France

Une théorie du complot, même usée, fait toujours vendre du papier

Hugues Serraf, mis à jour le 31.01.2011 à 17 h 46

Les francs-maçons ont-ils mal au dos? Et combien valent-ils au mètre carré?

Loge maçonnique Regis Duvignau / Reuters

Loge maçonnique REUTERS / Regis Duvignau

Les lecteurs du Point, du Nouvel Observateur et de l'Express sont-ils encore susceptibles d'apprendre quelque chose de neuf sur les francs-maçons? Et l'enquête «exclusive» que les trois grands hebdos consacrent une fois l'an à ces comploteurs en complet-veston apporte-t-elle vraiment, dans sa version 2011, une information qui aurait pu leur échapper dans la livraison 2010?

On est en droit de se poser la question.

Après tout, les dossiers «immobilier», «salaire des cadres» ou «mal de dos» ont sans doute une certaine pertinence: le prix du mètre carré évolue sans arrêt, la rémunération des comptables et des chefs de projets est soumise aux aléas du marché du travail et les douleurs lombaires trouvent parfois de nouveaux traitements.

Mais les francs-maçons, franchement… Est-il possible que ces clubs de notaires, de pharmaciens et d'assureurs de province dont les réunions hebdomadaires sont à peu près aussi secrètes que celles de leurs confrères du Lion's ou du Rotary continuent d'exciter à ce point la curiosité du public?

Il semble bien que oui, puisqu'un marronnier qui ne donnerait pas de fruits verrait rapidement débarquer les élagueurs. Mais c'est tout de même une vraie curiosité, cette exception médiatique française. C'est que la franc-maçonnerie est, dans notre société de la défiance permanente, le vecteur de tous les fantasmes complotistes.

Ben oui, ces notables qui se retrouvent dans un local décoré comme la gare de Grand Central, échangent des poignées de mains plus compliquées qu'un «shake» de gangsta rapper et concoctent des exposés de niveau CM2 sur les grandes affaires du monde les uns pour les autres, ça inquiète forcément.

Même les juifs n'excitent pas à ce point l'imagination et ne méritent pas une telle attention des news magazines. Bon, il y a bien le B'nai B'rith, qui est un peu la maçonnerie israélite, mais c'est apparemment moins porteur même si ça donne l'impression de faire coup-double. Pour autant, n'importe qui peut devenir franc-maçon et découvrir en direct le secret des «tenues blanches fermées». Car, qu'on n'en doute pas, aller s'enfiler un mojito au carré VIP de n'importe quelle boîte de nuit parisienne est autrement plus compliqué.

C'est peut-être d'ailleurs ça, la raison d'être des dossiers franc-maçonnerie: de la publicité clandestine pour une organisation tellement mystérieuse qu'elle ne peut renouveler ses ouailles qu'en révélant régulièrement ses secrets à grand renfort de cahiers spéciaux dans la presse à grand tirage et d'affichettes promotionnelles au dos des kiosques.

Remarquez, ce serait tout de même un fameux paradoxe, cette capacité à mobiliser les plus grandes rédactions françaises tous les douze mois pour sauver un bateau en train de couler. Hum, à la réflexion, c'est tellement bizarre que ça cache forcément quelque chose. Bon, une seule solution, filer au Relay pour acheter l'Obs de cette semaine: on y promet «le grand déballage» sur les francs-maçons. Il était temps…

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