Monde

Comment sait-on que la population musulmane va croître plus vite que le reste de la population mondiale?

Jeremy Singer-Vine, mis à jour le 07.02.2011 à 13 h 37

Et comment réalise-t-on les prévisions démographiques?

Procession pour l'achoura à Karachi en 2010. REUTERS/Athar Hussain

Procession pour l'achoura à Karachi en 2010. REUTERS/Athar Hussain

Selon un rapport publié jeudi 27 janvier par le Centre de recherche Pew et la Fondation John Templeton, ces 20 prochaines années, la population musulmane à l’échelle planétaire va croître deux fois plus vite que le reste de la population. Sur la même période, la population musulmane des Etats-Unis va plus que doubler. Comment les démographes obtiennent-il ces chiffres?

Ils emploient une méthode de projection des cohortes. Dans la quasi-totalité des prévisions démographiques sérieuses, les statisticiens commencent par diviser une population donnée en diverses tranches. Par exemple, les femmes âgées de 20 à 24 ans et les hommes entre 65 et 69 ans. Ils effectuent ensuite des prévisions distinctes pour chacune de ces catégories en se limitant généralement à trois variables: le taux de fécondité (le nombre d’enfants par femme), le taux de mortalité (la part de la population qui décède chaque année) et les migrations.

Ensuite, les démographes dressent en général un éventail de scénarios pour chaque variable: les taux de fécondité les plus élevés et les plus faibles sur les 15 ou 20 prochaines années, par exemple. Enfin, ils font la synthèse de ces estimations préliminaires pour en dégager une série de tendances probables qu’ils présentent souvent selon trois niveaux: estimations haute, moyenne et basse.

Les statistiques démographiques sont plutôt fiables

Les prévisions relatives à l’évolution des populations sont en général assez justes. Les projections démographiques concernant un pays donné, comme celles effectuées par l’Organisation des Nations unies et la Banque mondiale, ne s’écartent de la réalité qu’en moyenne de 6% . (L’ONU calcule la croissance démographique à l’échelle mondiale et régionale depuis les années 50; elle a commencé à projeter celle de la plupart des pays quelques années plus tard.)

On constate que, depuis un siècle, les méthodes des démographes n’ont pratiquement pas changé. L’exactitude des chiffres est donc essentiellement fonction du caractère fiable (et actuel) des données sous-jacentes de fécondité, de mortalité et de migration. Une étude réalisée en 1983 [PDF] révèle que les prévisions démographiques de l’ONU concernant les pays développés ou celles du Bureau du recensement des Etats-Unis concernant la population américaine n’ont pas connu d’améliorations mais que, en revanche, celles des pays en voie de développement se sont affinées – probablement grâce à un meilleur renseignement des registres.

Simple pour l’Europe, compliqué pour l’Afrique

Une étude menée en 2001 indique que la précision globale des prévisions de l’ONU n’a pas beaucoup évolué depuis les années 50, si ce n’est qu’elle a atteint des pics dans les années 70 et à la fin des années 80. En règle générale, les écarts sont plus importants pour l’Afrique, le continent pour lequel les prévisions s’avèrent le plus difficile – c’est tout le contraire de l’Europe.

A quelques occasions exceptionnelles, les démographes ont semblé totalement à côté de la plaque. Au lendemain de la Seconde guerre mondiale, à l’heure du baby-boom, les tendances démographiques ont été ridiculement basses. Puis, ils ont surestimé la durée de l’explosion des naissances. Quand le «baby-bust» (la fin du baby-boom) s’est produit, les chiffres du milieu des années 50 étaient bien au-dessus du réel. Enfin, les statisticiens de la population ont très mal anticipé l’impact de la propagation du VIH sur les taux de mortalité des pays en développement.

Le recensement religieux reste «privé» aux USA

Peut-on dire que les projections de la population musulmane américaine réalisées par le centre d'études Pew en collaboration avec la fondation Templeton seront justes? Un certain nombre d’éléments permettent de penser que oui, notamment le fait que les indices de fécondité, de mortalité et de migration font l’objet de nombreuses études approfondies aux Etats-Unis.

Le taux de fécondité des musulmanes est plutôt faible et n’est pas très volatil, autre facteur qui contribue à la fiabilité statistique. Mais d’un autre côté, à mesure que la taille de la population en question diminue – dans des sous-groupes au niveau international, régional, national ou religieux, la fiabilité tend à baisser.

Jeremy Singer-Vine

Traduit par Micha Cziffra

L’explication remercie Brian Grim du Forum sur la religion et la vie publique du centre de recherche Pew, Carl Haub du Population Reference Bureau et Ron Lee de l’Université de Californie à Berkeley

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Pas de religion dans le recensement français

En France, où la campagne pour le recensement 2011 a débuté le 20 janvier, le caractère laïc de l’Etat fait qu’il est strictement interdit de demander aux Français, entre autres critères, leur religion. (Les Américains ne sont pas obligés de révéler leur confession, mais on enregistre leur couleur de peau ainsi que leurs origines ethniques, ce qui est encore impensable en France, malgré le débat sur la discrimination positive).

 

M.C.

Jeremy Singer-Vine
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