Sports

Le golf, sport le plus égalitaire du monde

Yannick Cochennec

C'est un des seuls sports où les amateurs peuvent côtoyer les champions et jouer sur les mêmes terrains qu'eux.

Olivia Prokopova, 11 ans, s'entraîne au putting à Rakovnik, en République Tchèque, REUTERS/Petr Josek Snr

Olivia Prokopova, 11 ans, s'entraîne au putting à Rakovnik, en République Tchèque, REUTERS/Petr Josek Snr

Pour un golfeur, Melbourne est un petit paradis sur terre. D’aucuns jugent qu’il s’agit même peut-être de la ville qui possède le plus grand nombre de parcours de classe mondiale sur un périmètre aussi étroit. La grande cité australienne dispose, en effet, d’un trésor appelé la Sandbelt, une région sablonneuse miraculeuse située à une demi-heure en voiture du centre-ville. Sur ce petit eldorado au sol fertile pour ce sport ont poussé des links aussi prestigieux que le Royal Melbourne, Kingston Heath, le Metropolitan, le Victoria, Huntingdale, Yarra Yarra ou Peninsula.

Chaque année, en novembre, contre une bourse estimée à trois millions de dollars australiens, Tiger Woods a pris l’habitude de venir jouer à Melbourne à l’occasion de l’Australian Masters qui se déroule alternativement sur ces parcours du Sandbelt. En 2009, il s’était imposé à Kingston Heath et l’an dernier, il avait dû se contenter d’une 4e place au Victoria. Dans quelques mois, il pourrait à nouveau rallier Melbourne s’il fait partie de l’équipe américaine de la Presidents Cup, cette autre Ryder Cup, qui oppose tous les deux ans les Etats-Unis au reste du monde en dehors de l’Europe. L’édition 2011 aura lieu, en effet, sur le West Course du Royal Melbourne, régulièrement considéré dans divers classements comme l’un des cinq plus grands golfs du monde. Tiger Woods n’a pas caché son admiration pour les links du Sandbelt dont il dit vouloir s’inspirer pour sa carrière naissante d’architecte de parcours.

S’il est plus difficile, mais pas du tout impossible, de fouler les fairways du Royal Melbourne (pour cela, il est conseillé de réserver à l’avance), il est relativement aisé, même à la dernière minute, de pouvoir jouer sur tous les autres parcours du Sandbelt. Voilà quelques jours, je me suis donc retrouvé marchant, en quelque sorte, sur les pas de Tiger Woods à Kingston Heath, privilège du reporter qui voyage loin grâce à l’Open d’Australie de tennis.

Dans les pas des champions

C’est la générosité du golf de pouvoir offrir ses terrains les plus prestigieux aux amateurs et aux stars de la balle exactement dans les mêmes conditions idéales de jeu. Pebble Beach, Bethpage, Saint-Andrews, Muirfield, Troon, Carnoustie et tant d’autres cadres historiques du Grand Chelem foulés par les plus grands noms de ce sport vous sont ainsi plus ou moins largement ouverts, monnayant un petit voyage et un green-fee dont le prix n’est pas forcément assommant.

Il est clair que vous n’aurez jamais le droit de jouer, un jour, sur le central de Melbourne Park où se déroule l’Open d’Australie. Vous n’aurez jamais non plus l’occasion de taper la balle sur le central de Wimbledon ou de Flushing Meadows. En dehors des Internationaux de France, essayez seulement, lors d’une visite du site de Roland Garros, de vouloir poser un pied sur le central de la Porte d’Auteuil et aussitôt un membre de la sécurité viendra vous en chasser sachant qu’une partie des accès au central est généralement barricadée.

N’importe quel amateur de foot aimerait bien faire un match avec ses copains au Stade de France, à Bernabeu, à Anfield Road ou au Nou Camp. Le passionné de rugby rêverait de se retrouver donnant le coup d’envoi d’une partie à l’Arms Park de Cardiff ou à Twickenham dans la banlieue de Londres. Les aficionados d’Usain Bolt seraient au nirvana s’ils pouvaient courir un petit 100m sur la piste des Jeux Olympiques de Pékin. Mais c’est évidemment mission impossible.

Certes, en dehors des compétitions, vous pourriez refaire l’étape de l’Alpe d’Huez du Tour de France ou effectuer un tour du circuit de Formule 1 de Monaco, mais vous seriez loin, au milieu du trafic routier, de bénéficier des mêmes conditions de course que les professionnels.

Egalitarisme

Le golf symbolise l’égalitarisme entre pros et amateurs d’une autre manière en proposant aux uns et aux autres de partager une même partie à l’occasion d’un pro-am (un pro et trois amateurs) ou de l’alliance, une formule qui rassemble un amateur et un professionnel et dont la particularité est que du score de l’amateur dépend en partie la place du professionnel dans le classement final des équipes. Le joueur pro joue sa propre carte afin de passer ou non le cut. L'amateur calcule son score en déduisant les points rendus selon son index (maximum 18) et du slope du parcours joué, et c'est le score en net qui est retenu. L’automne dernier, à Chambourcy, la Vivendi Cup, épreuve du circuit européen, a ainsi adopté cette formule, les professionnels jouant en alliance avec les amateurs lors des deux premières journées, et reprenant leur vie en solitaire les deux dernières. Parmi les participants, l’Irlandais Padraig Harrington et l’Américain Todd Hamilton, anciens vainqueurs dans le Grand Chelem, qu’ont donc pu côtoyer de très près des joueurs certes de bon niveau, mais qui ne pouvaient pas imaginer faire tandem un jour avec ces joueurs aux palmarès exceptionnels.

Un peu comme si dans un tournoi de tennis, Federer faisait équipe avec un joueur classé -4/6, lors d’un double qui l’opposerait à Nadal, également associé à -4/6. Quel -4/6 ne rêverait pas de taper la balle avec de telles légendes? Il serait également sympathique d’imaginer une équipe du PSG, composée en partie de professionnels et d’amateurs du dimanche, face une équipe de l’OM modelée de la même façon. Les exemples de mixité pourraient être ainsi multipliés à l’infini dans le sport, histoire de rapprocher les étoiles de toutes les disciplines et leurs fans.

Le golf, qui se démocratise financièrement avec des équipements de plus en plus abordables, est peut-être finalement le sport le plus «juste» puisqu’il est possible aussi de réussir les coups les plus improbables que ne renierait aucun professionnel. Au golf, il est imaginable, en effet, de faire mieux que Tiger Woods et consorts lors d’une sortie de bunker improbable ou d’un putt de 15m qui va directement dans le trou. Placez la balle à la même place et il n’est pas sûr que Tiger vous égalera même si sa technique sera parfaite à côté de la vôtre. A Kingston Heath, il est possible de ressentir cette sensation fugace d’avoir réalisé, avec de la chance, des coups que le meilleur joueur des dix dernières années n’aurait pas reniés en termes de résultat. Contre Nadal ou Federer, à quelques kilomètres de là, il ne faudrait même pas espérer toucher la balle.

Yannick Cochennec

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Yannick Cochennec (575 articles)
Journaliste
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