Monde

La technologie des missiles iraniens est dépassée

Jacques Benillouche, mis à jour le 28.09.2009 à 14 h 44

Le carburant liquide des engins iraniens les rend plus facilement détectables que s'il s'agissait de carburant solide.

Missile sol-sol iranien de technologie nord coréenne lancé d'une zone inconnue  Fars News / Reuters

Missile sol-sol iranien de technologie nord coréenne lancé d'une zone inconnue Fars News / Reuters

Téhéran a annoncé avoir procédé à de nouveaux tirs de missiles lundi 28 septembre. «Les forces armées iraniennes ont réalisé avec succès un tir de missile Shahab-3, ayant une portée de 2 000 kilomètres, donc capables d'atteindre Israël, dans le cadre d'un exercice», annonce Press-TV. La télévision iranienne a montré les images du lancement du missile, tiré d'une région semi-désertique.

Cet exercice intervient quelques heures après que les Gardiens de la révolution, l'armée idéologique du régime iranien, aient effectué des tirs de missiles à courte et moyenne portée à l'occasiond'exercices militaires appelés «Grand prophète 4». Avec ces tests de missiles iraniens, nous republions un article de notre correspondant en Israël qui mettait l'accent sur la technologie ancienne de ses missiles.

Israël s'intéresse de très près aux progrès techniques de la Corée du nord dans le domaine des missiles dans la mesure où ce pays collabore étroitement avec l'Iran et la Syrie et est le pourvoyeur des fusées utilisées dans leurs essais. L'Etat Juif n'a montré, jusqu'à présent, que peu de signes tangibles d'inquiétude devant cet armement offensif balistique mis à la disposition de ses ennemis. Quand il juge dangereux l'état d'avancement des travaux, il s'estime contraint de procéder à des frappes préventives comme celle du 6 septembre 2007 durant laquelle une base de missiles syro-iranienne financée par l'Iran a été bombardée au nord de la Syrie. Seules les capacités nucléaires de l'Iran sont dans le collimateur de Tsahal.

Ce désintéressement apparent pour les fusées d'Ahmadinejad fournies par la Corée n'est lié qu'à des contingences strictement techniques. En effet les fusées utilisent deux types de moteurs, à ergol solide ou liquide. L'ergol, en aéronautique, désigne le produit employé seul ou en association avec une autre substance pour brûler et fournir de l'énergie lors de la mise à feu de la fusée.

L'Iran a testé en vol, dès 1998, le Shahab-3 dérivé du missile nord-coréen No Dong capable de transporter une ogive de 1158 kg sur 1930 kms, distance suffisante pour atteindre bien sûr Israël. Cette fusée utilise un carburant liquide nécessitant un comburant ou combustible pour s'enflammer. Les deux produits sont stockés dans des réservoirs distincts dont la proximité présente de très grands risques d'accident, par exemple l'explosion de la navette spatiale Challenger en 1986. Il est donc rigoureusement indispensable, pour minimiser ces risques, de ne pas préparer à l'avance le chargement du combustible.

L'envoi de ce type de fusée implique par conséquent de la sortir de son silo longtemps à l'avance, de la placer sur une aire de lancement pour procéder au remplissage des deux réservoirs durant plusieurs heures. Ce délai est suffisant à l'armée israélienne pour détecter la menace avec ses radars et ses satellites d'observation, et pour détruire le cas échéant la fusée avant qu'elle n'ait pu engager sa mission d'attaque. Ces restrictions techniques rassurent ainsi la défense israélienne et lui donnent une capacité de réaction vitale pour le pays.

Il n'en est pas de même pour les moteurs solides où le combustible et le comburant sont directement associés dans une sorte de pâte, le propergol. Ces types de fusées sont alors plus efficaces, sinon inquiétantes, puisqu'elles peuvent être camouflées prêtes à l'emploi et ne sont détectables seulement qu'au moment de leur lancement. Les informations détenues par le Mossad attestent que les Coréens, et par conséquence les Iraniens, ne disposaient pas encore de cet armement à l'état opérationnel.

La situation semblait avoir changé puisque l'Iran a annoncé le 28 novembre 2007 la fabrication d'un nouveau missile «Achoura» à propulsion solide d'une portée de 2000 kms. Aucun test effectif n'est venu confirmer la disponibilité et l'existence de cette nouvelle arme qui nécessiterait alors une capacité de réaction plus courte de la part de l'aviation israélienne en cas d'agression. Bluff ou réalité ? Liquide ou solide ? Cette nouvelle donne, non confirmée, risque toutefois de changer le cours stratégique de la défense israélienne car l'Achoura, couplée avec une ogive nucléaire, serait considérée alors comme un casus belli par Israël.

Mais le dernier tir de la Corée du Nord rassure paradoxalement car le Taepodong-2, à combustible liquide, prouve que la technologie maîtrisée par Pyongyang reste encore ancienne ce qui explique d'ailleurs la réaction très mesurée du Japon qui avait pourtant menacé de détruire en vol la fusée coréenne. Ces tirs expérimentaux entrent dans le cadre de la politique de gesticulation ; une «provocation», comme l'a définie Barack Obama, qui permet à la Corée d'occuper régulièrement le devant de la scène et surtout, d'élever d'un cran la barre des négociations avec les Etats-Unis.

Jacques Benillouche

Lire également: Pourquoi Israël attaquera l'Iran, Surprise, l'Iran ment! et Les risques d'une attaque israélienne contre l'Iran.
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