qu’il est utilisé comme insulte, justement par ces corps intermédiaires, ceux qui en sont les victimes. Mais si l’on en revient à la définition de Taguieff, le «populisme» comporte le pire ou le meilleur. D’ailleurs, le meilleur, l’acte populiste par excellence c’est l’appel de du 18 juin du général de Gaulle !

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