Monde

Qui est l'auteur de «O», un livre sur Obama?

Christopher Beam, mis à jour le 24.01.2011 à 19 h 50

Et si Tom Friedman, Rahm Emanuel ou Helen Thomas était l’auteur anonyme du nouveau roman sur Barack Obama?

Lors d'un sommet Inde-Etats-Unis en 2010 à Mumbai. REUTERS/Jason Reed

Lors d'un sommet Inde-Etats-Unis en 2010 à Mumbai. REUTERS/Jason Reed

La maison d’édition américaine Simon & Schuster s’apprête à publier O: A Presidential Novel, roman inspiré par l’administration actuelle et dont le héros, «O», n’est autre que l’alter ego de l’actuel Président lui-même. Puisque l’éditeur semble décidé à ne pas révéler l’identité de l’auteur, Slate a imaginé plusieurs versions du livre, en fonction des auteurs.

O, de Joe Biden

(Joe Biden est vice-président des Etats-Unis, connu pour ses gaffes) (1).

O se mit à bafouiller. Impossible de se concentrer. Lis, bon sang, se dit-il en essayant de se reprendre. Les mots semblaient danser sur la page. Le jour de son investiture, il était déjà dans les choux. Les réceptions, les briefings, les félicitations... C’était trop, même pour quelqu’un habitué à la lumière des projecteurs. Et voilà qu’il était en train de rater son premier discours.

O leva les yeux et vit sa famille. Il laissa errer son regard et tomba sur... Jack. Ah, ce bon Jack, le sauveur. Jack arborait son grand sourire chaleureux et rassurant. Soudain, comme s’il avait pu lire dans les pensées d’O, Jack lui fin un clin d’œil.

Et le miracle s’opéra. «Mes chers concitoyens», déclama O, «me voici devant vous, modeste face à la tâche qui m’incombe désormais...»

Après le discours, il s’empressa de rejoindre son vice-président. «Je n’y serais pas arrivé sans toi, Jack.»

Jack sourit. «Je sais. Il va falloir t’habituer.»

***

O, de Rahm Emanuel

(Rahm Emanuel est l’ancien chef de cabinet de Barack Obama. Il a inspiré le personnage de Josh Lyman dans la série The West Wing. Son frère Ari, a inspiré le personnage de l’agent Ari Gold dans la série Entourage.)

«Je veux être sûr de bien comprendre», dit O. «Vous l’avez menacé de lui agrafer les parties au tableau d’affichage du Sénat.»

«C’est exact, M. le Président.»

« Et il a craqué.»

«Oui, monsieur.»

«Et la réforme du système de santé peut passer.»

«Oui, monsieur.»

O réfléchit un instant. «Vous savez que je réprouve ces...»

«J’en suis conscient, monsieur. Mais je vous ai dit que j’étais partisan de la manière forte.»

«C’est vrai», répondit O en souriant. «Mais je pensais que c’était une image.»

***

O, de Thomas Friedman

(Chroniqueur vedette du New York Times, lauréat du Pulitzer, spécialisé dans les sujets de relations étrangères.)

La salle de commandement était plongée dans l’obscurité. Le général cinq étoiles Donald Patroclus était en train d’expliquer à O la nouvelle stratégie américaine en Afghanistan.

«L’Afghanistan, c’est comme un burrito», dit-il. «Quand vous mordez à un bout, il y a de la sauce au haricot qui sort à l’autre bout.»

O lui lança un regard interrogateur. «Poursuivez.»

«Nous avons donc besoin de deux choses. D’abord, il faut faire une tortilla plus solide. Avec du blé plutôt qu’avec du maïs. Ensuite, il faut envelopper le burrito en serrant bien fort. Et enfin, au cas où, il faut prévoir des serviettes. Beaucoup de serviettes.»

«Vos arguments sont convaincants», dit O.

«Mais au fond, c’est en Inde que tout se joue. Et l’Inde, c’est comme un énorme paquet de chips...»

***

O, de Christopher Buckley

(Christopher Buckley est un journaliste américain, chroniqueur notamment pour The New Yorker. Un de ses romans a été adapté au cinéma sous le titre de «Thank You for Smoking).

O claqua la porte. Il se planta fermement devant son directeur de communication, Richard Biggs.

«Ça suffit. Il faut régler cette histoire immédiatement.»

«Vous êtes certain de vouloir procéder comme ça, M. le Président?»

«Oui. Je n’ai rien à cacher. Faites parvenir le certificat de naissance à la presse.»
«Très bien, monsieur. Mais... il y a un petit problème. Nous l’avons perdu.»

O regarda longuement le tapis, qui représentait un escalier impossible semblable à un dessin d’Escher. Il se vit tombant dans cet escalier, pour l’éternité.

«Pardon?»

«Il a disparu. Il était rangé avec les photos du festival Burning Man que vous nous avez demandé de détruire...»
«Bon sang, Biggs! Je vous paie pour quoi, à votre avis?»

«Ce n’est pas vous qui me payez, monsieur. Ce sont les contribuables.»

«Taisez-vous. Je réfléchis», dit O en se tournant vers la fenêtre, plongé dans ses pensées.

«Je suis confus, monsieur. Si je peux faire quoi que ce soit...»

Le visage d’O s’illumina. «Faire... Mais bien sûr ! Biggs, vous êtes un génie. Nous allons faire un faux certificat de naissance. Diffusez-le sur Internet. On ne risque rien, n’est-ce pas?»

«Oh non, monsieur, rien du tout.»

***

O, de Helen Thomas

(Helen Thomas est longtemps restée la doyenne des journalistes accrédités à la Maison Blanche, avant d’être mise à la retraite pour avoir tenu des propos antisémites.)

O se tourna vers David Axelbaum. Axelbaum avait un réseau de contacts au sein de la classe dirigeante qu’un Américain ordinaire ne pouvait même pas imaginer. Lui seul saurait comment continuer à cacher au public ce qui devait à tout prix rester secret : les élections de 2008 faisaient partie d’une conspiration sioniste d’échelle planétaire.

«David, pouvez-vous résoudre ce problème?»

«Est-ce que le Pape est pédophile? Evidemment que je peux. Il suffit d’y mettre le prix.»

«Tout ce que vous voulez.»

«Cent pintes de sang chrétien… Non, de dollars… Cent dollars.»

«Ils sont à vous.»

***

O, de Aaron Sorkin

(Aaron Sorkin est le créateur de la série The West Wing / A la Maison Blanche, et scénariste de The Social Network.)

«Jimmy, il nous reste assez de temps pour une dernière question.»

«M. le Président, vous êtes au plus bas dans les sondages. Vous avez déçu le peuple américain?»

O réfléchit un moment, puis desserra sa cravate. Il retira sa veste et la posa sur une chaise.

«Jimmy, à mon tour de vous poser une question. Quand vous faites une émission sur Britney Spears, beaucoup de monde la regarde?»

«Des millions de gens, monsieur.»

«Des millions. Et quand vous faites une émission sur les écoles des quartiers défavorisés qui n’ont même plus assez d’argent pour acheter des manuels scolaires, vous faites combien de téléspectateurs ?»

«Quelques centaines de milliers.»

«Vous avez donc décidé de ne parler que de Britney Spears?»

«Non, monsieur.»

«Pourquoi ?»

«Parce que nous avons la responsabilité d’informer la population.»

«Exactement, Jimmy. Nous ne sommes pas un gouvernement Britney Spears. Notre objectif n’est pas de nous faire aimer de tout le monde. Nous aussi, nous avons des responsabilités vis-à-vis du peuple américain. Bien sûr, nous faisons un peu de Britney par-ci, par-là. Mais ce sont les mesures les moins populaires qui font réellement avancer les choses. Cela répond à votre question?»

«Oui, monsieur. Merci.»

O se dirigea vers la porte sous le crépitement des flashs, puis s’arrêta et se retourna. «Au fait, Jimmy, vous avez un truc dans les dents.»

***

O, de Sarah Palin

(Sarah Palin est l’ancienne co-listière républicaine de John McCain lors de la présidentielle 2008.)

«Impossible!», s’écria O. Avec un geste plein de colère, il envoya balader les dossiers et les feuilles de papier qui couvraient la grande table du Bureau ovale. De toute façon, il ne les lisait pas. Il était vert de rage. Enfin, façon de parler. «Elle m’a dépassé dans les sondages, c’est invraisemblable!»

O avait tout essayé. Il avait fait passer des lois populistes pour s’attirer les faveurs de la population. Il avait employé une rhétorique violente et haineuse pour rallier ses partisans gauchistes. Il avait même envoyé les tabloïds espionner la famille de sa redoutable adversaire. Il ne savait plus quoi faire.

Il fit glisser sa main sur le scanner caché sous son bureau. La cheminée tourna sur elle-même et révéla une véritable armurerie. Il se leva et pris son arme préférée, un fusil à lunette M-40. Un classique. Ça devrait faire l’affaire. Il avait vu l’émission de télé réalité à laquelle elle participait. Il était sûr qu’elle l’attendait. Il ne se trompait pas.

***

O, de Maureen Dowd

(Maureen Dowd est une des chroniqueuses vedettes du New York Times)

O posa le journal devant lui. Quelle emmerdeuse, pensa-t-il. Mais elle a raison, il faut que je retrouve mon groove.

***

O, de Joe Klein

(Joe Klein est un journaliste américain, auteur d’un livre sur les frasques de Bill Clinton, Primary Colors.)

«Ari, passez-moi O», aboya Biggs dans le  téléphone. Une tonalité, puis : «Ici O.»

«M. le Président, vous êtes assis?»

«Qu’y a-t-il, Biggs?»

Il inspira à fond. «Quelqu’un a écrit un livre sur votre gouvernement. Tout le monde en parle et…»

«Calmez-vous, Biggs. Expliquez-vous clairement.»

«C’est un roman. Ça parle de vous. Et tout le monde dit que…»

«Que quoi? Allez droit au but, bon sang!»

«Que ça va faire du bruit.»

«Merde.»

«Il paraît que c’est un travail audacieux, intelligent, très bien informé…»

«Qui l’a écrit? Woodward?»

«C’est ça le pire. Personne ne sait qui l’a écrit!»

«C’est vous?»

«Moi? Vous êtes fou?»

«Alors, qui est-ce? Jack?»

«Jack sait à peine lire.»

«Ari?»

«Avec son ego, il n’aurait jamais écrit un livre anonyme.»

«Biggs, laissez tomber tout le reste et trouvez qui a écrit ce livre. Ensuite, faites-moi disparaître tout ça. ce livre peut faire tomber notre gouvernement, comme Primary Colors pour Clinton.»

«Je m’en occupe, monsieur. Dieu nous vienne en aide.»

Christopher Beam

Traduit par Sylvestre Meininger

(1) Les annotations entre parenthèses sont de l’éditeur.

Christopher  Beam
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