France

Fémur retrouvé à Pau: comment la police recolle-t-elle les morceaux?

Margherita Nasi, mis à jour le 28.06.2011 à 10 h 44

Et y a-t-il des parties du corps plus faciles à identifier que d’autres?

Découverte d'une statue romaine, dans le port antique d'Ashkelon, en Israël, déc

Découverte d'une statue romaine, dans le port antique d'Ashkelon, en Israël, décembre 2010. REUTERS/Amir Cohen

A Pau, dans les Pyrénées-Atlantiques, un SDF a retrouvé un fémur humain, nous apprend Sud-Ouest. Le procureur s'est pour l'instant refusé à tout commentaire, mais le site d'informations régionales rappelle que cette découverte «intervient dans le contexte particulier du mystère de la volatilisation, depuis le 4 juin, du jeune Alexandre Junca, 13 ans et demi. Il s'agit de l'une des deux disparitions non élucidées dans le Béarn ces derniers mois avec celle d'Anouar Zehti, un jeune Orthézien dont on est sans nouvelles depuis le 12 septembre 2010». La police scientifique de Toulouse doit procéder aux premières analyses.

A qui appartient le fémur?

Quand on tombe sur une partie du corps humain, quels sont les moyens pour identifier à qui elle appartient? Y a-t-il des parties du corps plus faciles à identifier que d’autres?

La méthode la plus répandue est celle de l’analyse de l’ADN, puisqu’elle peut se faire à partir de n’importe quelle partie du corps humain. En plus, l’ADN bénéficie, sauf en cas de dégradation, d’une longévité impressionnante. Ainsi, on a pu récupérer l’ADN des momies, ou encore celui de l’homme de Néandertal.

Mais l’ADN peut s’endommager (la polémique autour de l’authentification de la tête d’Henri IV en témoigne). Ainsi, quand on effectue des prélèvements, il faut prendre des précautions pour ne pas le contaminer avec son propre ADN. L’empreinte génétique étant aussi sensible à l’humidité, il faut faire attention lors de la conservation des prélèvements. Une fois l’ADN isolé, on le confronte à celui des proches des personnes récemment disparues.

Ensuite, en fonction de la partie du corps sur laquelle on tombe, on peut procéder à d’autres types d’identification.

Si on tombe sur une main, on peut se servir des empreintes digitales. Il s’agit là aussi d’une technique d’identification comparative, considérée comme particulièrement efficace: il suffit de rapprocher l’empreinte à celle des personnes récemment disparues pour voir si elle correspond à une d’entre elles. Le problème, c’est qu’il faut que l’empreinte digitale de la personne en question soit dans la base de données, or ce n’est pas toujours le cas.

Si on tombe sur une tête, on pourra procéder à la reconstruction ou à la restauration crânio-faciale, qui permet de réaliser un portrait de la personne disparue. Mais cette méthode ne s’avère pas particulièrement efficace: les résultats donnent environ 50 % de chances d'identification. La tête a un d’autres avantages: les dents. Chaque personne a une conformité particulière de dents: à partir de leur analyse, et d’une comparaison avec la fiche dentaire du «patient», on peut donc certifier si les dents sont celles de la personne en question ou pas.

On pourrait sinon imaginer qu'il existe, sur la partie du corps retrouvée, des éléments de pathologie, des séquelles traumatiques et/ou chirurgicales, du matériel d'ostéosynthèse. Il suffit alors de comparer ces éléments avec le dossier médical des personnes disparues, pour retrouver le propriétaire du membre en question. Dans ce sens, les prothèses sont un adjuvant: en comparant la prothèse avec les dossiers médicaux des personnes disparues, les enquêteurs peuvent remonter à son propriétaire.

Et en parlant d’éléments extérieurs au corps humain, il ne faut pas oublier les bijoux. Ce sont eux qui permettent souvent de remonter à leur propriétaire, même si les enquêteurs font preuve de prudence, puisque les bijoux peuvent aussi avoir été tout simplement ajoutés.

Enfin, reste le contexte de la découverte, qui peut aider à faire avancer les enquêtes. Par exemple, le 17 janvier, un avant-bras et une main étaient retrouvés à Verdun-sur-Garonne, à proximité d’un cimetière. Que les gendarmes ont visité. Comme aucune tombe ne présentait de signes de fouilles, ils en ont conclu que les dépouilles ne provenaient pas de là. La dépouille était celle d'un retraité qui s'était suicidé

Margherita Nasi

L’explication remercie Jean-Paul Bareigts, commandant de la compagnie de gendarmerie de Montauban, et Jean Pol Beauthier, médecin légiste et expert judiciaire, chargé de cours à la Haute École Charleroi Europe et à l'École Régionale et Intercommunale de Police de Bruxelles, et maître de conférences à l'Université libre de Bruxelles, laboratoire de médecine légale.

[Article mis à jour le 28 juin 2011: l'article se penchait initialement sur le cas des dépouilles de Verdun-sur-Garonne, il a été mis à jour le 28 juin 2011 à la suite de la découverte d'un fémur à Pau]

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