L’Union européenne à quitte ou double
Deux visions pour l’année qui vient de commencer: l’une optimiste, les millions de personnes qui sortent de la pauvreté; l’autre, pessimiste, les déséquilibres nés de la mondialisation.
- Manifestation à Varsovie, en 2005. REUTERS/Katarina Stolt -
Il y a deux façons d’aborder l’année nouvelle: l’une optimiste, l’autre pessimiste. Si l’on veut être optimiste, on se doit de considérer que la période de bouleversements planétaires dans laquelle nous sommes entrés représente une évolution positive. Avec le décollage économique des pays dits émergents, ce sont des centaines de millions de personnes qui sortent de la pauvreté. Alors qu’à l’époque de la guerre froide, les problématiques du développement du tiers monde étaient à la fois omniprésentes, politisées et semblaient vouées à n’être qu’une quête sans fin, nous voilà entrés dans une phase où les taux de croissance soutenus permettent un accès extrêmement rapide à un minimum de richesses, et qui est en passe de structurer le développement planétaire.
C’est évidemment une bonne nouvelle pour les populations concernées. Cela l’est aussi pour des pays comme les nôtres, qui voient s’ouvrir des marchés gigantesques, ceux que représentent les millions de personnes, désormais consommatrices, qui accèdent à la classe moyenne, voire aux catégories les plus favorisées. Cela donne également, sur le plan géopolitique, un monde cette fois réellement multipolaire qui n’est plus soumis à l’affrontement bloc contre bloc, comme au temps de la Guerre froide, ni à l’influence exclusive d’une «hyper puissance», comme ce fut le cas dans les années qui suivirent la chute du mur de Berlin et l’effondrement de l’empire soviétique.
Potentiellement, un monde plus équilibré, à la fois par une meilleure répartition de la richesse et des pouvoirs. De la même façon, on peut considérer que l’internet donne à des millions de gens accès à des informations qui n’étaient, jusqu’alors, accessibles qu’à travers de grandes universités ou centres de recherche. Cela concerne aussi les informations à caractère scientifique qui permettent ainsi aux progrès de la médecine de se diffuser plus rapidement.
La peur de la régression sociale
A l’inverse, une vision pessimiste mettra l’accent sur les déséquilibres qui se sont multipliés et qui nourrissent une peur de l’avenir dans les pays de prospérité plus ancienne, comme ceux de la «vieille Europe». Peur d’un changement du rapport des forces; peur surtout d’un déclassement, car la mondialisation s’accompagne de remises en cause économiques et sociales qui, à leur tour, fragilisent les classes moyennes. Et font craindre à celles-ci, aux Etats-Unis comme en Europe, une régression, là où tous nos systèmes reposaient sur des mécanismes d’ascension sociale.
En outre, la période de folie financière qui a été brutalement remise en cause par la crise, dont le point de départ a été, en septembre 2008, la faillite de la banque d’affaires Lehman Brothers, s’est accompagnée d’un formidable accroissement des inégalités au bénéfice des catégories les plus riches.
Dans ce contexte, l’attention en Europe restera focalisée sur la sortie de crise et la question de savoir si la reprise sera suffisante pour faire de nouveau reculer le chômage, redevenu la principale préoccupation, avec un taux moyen de 10% sur l’ensemble de l’Union européenne. On sait que l’Europe devra accomplir un vigoureux effort de productivité, donc de recherche et d’innovation, pour se redonner des capacités de croissance qui, autrement, nous installeraient dans un système découplé, à savoir: une très forte croissance dans les pays émergents (Brésil, Inde, Chine, en attendant demain l’Afrique); une croissance soutenue de l’ordre de 3,5 points aux Etats-Unis; une croissance molle, et donc insuffisamment porteuse d’emplois, en Europe.
Epreuve de vérité pour la zone euro
Mais l’autre point majeur d’attention, le plus immédiat, sorte d’épreuve de vérité pour l’Union européenne, sera de savoir si son noyau dur, la zone euro, sera en mesure de faire face aux assauts qui lui sont promis. Sans adhérer en quoi que ce soit à une quelconque théorie du complot, tout se passe néanmoins comme si l’Europe, et principalement l’euro, était en but à une offensive systématique de la part de places financières, Londres et Wall Street, qui voudraient la voir éclatée. Au lieu de considérer la zone euro dans son entier comme une zone de stabilité, car elle est, vis-à-vis du reste du monde, puissante et équilibrée, les spéculateurs de tous bords vont chercher les points de déséquilibre internes à la zone euro et ciblent chaque fois un pays différent pour une raison différente.
Hier, l’Irlande et la situation précaire de ses banques, aujourd'hui le Portugal et sa dette publique; demain à n'en pas douter, l’Espagne et l’effondrement de son secteur immobilier menaçant son système bancaire. A chaque fois, il s’agit d’alimenter un thème simple: accréditer l’idée que la zone euro, chaque pays étant pris séparément, sera, à terme, incapable de financer et de rembourser sa dette souveraine. A chaque fois qu’une offensive s’est déclenchée, les pays européens ont répondu ponctuellement, notamment pour sauver la Grèce. Par la mise en place d’un fonds spécial de l’ordre de 750 milliards d’euros, puis par la définition d’un mécanisme de solidarité pérenne à compter de 2013. A chaque fois, cette réponse, essentiellement financière et technique, marque un temps retard. Ou, plus précisément, la spéculation a toujours un temps d’avance.
Si bien qu’à ce stade, il n’y a d’autre issue raisonnable que d’organiser une réponse politique: non seulement en clamant haut et fort que les pays concernés, qui viennent d’ailleurs de recevoir l’appui de la Chine, défendront bec et ongles l’euro; mais surtout, pour appuyer leur proclamation, en décidant d’avancer vers un fédéralisme budgétaire et monétaire, notamment à travers l’émission de bons du Trésor européens, qui découragerait les assaillants de cibler pays par pays. Enoncer la zone euro comme un bloc en quelque sorte et donner à nos pays les moyens de constituer ce bloc. L’année 2011 sera donc décisive.
Jean-Marie Colombani
Photo: Manifestation à Varsovie, en 2005. REUTERS/Katarina Stolt
Chronique également parue sur emploiparlonsnet.
Mis à jour le 14/01/2011 à 12h50















































Il a voté majoritairement 'Non' et même aujourd'hui il en reste fière.
Ne cherchons donc pas toujours la faute auprès des 'élites' qui majoritairement ont voté 'Oui'
C'était 'la France profonde', les petits esprits, la gauche de la gauche et le FN qui ont fait bloc ensemble (et contre nature) contre cet énorme pas en avant qui aurait été la Constitution Européenne.
Ayons le courage de l'avouer.
Par conséquent, quitte à ennerver les nationalists de tous les pays membres de cette Europe à la quelle j'aspire, je suis actif, de ma manière, en sa faveur.
Je ne me contente pas des déclarations du genre "Je suis un ardent supporter de l'idée européenne..." tout en démolisant par des effusions populists du genre "ne me dites pas que Bruxelles ou Strasbourg ne sont peuplées que de "grands esprits" ce projet d'union.
Je suis parfaitement au courant, Marianne, des hésitations, pour ne pas dire l'aveuglement, pour ne pas dire l'hypocrisie, de mon pays natale vis à vis l'Europe. C'est une des raisons pour laquelle je l'avais quitté.
Pour venir vivre il y a 40 ans dans un pays voué à sa création et à ses valeurs. Le vote des "Nonistes" m'a énormément déçu. Même si, en tant que démocrate convaincu, j'accepte ce triste retournement vers l'arrière, je suis en droit de le critiquer.
Et notamment de rappeler que ce résultat a été obtenu grâce au soutient enthousiaste du FN et ceux qui penchent vers ses analyses. Et ce malgré le soutient des autres classes politiques respectables de droite comme de gauche.
Des classes politiques que O.Y.E.Z. préfère affubler du nom 'élite' mais qui, pour moi, réprésentent les vraies valeurs européennes. Des valeurs, d'ailleurs, que Marianne est parmi les premières à défendre.
Aujourd'hui nous nous trouvons au milieu du gué. Si l'hystérie nationaliste style FN prend l'ascendant nous allons retourner vers les années 30. Je le combats et je vous invite à faire pareille.
Cela m’est égal au fond. En dehors d’un petit sursaut d’émotion quand l’Angleterre joue contre la France en rugby (surtout quand elle perd !) ces identités nationales, cette nostalgie du passé, m’indifférent complètement, sont archaïques et condamnées à disparaître.
L’histoire du 19e siècle en Europe me donne raison :
• Tout un ensemble d’états allemands eux aussi, pour reprendre la phrase de Marianne, « forgées au cours des siècles par des efforts ou des douleurs sans nombre, ayant chacune sa géographie et son histoire » se sont réunis ensemble en 1865 pour créer l’Allemagne qu’on connaît. Seules différences avec notre UE à nous, ils partageaient la même langue et Bismarck était là pour accélérer le processus avec ses baïonnettes !
• L’unification de l’Italie idem avec Garibaldi un peu plus tard.
• Je passe sur le Royaume Uni dont le nom rappelle à tout le monde le processus d’unification au 18e siècle qui l’a fait naître
• Inutile de mentionner la France dont tous les lecteurs de slate.fr connaissent les origines (et pourtant vous ne parliez même pas la même langue à l’époque…)
Le fait est que les pays, contés, provinces, régions partout dans le monde finissent par s’unir au fur et à mesure que les moyens de transport et de communication rapprochent les différents peuples. Par nécessité économique et militaire sinon par conviction.
Le processus d’unification avance plus rapidement en présence de leaders de vision et de conviction. Il est vrai que ceux-ci manquent cruellement aujourd’hui de sorte que les ‘Nonistes’ d’Europe d’une part et les xénophobes d’autre part attirent les foules avec leurs idées simplistes mais confortables.
Le G2 en est ravi. Ils sont déjà grands et puissants et pendant que nous disputons le sexe des anges (constitution, monnaie, langues, PAC et j’en passe) eux ils organisent le monde comme il leur convient. Et ils ont raison. Nous ferions pareil à leur place.
Concernant l’ex-URRS, dois-je comprendre après Marianne que son histoire illustre le sort réservé à ceux qui se réunissent en une seule entité politique ? C’est curieux !
La Russie – lui-même le résultat d’un long processus d’unification sous différents Tsars – au début du 20e siècle connaît la révolution et contre-révolution. Il crée l’URSS. En 1941 il est envahi par les fascistes allemands. Grâce à ses capacités géographiques et économiques énormes (notez bien Marianne) il arrive à repousser l’envahisseur.
Nous autres ? La France, la Hollande, la Belgique, la Danemark, la Pologne, les Pays Baltes, le Luxembourg, la Czechoslovakie tous éparpillés et glorieusement indépendants sont occupés brutalement. Seule la Manche épargne les britanniques. C’est ça l’llustration de la force des nations indépendantes ?
Aujourd’hui la Russie se retrouve seule. Prospère-t-elle ?
Il est vraiment temps de mettre à côté les vieilles nostalgies nationalistes du 19e siècle qui ont déjà fait cruellement défaut au 20e et de nous’adresser aux problèmes de notre 21e siècle.
Les ‘Nonistes’ nous amèneront sinon au catastrophe.