Culture

Pourquoi les séries télé s'accordent-elles des épisodes «pause» dans leurs intirigues?

Dominique Willieme, mis à jour le 06.04.2009 à 18 h 22

Image extraite de l'épisode 13 de la saison 5, le 100e de la série «Desperate Housewives». ABC

Image extraite de l'épisode 13 de la saison 5, le 100e de la série «Desperate Housewives». ABC

«Desperate Housewives», saison 5, épisode 13 : pour ne pas gâcher la surprise et ne pas agacer les lecteurs qui suivent la série à la télévision française, nous dirons juste qu'alors que nous lançons l'épisode, les intrigues traditionnelles de la série sont bien lancées. Meurtre, désir de vengeance, problèmes conjugaux en pagaille, rancœurs... assez de pistes en tout cas pour que l'on ait envie, en nous installant, de voir tout cela progresser. Tel est notre bon plaisir de consommateurs d'innocentes sucreries télévisuelles.

L'épisode commence de façon assez étrange, sur la mort accidentelle d'un personnage que nous n'avions alors jamais vu, un homme à tout faire apprécié de tout Wisteria Lane. Soit. Le générique passe, nous retrouvons nos héroïnes assises comme (trop) souvent à une table de poker, et les voilà qui, tour à tour, se remémorent un épisode impliquant le fameux homme de main. Il nous suffit de quelques minutes, pour savoir que, c'est sûr, cet épisode ne servira à rien. On ne saura pas qui a trompé qui, qui veut tuer qui, on tournera en rond.

Ce treizième épisode est donc ce qu'on appelle aux Etats-Unis un filler, en français un bouche-trou. «Desperate Housewives» n'a pas l'exclusivité du procédé. Pas une série ne se prive, à un moment de sa vie, d'un de ces épisodes creux. Il y a dix ans, «Friends» en avait fait un rituel: chaque année, un épisode au moins consistait en un rassemblement nostalgique sur le canapé, garni d'un montage de vieux épisodes. Sans génie de montage aucun, sans volonté récapitulatrice comme «Lost» aurait parfois besoin de le faire. Non, juste une juxtaposition de Rachel embrassant Ross, remémorés par Rachel et Ross affalés devant leur table basse. 

On peut aisément trouver, sinon des explications, du moins des excuses probables. Dans le monde des manga, les épisodes «fillers» avaient pour rôle de retarder l'intrigue afin d'être en phase avec la version papier. A la télévision, les interludes servaient à combler des petits trous dans la programmation. Dans les séries télé, on imagine facilement le besoin de respecter les pauses syndicales, de permettre à l'équipe de prendre quelques vacances. On peut aussi voir les fillers comme un moyen somme toute assez efficace de combler l'angoisse de la page blanche: «Mais comment expliquer qu'untel a fait tel crasse à tel autre? On y réfléchira la semaine prochaine, montons d'anciennes séquences plutôt».

Cet épisode de Desperate Housewives va plus loin : il est l'inverse de la paresse. Les anecdotes qu'il rapporte datent toutes de la première saison, époque à laquelle les scènes n'avaient pas été écrites. Chacune a donc été tournée en la resituant dans le contexte de l'époque : on rappelle les enfants qui jouaient les fils de l'une, on refait mincir la seconde, on réembauche les figurants de l'époque... On va même plus loin, en re-filmant des scènes à l'identique pour y ajouter Beau Bridges (qui joue l'homme à tout faire). C'est dire le travail que cela a demandé.

La raison à cela ? Cet épisode est le centième de la série, tout bêtement. Un anniversaire qui méritait, apparemment, que l'on interrompe les intrigues pour rendre hommage à cet 'univers' créé au fil des saisons. Et qui se veut sans doute la preuve qu'une série télé, bien plus qu'une succession d'événements et de suspenses, c'est aussi le confort de se rapprocher de personnages fictifs. Un credo auquel il ne faut pas trop s'attacher non plus: «Lost», qui reculait l'intrigue de semaine en semaine pour mieux nous faire comprendre la profondeur de ses héros, a enfin compris qu'il était temps de faire avancer le schmilblick et ne s'attarde presque plus sur du vent.

Dominique Willieme

Image extraite de l'épisode 13 de la saison 5, le 100e de la série «Desperate Housewives». ABC

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