Economie

L’Europe n’est pas si mauvaise pour créer des emplois

Eric Le Boucher, mis à jour le 26.01.2011 à 10 h 03

Vieillissement, croissance molle, gouvernance paralysante… Le Vieux continent, jugé par les marchés financiers, paraît en déclin. Pourtant, l’Union européenne a vu sa population active croître aussi fortement que celle des Etats-Unis.

Une femme travaillant à l'usine Volvo de Göteborg, Suède. REUTERS/Bob Strong

Une femme travaillant à l'usine Volvo de Göteborg (Suède). REUTERS/Bob Strong

Depuis un an, l'Europe est attaquée par les marchés financiers. La découverte des gigantesques et jusque-là camouflés déficits en Grèce, puis, dans la foulée, les chiffres du Portugal, de l'Irlande et de l'Espagne, les font douter que ces pays puissent rembourser leurs dettes aggravées par la crise. Malgré les plans de rigueur engagés par leurs gouvernements et à cause de la difficulté de faire admettre cette austérité aux peuples, les marchés craignent que ces pays soient contraints de «faire défaut» sur tout ou partie de leurs emprunts.

Le contexte est mauvais. L'Europe est vue depuis les salles de traders comme le Vieux continent, incapable d'imposer des réformes structurelles fortes, handicapée par les coûts de son modèle social, alourdie par un chômage persistant et par un vieillissement qui s'accélère. Bref, quand l'Asie émerge, quand l'Amérique latine se réveille et que les Etats-Unis parviennent à se maintenir grâce à la flexibilité de leur marché du travail et à l'ingéniosité de la Silicon Valley, l'Europe apparaît comme la perdante de la mondialisation. Elle décroche et son déclin semble irrémédiable.

Une Union paralysante

Cette vision négative des investisseurs n'est pas complètement fausse. L'Union européenne, qui a réagi si lentement et de façon si compliquée à la crise des dettes, a donné des verges pour se faire battre. Sa gouvernance à 27 est paralysante et tout simplement incompréhensible. Elle souffre d'une croissance molle et manque singulièrement de dynamisme. On lui prédit une croissance de moyen terme, dite «potentielle», réduite à 1,5% ou 1,8 % par an.

Pourtant, un chiffre vient contredire les Cassandre. La croissance globale a été supérieure aux Etats-Unis, dont la population a crû de 1,1% par an contre 0,4% dans l'Union européenne. Mais, à rebours de toutes ces perceptions noires, l'Europe est parvenue à une croissance «par tête» aussi forte que l'américaine. L'Union (à 15) a créé 23,9 millions d'emplois entre 1995 et 2008, dont 8,7 millions par accroissement de sa population, contre seulement 20 millions pour les Etats-Unis, dont 18,8 millions par accroissement de leur population. Sur la période, l'Union a accru de 12 points la proportion de la population qui a un emploi et a abaissé de 5 points le taux de chômage.

Un marché du travail plus efficace qu'imaginé

Ces chiffres peu connus, tirés d'une étude du McKinsey Global Institute, devraient redonner un peu de moral. L'Europe a su, finalement, réaliser bon nombre de réformes et son marché du travail est loin d'être aussi inefficace que le pensent trop vite les jeunes traders.

En outre, d'autres critères soulignent une «qualité de vie» meilleure (bien qu'il y ait débat sur ce que cela signifie) en Europe qu'aux Etats-Unis: une espérance de vie de trois ans supérieure et des inégalités inférieures. Ces bonnes performances européennes viennent surtout des pays du nord, Scandinavie et aussi Grande-Bretagne, tandis que les pays latins sont en retrait. La France, dans ce panorama, s'inscrit dans la moyenne «continentale» mais avec peine: elle a su développer le travail féminin, mais elle a échoué sur le travail des seniors et des jeunes et le développement de ses services a été insuffisant pour compenser la chute rapide de ses emplois industriels.

Un avenir cependant mal assuré

L'Europe dans son ensemble n'a pas à rougir de ces quinze dernières années. Pour autant, l'avenir est mal assuré. Les défis sont devant: les dettes, le vieillissement et l'accélération de la compétition mondiale. Si elle veut créer autant d'emplois demain, l'Europe va devoir combler son retard de productivité de 30% par rapport aux Etats-Unis, souligne McKinsey.

L'industrie européenne est au niveau. La différence réside dans les services, encore archaïques, trop peu créateurs d'emplois. Il faudra accélérer les réformes dans le commerce, la distribution, les hôtels et restaurants, les services publics, les services à la personne.... Accroître le travail des seniors devrait être la seconde priorité des gouvernements.

Enfin, le relèvement de la croissance passe par l'encouragement de l'innovation. L'Europe a perdu pied dans l'électronique, elle doit rapidement changer son mode de fonctionnement pour ne pas manquer les révolutions des nanotechnologies et biotechnologies. 

Eric Le Boucher

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Cofondateur de Slate.fr
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