Au congrès du FN, Le Pen, Aragon, Orwell, Ron Hubbard et un taux élevé de cholestérol
Choses vues et entendues alors que se prépare la succession à la tête du parti d'extrême droite.
- Au congrès de Tours, le 15 janvier 2011. REUTERS/Stephane Mahe -
TOURS, ENVOYEE SPECIALE - Première journée du Congrès.
Un congrès du Front national, même avec la meilleure volonté du monde et en ayant avalé toute la déontologie du pays, on n’y va pas complètement vierge et pure de tout a priori. Autant être honnête et assumer quelques préjugés pour voir s’ils vont se vérifier. Je m’attends à y voir quoi?
Des drapeaux français, un stand de merchandising proposant des objets douteux, des vieilles en tailleurs et foulards Hermès, quelques jeunes la tête rasée, un Jean-Marie Le Pen goguenard, de la mauvaise musique, des militants pas très sympas, une Marine Le Pen qui va jouer une petite note d’émotion en début de discours, des flammes en tissus qui se gonflent au moment des discours.
Y a-t-il un suspens quelconque dans ce congrès? Certes, c’est un congrès important qui marque un changement notable pour le parti. Pour autant, on se doute tous que Marine Le Pen va prendre la tête du parti. Mais il y a une vague interrogation sur ce que fera Bruno Gollnisch. Soit il accepte la victoire de Marine Le Pen et c’est un FN unifié qui se présente à la présidentielle, soit il claque la porte et emporte avec lui la fraction la plus extrémiste du parti, fraction dont le FN a encore besoin pour les élections. On peut parier.
Que fera Gollnisch dimanche?
Je mise sur une entente. Bruno Gollnisch restera au Front, malgré la pression des groupuscules d’extrême droite qui ne veulent pas apporter leur soutien à une Marine Le Pen trop light (oui, visiblement, il y a des gens pour qui Marine Le Pen est trop soft). A priori, on aura des indices sur la position de Bruno Gollnisch lors de son discours du dimanche à 10h30. (Officiellement, sur le programme, c’est écrit discours du candidat arrivé en second…)
Ce samedi matin, j’arrive au Palais des congrès de Tours et 12 minutes plus tard, j’ai quasi fini de remplir ma grille de bingo. Je m’approche d’une petite dame avec un foulard Hermès en train de deviser. «Avant, je donnais de l’argent à Chirac et puis j’ai arrêté. En 2000. Maintenant je soutiens Le Pen parce que c’est le seul qui dit non à la chute de la France. C’est le seul, n’est-ce pas?» On est trois benêts à lui sourire sans prononcer un mot. «Franchement, il est LE seul. Il n’y en a pas d’autre, hein?» Je crois qu’elle attend qu’on approuve. En définitive, les militants du FN sont plutôt sympas avec les journalistes. L’ambiance a l’air bonne. Les frontistes se font des blagues entre eux, se saluent chaleureusement. Quant à la composition de l’assemblée, on dira pudiquement de la moyenne d’âge qu’elle est légèrement supérieure à 50 ans.

Je traîne dans le hall et brusquement je réalise que ce qui menace le plus sérieusement le Front national, ce ne sont pas les querelles internes. Non, le vrai danger qui ronge le Front de l’intérieur, qui le gangrène, c’est le cholestérol. Plus je regarde autour de moi, plus je nourris une très forte inquiétude quant au taux de cholestérol des participants. Je pense que si on collecte tout le cholestérol du Palais, on peut… bon je sais pas trop ce qu’on peut faire avec du cholestérol… peut-être nourrir des bactéries.
Les journalistes autour des Le Pen

Entendu d’un militant: «Regarde-les… Avant ils nous crachaient dessus, maintenant ils sont comme des insectes.»
11h30 début des discours. Bilan de l’état du parti

Sur cette photo, saurez-vous reconnaître les pieds du leader de ceux du trésorier?
Le trésorier, celui avec les pieds rentrés donc, expose l’état de dénuement du parti. Les pertes cumulées étaient de plus de 7 millions d’euros en 2007 (à cause de la catastrophe des législatives donc de Nicolas Sarkozy); en 2008: 2 millions; et en 2009: 863 000 euros. Le paquebot, le siège du parti, n’a pas encore été vendu. Heureusement, le trésorier nous explique que «le trésor du Front National, ce n’est pas son compte en banque mais le Front national lui-même» et donc qu’il faut «le chérir». Dès que le nom de Le Pen est prononcé, père ou fille, c’est l’hystérie dans la salle.
Arrive le moment où le trésorier fait LA gaffe, je pense qu’il en tremble encore ce samedi soir: «Quelle aurait été la vie de la France ces 25 dernières années sans Marine… heu… Jean-Marie Le Pen?»
Entendu en sortant de la salle, par un type débonnaire avec un gros problème de cholestérol: «En Algérie, j’ai tué des arabes qui m’avaient rien fait, en France je pourrais bien en tuer qui m’ont emmerdé.»
15h - Séance de travail sur les cantonales
Ouvertement présentées comme un moyen de renforcer l’appareil militant pour préparer la présidentielle et les législatives qui suivent. Il est recommandé aux candidats de rencontrer leurs maires parce que cela servira au moment d’obtenir les 500 signatures pour se présenter à la présidentielle.
Entendu: «Vous imaginez un petit Tunisien qui s’immolerait par le feu en France? C’est toutes les banlieues qui explosent.» Je n’ai pas le courage de demander si le terme «petit Tunisien» désigne simplement un arabe de banlieue ou un ressortant de Tunisie.
16h - Le grand moment de la journée: le discours d’adieu de Jean-Marie Le Pen, président sortant

Jean-Marie Le Pen et un ventilateur
Un discours incroyablement bien écrit et innervé de références littéraires plutôt inattendues: Platon, Valéry, Orwell, Hobbes, Aragon. C’est un demi-siècle de l’histoire de la France qui défile. Evidemment, on y retrouve aussi tous les poncifs lepénistes. «Nous ne sommes de droite que par droiture.» «L’œuvre civilisatrice que fut la colonisation se résume dans les manuels d’histoire d’aujourd’hui à l’oppression.» L’Islam est «une religion conquérante qui veut, à terme, imposer la charia». «Mise à mort de notre civilisation», «pleureuses médiatiques», «clercs de la bien-pensance»...
Jean-Marie Le Pen revient également sans gêne sur ses anciens dérapages (d’ailleurs, il dit que «le dérapage, c’est ne pas aller dans le droit chemin»; il a décidément le sens de la formule séduisante et absurde). Il évoque le «détail de l’histoire», le «Durafour crématoire» autant de propos qui, selon lui, ont été détournés pour le condamner parce qu’il refusait de se soumettre à la «police de la pensée».
Au sujet de leur tract censuré : «Ceux qui nous gouvernent sont plus choqués de voir une femme en burqa en dessin que dans la rue.»

Il finira sur un tonitruant «Patriotes de tous les pays, unissez-vous», formule qui, loin de choquer le public par son ineptie totale, met le feu à la salle.
FN=Eglise de scientologie
Au terme d’une journée de discours frontistes, j’ai la même sensation qu’avec l’Eglise de scientologie. C’est le principe d’une vision du monde renversée par rapport à d’habitude. A priori, on considère plutôt les scientologues comme de vilains individus. Mais selon eux et leur théorie de science-fiction, la plupart d’entre nous sommes en réalité noyautés par des corps d’aliens, envoyés sur terre par Xenu, le dictateur de la fédération galactique, il y a 75 millions d’années.
De même, pour les frontistes, le FN est le seul parti réellement républicain. On peut me répondre que tout cela c’est de la rhétorique démagogique, que ni Le Pen ni Hubbard n’y croient mais, et c’est l’avantage d’assister à ce congrès, pour les adhérents, c’est perçu comme une réalité. Ils vivent dans une dictature depuis des dizaines d’années, une dictature UMPS qui prétend être un régime démocratique mais, qui en réalité, conspire à la décadence de la France. Ils se perçoivent réellement comme des résistants qui luttent pour sauver l’idéal républicain.
Pendant ce temps, à deux cent mètres, des jeunes ont organisé une manif anti-FN.

J’assiste à quelques arrestations. J’entends un CRS dire dans son talkie «Rebelle? Raton laveur». Un autre CRS me fait une bonne blague sur la taille de son phallus proportionnellement à mon appareil photo et puis demande: «Vous travaillez pour qui?» Il ne connaît pas Slate. On lui demande en rigolant: «Et toi? Tu bosses pour qui?» Il répond, l’air dégoûté: «Sarkozy.com». Ah…

CRS qui en a marre
Bilan de la journée: c’est la fin d’une époque pour le Front national. D’ailleurs, Roger Holeindre, l’un des fondateurs du FN, a annoncé samedi qu’il quittait un parti qui ne représentait plus ses idées. Dimanche, discours de Bruno Gollnisch et Marine Le Pen, tournés vers l’avenir, vers autre chose. Malgré quelques larmes dans le public à la fin du discours d’adieu du président sortant, j’ai l’impression que les frontistes ont plutôt hâte. Marine Le Pen, qu’on disait mal vue par les militants, a plutôt l’air de susciter l’enthousiasme, la ferveur et un espoir très précis, sensible dans tous les discours: celui de prendre le pouvoir. Gouverner enfin la France.

Les journalistes tournant le dos à Jean-Marie Le Pen
Texte et photos: Titiou Lecoq, envoyée spéciale à Tours
(Pour suivre la seconde journée du congrès, c'est par là)
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Une sélection de nos articles sur le FN, Marine et Jean-Marie Le Pen…
- Marine Le Pen à l’heure du Tea Party [Vendredi 14 janvier 2011]
- Portrait robot des adhérents du FN [Jeudi 13 janvier 2011]
- Si Marine Le Pen était élue… [Lundi 10 janvier 2011]
- Marine Le Pen, la Front tireuse [Le 9 décembre 2010]
Mis à jour le 04/03/2011 à 18h43













































Après, c'est sur que se taper toute une journée de discours frontistes, ça doit tout de même donner mal à la tête alors, cette façon de commenter les choses est plus compréhensible, je suppose.
>> Ah bon ? Vous devez sacrément lire la presse, pour être à ce point calé sur la déontologie de la profession.
Vous n'aviez sans doute rien d'autre à dire, ce qui m'inquiète. Un clin d'oeil à l'intention des bien-pendants, avec la blague du CRS...et "sarkozy.com" et là on est dans le cliché BOBO sur la droite, la police et le FN, cliché un déjà un peu passé. Déjà anachroniques votre papier et son style.
Vous croyez pourfendre le FN de cette façon, mais vous n'êtes finalement qu'un de ceux qui en le dénonçant en font la promo par l'expression de poncifs, de clichés, de déjà-lu !
Des gens de votre niveau vont nous mettre Marine Lepen au deuxième tour ! Vous serez responsable de cette honte nationale !
L'équation FN=scientologie résume bien la conception du journalisme que possède visiblement le rédacteur de cet article : pour lui, journalisme = prendre ses désirs pour des réalités.
(je viens d'inventer l'auto-spamm en commentaire)
Lors de leurs débuts, le monde riait au nez des Hitlériens dans leurs uniformes absurdes, leurs bras levés, leurs défilés sans fin et même les gros ventres (on ne parlait pas de cholestérol à l’époque) des Röhm et des Goering. On connaît la suite.
Aujourd’hui plutôt que d’ironiser sur la version française de ce type de mouvement nous ferons mieux :
1. De décrire sans ambages ce que c’est représente réellement le FN 2. D’examiner les causes de son réapparition dans notre société
3. Trouver la parade
Il faut appeler un chat un chat et j’espère que slate.fr aura le courage de me le laisser dire. Le mouvement FN est un mouvement fascisant – raciste, autoritaire, caporaliste et anti-démocratique.
Sous un torrent de bons sentiments patriotiques et même religieux, il prône l’exclusion et la haine de l’étranger, le retour de la peine de mort et la suppression rapide du système parlementaire. S’il prend le pouvoir, les camps ne seront pas loin.
Procès d’intention ? Injure ? Non – rappel de l’histoire.
L’histoire nous apprend les causes aussi. Absence d’avenir économique pour une bonne partie des classes moyennes, déclin de la nation face à la montée des pays jugés inférieurs, incompétence des politiciens en place, et surtout le chômage.
En 2011 seule la traite de Versailles et l’inflation manquent au tableau. Que faire ?
Tout d’abord nous devons aller vers l’avant et non pas retourner vers ces champs archaïques tant aimés par le FN – « l’identité national » quelle aberration ! Rapatriement des Roms (Hitler doit sourire dans son bunker)
Ayons le courage d’aller vers l’Europe Fédérale qui est le cauchemar du FN et montrer que c’est avec sa réussite précisément que nous réglerons les problèmes que le FN adore exploiter aujourd’hui –chômage, faiblesses vis-à-vis l’étranger, déclin de nos valeurs.
L’Union Européenne est déjà le plus grand succès de coopération entre pays que le continent ou le monde a jamais connu - une Union volontaire et sans guerre. L’Europe connaît la paix pour la première fois de son histoire.
L’Euro, quant à elle, est la seule monnaie créée par un accord libre de choix entre nations souveraines. Deux réussites où l’intelligence a vaincu face aux atavismes ancestraux.
Mais l’Europe est vue par M. Tout le Monde comme distant et inefficace. Il n’a malheureusement pas tort. L’Euro est vu comme un handicap (même par certains politiciens) malgré sa force sur les marchés quand en réalité il nous protègent des spéculateurs et réduit le coût de nos importations.
Tous les « nonistes » ne sont pas au FN. Mais c’est comme si. Ils ont freiné la marche vers l’Union et ils le freinent encore aujourd’hui.
Espérons qu’ils se réveilleront à temps avant le catastrophe.
Tu vas avoir droit à ton procès en boboïtude à chaque analyse politique, culturelle ou même sociétale publiée ici.
Les scientologues aiment se comparer aux Juifs persécutés mais ça ne marche pas.
C'est un article très sérieux, bien construit, derrière une apparente désinvolture. L'humour manque dans notre société de pisses-vinaigre qui croient qu'on ne peut faire de journalisme politique sans emmerder les lecteurs.
J'aime cette liberté de ton et cette fraîcheur qu'on trouve si rarement! Titiou Lecoq devrait s'essayer au roman, elle a un regard, un style et un ton.
En tout cas, force est de constater que vous vous moquez éperdument du principe de neutralité et d'objectivité, principes sacrés que tout journaliste se respectant se doit de garder à l'esprit... La haine vous fait perdre tout sens des réalités et c'est bien dommage pour vous...