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L'Europe préserve ses intérêts

Jean-Claude Casanova, mis à jour le 07.04.2009 à 6 h 40

L'Union européenne poursuivra sa politique de relance à son rythme et pourra mieux réglementer son secteur financier.

La photographie officielle du G20  Dylan Martinez / Reuters

La photographie officielle du G20 Dylan Martinez / Reuters

L'Europe représente 36% de la production mondiale (Produit intérieur brut (PIB) calculé sur la base des taux de change courants, source Rexecode du 1er avril 2009). La zone euro, avec 22%, fait à peu prés poids égal avec les Etats-Unis qui produisent moins de 25%. L'ensemble Europe-Etats-Unis, l'Occident atlantique comme on dit, représente 61% de la production mondiale. La Chine ne fait encore que 6,5% ; il ne faut donc pas se hâter en parlant de bouleversement de la situation mondiale à l'issue de ce G20.

Le vrai changement est que la Chine depuis dix ans a connu un taux de croissance quatre fois supérieur à celui de l'Occident et que la croissance de ses exportations, le taux de change artificiel de sa monnaie et sa balance commerciale excédentaire lui donnent environ 1 600 milliards de dollars de réserves de change, alors que l'Europe de la zone euro ne dispose que de 180 milliards, avec une monnaie librement appréciée sur les marchés et essentiellement grâce à la capacité exportatrice mondiale de l'Allemagne.

Ajoutons un autre déséquilibre fondamental : les Etats-Unis n'ont pas besoin de réserves de change, malgré le déficit faramineux de leur balance des paiements (moins 664 milliards de dollars en 2008), puisque les pays émergents sont heureux d'exporter vers eux et de conserver des créances en dollars  mal rémunérées s'il s'agit de bons du trésor et fortement dépréciées si elles ont été placées en titres avant la crise. On disait autrefois que l'Amérique avait pour fonction de transformer des créances liquides en confortables instruments financiers. Elle les transforme aujourd'hui en instruments inconfortables. Dans le vaudeville on parle de maris trompés mais heureux, c'est la situation des Chinois, des Saoudiens et de quelques autres.

Les Européens n'ont pas de meilleures raisons d'être satisfaits. Ils sont victimes d'une crise dont les deux causes principales, à l'origine, sont le déséquilibre global entre les Etats-Unis et le monde émergent, déséquilibre qui vient de ce que l'Amérique s'est trop endettée, et le dérèglement  des marchés financiers à New-York et à Londres facilité par une absence fautive de réglementation dans ces pays.

A l'issue du G20 tout le monde néanmoins paraissaient heureux. En invoquant les précédents historiques on a chuchoté que c'était mieux que la conférence de 1933. On se rassure comme on peut. Les gouvernements seraient devenus plus sages après trois quarts de siècle. Les dirigeants politiques comme les artistes de variétés témoignent d'une satisfaction intense face aux photographes. Leur sourire n'est qu'une façade. Ils sont incertains de l'avenir. Car ils ne savent pas combien de temps durera la récession.

Que pouvaient légitimement penser les Européens, satisfaction médiatique mise à part ?

D'abord que les mesures principales prises par le G20 sont conformes à leurs intérêts. Elles concernent  avant tout l'accroissement des ressources du FMI (Fonds monétaire international) et l'aide qu'il devra apporter aux pays en difficulté. On n'impose pas aux pays européens d'augmenter dans l'immédiat leurs déficits publics pour faciliter la reprise. On les laisse juge de l'avenir. En revanche le FMI interviendra en Europe orientale, en Asie mineure ou ailleurs, dans des pays qui connaissent des difficultés. Il contribuera ainsi à soutenir la demande mondiale en même temps qu'il permettra à ces économies de ne pas sombrer.

Par ailleurs toutes les institutions internationales, la Banque mondiale, L'OMC soutiendront avec le FMI, le commerce international et favoriseront l'aboutissement des accords de Doha. Ils favoriseront aussi la libre circulation des capitaux. Comme l'Europe est la principale puissance commerciale du monde et qu'elle est exportatrice de services, les Européens ne peuvent que se réjouir de cette orientation libre échangiste favorable aux échanges internationaux qui contribuera aussi à contenir les velléités de protection qui pourraient apparaitre aux Etats-Unis, en Europe et ailleurs.

En ce qui concerne la régulation financière, que très légitimement les Européens réclament après les errements anglo-saxons, le G20  préconise l'adoption rapide de nouvelles règles. Le conseil de stabilisation financière qu'il crée ne sera pas une instance mondiale de réglementation et de contrôle du secteur financier, pas plus que ne l'est ou ne le deviendra le FMI. Mais ce sera un organisme de veille et de concertation dans lequel il est bon d'inclure, aux cotés de l'Occident des pays créanciers comme la Russie, la Chine, la Corée et  l'Arabie saoudite ou débiteurs comme  la Turquie.

On peut donc dire que, sur ces deux points centraux, les décisions du G20 sont conformes aux intérêts de l'Europe et ne menacent pas son autonomie de décision. L'Europe poursuivra sa politique de relance à son rythme (en essayant d'obéir aux nécessités de la conjoncture et de préserver l'avenir de sa monnaie et de ses finances publiques) et la voie est libre pour qu'elle organise la réglementation de son secteur financier.

Sur ce point le rapport Larosière a clairement ouvert le chemin d'une réglementation européenne. Les pays européens, s'ils suivent ces recommandations, renforceront, en se coordonnant, leur régulation et créeront un collège des superviseurs nationaux qui pourra réduire les divergences qui apparaitront au sein de l'Union européenne. En ce sens, le rapport Larosière va plus loin à l'échelle de l'Europe que le G20 n'est allé à son échelle mondiale.

Il préconise aussi une surveillance globale exercé par la BCE (Banque centrale européenne) à laquelle se joindront les autres gouverneurs européens des banques centrales. Cet organe européen de surveillance veillera aux risques systémiques qui de l'intérieur ou de l'extérieur peuvent menacer la stabilité financière. Il reste à espérer si le rapport Larosière est rapidement appliqué que la réglementation financière européenne influence Londres dans un sens qui mette le monde à l'abri des turbulences financières dont nous faisons encore l'amère expérience.

Si l'on combine la perspective tirée du G 20 et les recommandations, plus précises et plus opératoires pour l'Europe, du comité Larosière on voit se profiler les axes de la politique européenne. Réglementer vite notre système financier et par là inciter fortement les Etats-Unis à réglementer le leur. Contribuer de façon autonome et coordonnée à la relance mondiale et au développement des échanges.

L'Europe, par l'exemple qu'elle peut donner et par l'influence qu'elle peut exercer doit aussi rappeler que les déficits excessif des balances des paiements, comme celui des Etats-Unis, et des interventions pour maintenir bas des taux de change, comme celui de la Chine,  contribueront dans l'avenir, comme ils l'ont fait dans le passé, au mauvais fonctionnement de l'économie mondiale.
Jean-Claude Casanova

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