Monde

La fin du dogme du grand Israël

Jacques Benillouche, mis à jour le 24.01.2011 à 6 h 50

Sous la pression internationale, le ministre des affaires étrangères israélien, le controversé et nationaliste Avigdor Lieberman, ouvre la porte à un Etat palestinien.

Avigdor Lieberman non loin de la ville palestinienne de Naplouse Ronen Zvulun /

Avigdor Lieberman non loin de la ville palestinienne de Naplouse Ronen Zvulun / Reuters

Une déclaration d’Avigdor Lieberman, le controversé ministre des affaires étrangères israélien, n’a pas eu l’écho qu’elle aurait dû avoir en occident. Saeb Arekat, responsable des négociations avec Israël de l'autorité israélienne n'a pas non plus semblé y accorder l'attention qu'elle mérite. Il a estimé «qu’il s’agissait d’une invention et d’une plaisanterie». L’autorité palestinienne n’a pas mesuré l’avancée fondamentale dans la réflexion nationaliste. Elle s’est bornée à la railler. Cela pourrait bien être une nouvelle occasion manquée.

Les pionniers sionistes estimaient contrairement aujourd'hui à l'autorité palestinienne qu’il fallait accepter toute proposition concrète, quitte ensuite à l’étendre par la négociation. Lorsque la commission Peel avait recommandé en 1937 la création d’un Etat juif dont la taille représentait 15% de l’espace bordé par les frontières de 1947, 3.200 kilomètres carrées au lieu de 20.770 kilomètres carrés, Ben Gourion était prêt à accepter contre l’avis de ses collaborateurs: «un petit Etat vaut mieux que pas d’Etat du tout». Il avait cherché à les convaincre que «nous avons l'occasion que nous n'avons jamais osé rêver dans nos rêves les plus fous. C'est plus qu'un Etat, le gouvernement et la souveraineté, c'est une consolidation nationale dans une société libre.» Visionnaire dans sa façon d’être pragmatique, il avait combattu l’opposition de ses amis et en particulier celle de sa protégée, Golda Meir, qui trouvait que «l'Etat juif proposé ne correspondait pas à mon idée d'un foyer national pour le peuple juif. Il était bien trop petit et étriqué.» L’attitude du chef travailliste de l’époque, Ben Gourion, se voulait empreinte de realpolitik.

Les palestiniens n’ont pas vu l’évolution d’Avigdor Lieberman, le nationaliste pur et dur, qui a exposé des propositions que ne désavoueraient pas la gauche. Il se justifie en qualifiant son appartenance à la «droite rationaliste, qui estime que l’idéal sioniste n’est plus aujourd’hui accessible dans son intégralité mais qui sait quelles sont les intentions réelles des palestiniens et veut agir en conséquence sans se bercer d’illusions». L’expérience l’a convaincu de choisir le réalisme plutôt que les rêves insensés.

Sa déclaration n’a pas été faite en catimini mais dans une interview au quotidien de gauche «Haaretz» dans laquelle il détaille sa stratégie: «pour faire baisser la pression internationale sur Israël et empêcher des décisions unilatérales, il faut impérativement transférer, au moins partiellement, le poids de la preuve de bonne foi sur les palestiniens en leur proposant un plan sur lequel ils devront se positionner. A eux de l’accepter et montrer leur volonté de paix, ou le refuser et être rendus responsables de l’échec du processus».

Cession de 50% de la Cisjordanie

Le plan de Lieberman est aux antipodes des plans précédents déjà proposés. Le premier ministre Ehud Olmert avait accepté d’évacuer 93% de la Cisjordanie  tandis que Barack Obama avait fixé, dans son plan de paix secret, le chiffre de 96%.  Le ministre des affaires étrangères est très éloigné de ces chiffres puisqu’il est prêt à concéder une continuité territoriale avec environ 50% de la Cisjordanie.

Le problème du pourcentage est à analyser de manière secondaire dans cette déclaration car Avigdor Lieberman a taillé en pièces le sacro-saint principe du grand Israël défendu par les nationalistes et auquel s’accrochaient tous les nostalgiques du rêve messianique. Comme dans les négociations dans les souks, très prisées dans la région, on part toujours d’un chiffre irréalisable pour atteindre celui auquel on estime que le vendeur et l’acheteur feront une bonne affaire. Tout est dans la volonté de dialogue. Les palestiniens devaient mettre au pied du mur les nationalistes israéliens en se rendant aux négociations pour prouver leur bonne volonté aux yeux des occidentaux et trouver, peut-être, un accord final et définitif. Le recul qui vient d’être signifié au grand jour par les tenants des implantations prouve qu’il peut y avoir un point de départ pour contraindre les deux parties à s’asseoir à la même table.

Jacques Benillouche

Photo: Avigdor Lieberman non loin de la ville palestinienne de Naplouse Ronen Zvulun / Reuters

 

 

 

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