Loi Hadopi contre loi des séries
Les journalistes spécialisés dans la critique des séries télés, contraints au téléchargement illégal, ne pourront bientôt plus exercer leur métier.
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Je suis journaliste, spécialiste des séries télévisées, je possède une carte de presse, je signe des critiques, des interviews et des reportages dans certains des médias les plus lus, écoutés et vus de l'Hexagone, et je suis un hors-la-loi. En effet, je télécharge régulièrement des séries via des plateformes gratuites, un geste illégal. Je ne suis pas le seul. L'immense majorité de mes confrères se livrent à la même «piraterie». Si la loi Hadopi, votée jeudi soir à l'Assemblée, venait à être adoptée finalement dans sa forme la plus sévère, condamnant à la privation d'Internet les téléchargeurs récidivistes, les journalistes spécialistes des séries - et les blogueurs - se verraient dans l'impossibilité de mener à bien leur mission d'information - alors même que les séries suscitent un engouement sans précédent chez les Français.
On peut le déplorer mais, télécharger, pour un spécialiste des séries, est une nécessité. A l'origine du problème, un décalage persistant entre la diffusion des séries aux Etats-Unis et leur arrivée sur nos écrans - la question du téléchargement ne se pose en effet que pour la production étrangère, majoritairement américaine.
En moyenne, une œuvre atterrit sur nos écrans entre 6 mois et 1 an après sa diffusion américaine. Une attente en recul permanent, mais toujours impossible pour les téléspectateurs, qui demandent à être informés des dernières nouvelles d'Hollywood. « On ne peut plus faire marche arrière, explique Michaël2, rédacteur en chef d'un site spécialisé. Être à l'heure américaine est devenu une norme. » Se mettre uniquement à «l'heure française», pour le spécialiste des séries, se serrait perdre une partie considérable de ses lecteurs. Qui s'intéresse à une info vieille d'un an?
Une poignée de DVD en VF pour se faire une opinion
Devrais-je donc faire avec ce que les chaînes françaises me fournissent, m'adapter au grand public, cesser de vouloir jouer aux Américains? «On ne peut pas se contenter des deux épisodes promotionnels envoyés par les chaînes, constate David (1), rédacteur dans un magazine spécialisé. Il faut voir l'ensemble d'une œuvre pour pouvoir en parler convenablement.» Les attachés de presse font de leur mieux, mais il est rare de recevoir plus d'une poignée de DVD, qui plus est en VF, pour se faire une opinion. Qui demanderait à un critique cinéma de ne voir qu'un quart d'heure d'un film ou à un critique littéraire de n'avoir accès qu'au premier chapitre d'un roman? Œuvres monumentales, les séries demandent un dispositif de communication particulier, qui reste à inventer.
Être à «l'heure française», ne pas télécharger, ce serait aussi se priver de voir une part considérable de la production américaine — ou britannique — qui ne sera jamais achetée par les chaînes hexagonales. Or, «le spécialiste est aussi un peu historien de l'art, explique David, il doit explorer les productions étrangères, se faire prescripteur de tendances.» Nous sommes des défricheurs, nous repérons les séries qui demain feront des records d'audience sur le PAF. «Du point de vue de la loi, nous sommes des pirates, précise Michaël, mais nous avons un rôle économique à jouer.» Ce rôle porte un nom: le buzz. Des séries comme «Lost» ou «Heroes» ont décollé grâce à ce buzz, et les journalistes spécialistes des séries sont une des étapes majeures du bouche à oreille.
Notre téléchargement est un fait que nul n'ignore, «une hypocrisie, un non-dit, s'enflamme David. Tous les magazines, de Télé 7 Jours aux Inrockuptibles donnent à leurs lecteurs les dernières nouvelles en provenance des Etats-Unis. Les attachés de presse, les diffuseurs et les lecteurs savent que pour voir ces séries, nous téléchargeons, mais personne ne le dira jamais. C'est un accord tacite. Notre téléchargement créé le buzz, donc les chaînes laissent faire.»
En parlant de séries inaccessibles en France, pousserais-je mes lecteurs au téléchargement? Sans doute. «Nous avons peut-être pris de mauvaises habitudes, reconnaît David. Dans les années 50, les critiques cinéma étaient près à traverser l'Europe pour voir les films inédits. Nous pourrions nous installer à Hollywood.» Une solution qui n'en est pas vraiment une, puisque si nous arrêterions de télécharger, nos lecteurs, eux, seraient toujours coincés dans l'Hexagone, et nous serions toujours accusés de les inciter au téléchargement. «De fait, notre lectorat est constitué de pirates, poursuit Michaël, mais pas uniquement. Nous ne poussons pas au téléchargement, nous encourageons surtout les chaînes à se remuer. Nous avons joué un rôle dans la création des plateformes légales comme TF1 Vision et M6 Replay.»
Accessible à un clic
Je serai le premier à défendre ces plateformes... quand elles deviendront performantes. Aujourd'hui, seule une infime part des séries est disponible en vidéo à la demande. Quand l'ensemble de la production sera accessible d'un clic payant, comme cela tend à être le cas pour la musique, je militerai même volontiers contre le téléchargement illégal. J'aime les séries, et aimer son art, c'est défendre ses moyens de production. Qu'on laisse aussi aux journalistes, quand cette heure viendra, le droit d'accéder à ces plateformes gratuitement. Qui exigerait en effet des critiques littéraires, cinémas, musicaux ou théâtraux qu'ils payent pour faire leur métier?
Il faudrait pour en arriver là que la critique des séries télévisées soit enfin reconnue à sa juste valeur, au même titre que les autres critiques — le cœur du débat, au-delà de la nécessité du téléchargement. Pour que tout téléchargement cesse, il faut que les chaînes continuent de réduire leur retard sur l'étranger et que les studios développent d'autres moyens de diffusions. Nous sommes sur la bonne voie, mais il faudra du temps. Quand cette révolution aura eu lieu, quand une alternative crédible au téléchargement illégal sera disponible, alors la loi Hadopi sera la bienvenue pour les séries. Alors je serai pleinement à «l'heure française», qui sera l'heure internationale. D'ici là, je continuerai, non pas par goût de la piraterie, mais par nécessité professionnelle, à être un hors-la-loi.
Marc Adam
(1) Cet article a été rédigé sous pseudonyme, l'auteur y revendiquant — non sans regrets — la pratique du téléchargement illégal. Pour préserver sa situation professionnelle et personnelle, il a opté pour l'anonymat. Pour les mêmes motifs, et à leur demande, les noms des intervenants ont été modifiés.
Mis à jour le 05/04/2009 à 11h59











![[Le 20'12] Vincent Peillon: «Il n'y a pas qu'une seule politique possible» [Le 20'12] Vincent Peillon: «Il n'y a pas qu'une seule politique possible»](http://www.slate.fr/sites/default/files/imagecache/bloc-alaune/peillon_4.jpg)





























Je n'ai pas d'opinion sur le projet de loi Hadopi, mais il me semble tout de meme que l'argument de cette personne ne tient pas la route. On nous depeint ici une justice rigide incapable de faire la difference entre celui qui telecharge pour son plaisir et le cas exceptionnel de celui qui telecharge pour exercer son metier. Je rappelle que c'est a un juge que revient de faire appliquer la loi. Il me semble probable que si notre journaliste se retrouvait au tribunal, en donnant son explication toute legitime il est probable que son cas ferait jurisprudence : il ne serait pas condamne.
Il faudrait par contre qu'il fasse un effort d'organisation pour prouver sa bonne foi, par exemple en ne telechargeant et en ne visionnant les oeuvres dont il fait la critique que depuis son lieu de travail, et pas depuis chez lui. De cette facon ce n'est pas son abonnement internet personnel qui serait vise par d'eventuelles poursuites, mais celui de son employeur.
Par ailleurs, on se demande pourquoi notre journaliste ne souscrit pas a un abonnement par satellite afin de recevoir les chaines americaines. Il pourrait ainsi exercer son metier en toute legalite, sans rien telecharger...
Ce journaliste voudrait en fait faire partie d'une petite caste de happy few qui aurait, contrairement au pecus vulgus, le droit de télécharger tout et n'importe quoi en toute impunité. Pourquoi d'ailleurs se limiter aux journalistes traitant des séries. Qu'en est-il de ceux qui traitent des films, des jeux, de divers programmes informatiques. Eux aussi devraient en toute logique pouvoir télécharger sans crainte ni remord.
Tout ceci me fait penser à : "La drogue et l'opium, c'était bien et pittoresque quand elle était réservé à l'élite. Maintenant que tout le monde en prend, c'est devenu vulgaire et un problème de société".
Pour répondre, dans le désordre, à vos commentaires :
Tout d'abord, cher(e) ØØØ, en effet, il s'agit en quelque sorte d'une demande de privilège, et c'est tout le but de cet article : je suis journaliste, diplômé, possesseur d'une carte de presse. Le journalisme est mon métier, ma passion, mon gagne pain. Il me semble donc normal que je puisse exercer mes fonctions dans les meilleures conditions. Si vous aviez bien lu mon papier, vous ne supposeriez pas que j'exige "le droit de télécharger tout et n'importe quoi en toute impunité (...), films, des jeux, de divers programmes informatiques", ma revendication ne touchant qu'aux séries, les critiques cinéma (je ne suis pas expert en jeux vidéos) ayant droit à des projections et des cartes gratuites pour les salles obscures.
Pour répondre à Ola, c'est justement parce que je doute de la volonté de la justice de faire la différence entre professionnels et utilisateurs privés que je m'inquiète. Je ne souhaite pas finir devant un juge, avec connexion internet provisoirement coupée...
Malheureusement pour moi, et beaucoup de mes collègues, je suis freelance, et donc je travaille de chez moi, donc pas de différence entre chez moi et mon lieu de travail...
Enfin, pourquoi pas souscrire à un abonnement câblé américain, c'est une solution, mais je n'ai pas connaissance d'un système légal permettant d'avoir toutes les chaînes américaines. Il faudrait que je m'abonne aux chaînes payantes, HBO, Showtime, que j'investisse dans un disque dur de salon, etc. Un investissement lourd selon moi, alors que mes collègues critiques musicaux, ciné ou littérature ont tous le matériel nécessaire gratuitement...
Le problème est donc, comme je le dis dans mon papier, une histoire de reconnaissance de notre métier. La réaction de ØØØ illustre bien cette question.
Cordialement,
Marc Adam.
"Qu'on laisse aussi aux journalistes, quand cette heure viendra, le droit d'accéder à ces plateformes gratuitement." Certes mais comment devient-on journaliste ? Cette carte n'est pas donnée comme une licence, par rapport à la mesure de compétences ou autre chose, mais par rapport à une relation économique avec une société reconnue comme faisant du journalisme. Cette définition est tautologique puisque en gros il s'agit de gens qui s'auto-autorisent des trucs. Moi je ne suis pas d'accord. Personnellement je lis beaucoup de choses autour des séries, sur des blogs non rémunérés ou au minimum tenus par des gens qui font un autre métier à côté. Certes ce n'est pas toujours d'une qualité fantastique mais comme la qualité des articles de presse, très chers, est souvent comparable je ne vois pas pourquoi je paierais.
Il y a donc des gens qui travaillent sur les séries mais, parce qu'ils ne participent pas au système économique du 20e siècle, ne devraient pas avoir ce genre d'avantage ? Je ne suis pas d'accord. Donc ce sera payant pour tout le monde, très cher, quand bien même c'est une hérésie économique, ou gratuit pour tout le monde.
Il ne devrait pas y avoir de licence pour accéder à la culture, aux moyens de représentation du monde, à des moyens privilégiés pour négocier la réalité... pour penser tout simplement. Le média de masse a introduit l'illusion d'une concordance entre vie privée et vie publique, entre l'officiel et l'officieux. Mais dans la vraie vie nous sommes capables de partager nos expériences, nos réflexions et notre matériel. Il faudra tuer internet mais aussi le mass-media pour revenir en arrière, et personne ne le veut finalement. L'autre solution est de remettre en cause les modélisations de la réalité quand celle-ci change. Là elle est en train de changer.
Cher(e) ropib.
Si vous niez ma qualité de journaliste, dans ce cas là, il n'y a plus de débat. Vous comprendrez que je défende ma profession, pour laquelle j'ai durement étudié et travaillé.
Vous illustrez encore très bien mon propos en contestant l'existence d'une critique professionnelle des séries.
Vous semblez adhérer à l'idée que n'importe qui avec un ordinateur est un journaliste, idée qui gonfle avec le développement d'internet. Vous comprendrez que je veuille toujours croire que les journalistes professionnels ont un plus à apporter, une vraie compétence, celle de la presse, des radios, des sites d'information.
Il existe en effet d'excellents blogs, et je serais tout à fait d'accord pour accorder à ceux qui les tiennent un droit comparable à celui que je revendique. Malheureusement, face à la loi, il est nécessaire d'avancer certains arguments, et celui la carte de presse me semble cohérent.
Notez que, à la différence du blogueur, la critiques est ma profession, mon gagne pain, mon quotidien. Pas de téléchargement, pour le blogueur, c'est un bâton dans les roues de sa passion. Pour moi, c'est aussi une question de revenus...
En voulez-vous au critique musical de recevoir tous les albums gratuitement ? En voulez-vous au critique cinéma d'aller au cinéma gratuitement ? En voulez-vous au critique d'art d'avoir accès à toutes les collections ou au critique littéraire de tout pouvoir lire sans dépenser un centime ? Pourquoi en vouloir alors au critique de séries de souhaiter voir ses séries gratuitement ?
Si, au-delà, vous défendez l'idée de la gratuité pour tous, nous sortons du cadre de ma chronique. Je ne puis contester dans ces lignes la loi Hadopi dans son ensemble. Je soulève UN DETAIL de la loi, qui touche directement ma profession. Libre à vous de soulever ses autres limites, qui sont nombreuses.
Cordialement,
Marc Adam.
Cher Marc,
Vous m'avez mal lu, ou j'ai mal écrit. Je conteste le privilège fait à une communauté de personnes au regard d'un travail potentiellement à venir (et de moins en moins bien fait, quand il est fait... n'y voyez rien de personnel, je ne parle pas de votre article qui est intéressant d'ailleurs), je conteste l'obtention d'une licence en l'absence de toute définition de mission, je conteste votre diagnostic selon lequel tout travail trouve rémunération en vous désignant de nouveaux travailleurs.
Je vous gonfle parce que la réalité remet en question le salariat mais vous-même en tant que freelance devez pourtant savoir mieux que moi que ce genre de choses est amené à évoluer. Toutes les professions sont touchées, simplement la vôtre a un accès indu à des moyens de communication supérieurs à toute autre. Je ne conteste pas que journaliste est un vrai travail mais je conteste l'idée selon laquelle tous ceux qui ont une carte de journalisme effectuent un travail de journaliste. Je conteste le diagnostic selon lequel tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes et qu'il serait suffisant de freiner les évolutions en cours pour que tout soit parfait.
Mais je m'inquiète. Vous êtes donc en train de dire que les critiques de cinéma ne payent pas leur place, certes, mais leur employeur la paye j'espère. Sinon ce serait tout à fait anormal, oui. Qu'est-ce que c'est que cette histoire ? Vous trouvez ça moral vraiment ? C'est la meilleur. Je ne vois vraiment pas sur quel principe à partir du moment ou on considère que la culture est payante. Rassurez-moi s'il vous plait. Je vais de ce pas regarder ce que dit la loi sur point, internet permet encore ça. L'argent est un instrument de mesure, nous vivons une crise économique généralisée et vous me dites qu'on connait déjà des moyens de rétablir un certain équilibre(je ne dis pas que les quelques deniers en cause permettent une quelconque relance, je désigne simplement un dysfonctionnement), à moins que vous proposiez de multiples systèmes économiques concurrents: un qui concerne la plèbe avec de l'argent , un autre avec une élite manipulant l'information. C'est pas très joli et ça va être difficile à vendre surtout.
Vous prenez position par rapport à la loi Hadopi. Je propose que la position ne suffit pas et que nous nous trouvons dans l'obligation de prendre parti.
Le gros problème, c'est qu'il existait une zone de floue qui jusque-là s'était enfouie dans la tolérance liée au piratage sur Internet. Et cette zone de floue ne profitait pas qu'aux simples usagers mais également aux professionnels. Si l'on retire aux professionnels ce nouvel usage, ils ne pourront plus effectuer leur métier convenablement comme la société d'aujourd'hui, la société mondialisée, l'exige. Et c'est le cas pour les professionnels de la presse liés aux séries télé.
Alors que les professions de la musique ou du cinéma ont inventé des mécanismes pour anticiper cette mondialisation (projection presse, etc), les métiers de la télévision en France ne l'ont pas fait. Et c'est notamment le cas parce que la fiction à la télé n'est pas mondialisée alors que la musique l'est (tu peux acheter un album sur internet d'un artiste qui ne sort en CD qu'aux USA mais tu ne peux pas regarder une série US légalement au moment de sa diffusion aux Etats-Unis). C'est un manquement évident à la profession qui n'a pas su s'adapter, et les responsables sont notamment les chaines françaises. Elles ne font que très peu l'effort déjà d'envois de DVD et surtout, elle attend 6 mois voire 1 an avant de diffuser une série US en France. Y a des raisons à ce décalage : stratégiques (les chaines françaises préfèrent attendre de voir si ça marche aux etats-unis); industrielles (ça prend du temps de négocier l'achat d'une série) et physique (faut quand même prendre le temps de doubler les séries). Ceci dit, les journalistes télé qui parlent de fiction (et de séries US) risquent d'être considérés hors-la-loi alors qu'ils effectuent leur boulot, celui d'informer.
Y aurait des solutions à apporter pour combler ce manquement. Il faudrait que les studios de production mettent en place des plateforme internet de diffusion dédiées à la presse. Le problème, c'est que l'industrie télévisuelle aujourd'hui ne fonctionne pas comme ça. Ce sont les chaines qui se sont achetées ce rôle de relations presse. Forcément, si ce sont les chaines qui ont ce rôle, alors la presse derrière subit le décalage décrit ci-dessus. Du coup, si tu empêches la presse spécialisée dans les séries télé de télécharger, tu la contraints à quoi ? A ne parler que des séries qui passent en France. C'est-à-dire 70% de séries policières. Alors que le paysage fictionnel américain est tellement plus vaste et varié que ça. A cause de ça, la presse serait complètement dépendante des chaines françaises et ne deviendrait que leur organe de communication dédié puisqu'elle ne parlerait pas des autres séries qui existent ailleurs. Ça parait extraordinaire d'expliquer ça à notre époque mondialisée mais ce sera une réalité si la loi HADOPI est appliquée tel qu'on l'explique aujourd'hui.
>> Enfin, pourquoi pas souscrire à un abonnement câblé américain, c'est une solution, mais je n'ai pas connaissance d'un système légal permettant d'avoir toutes les chaînes américaines. Il faudrait que je m'abonne aux chaînes payantes, HBO, Showtime, que j'investisse dans un disque dur de salon, etc. Un investissement lourd selon moi, alors que mes collègues critiques musicaux, ciné ou littérature ont tous le matériel nécessaire gratuitement...
L'argument "c'est gratuit pour mes collegues, ca devrait l'etre egalement pour moi" est-t-il valable ? Je ne sais pas. Je suis plutot tente de retirer leurs privileges a vos confreres. Si exercer votre metier engendre des frais (abonnements satellite), je pense qu'au lieu de critiquer une loi qui vous empeche de tout obtenir gratuitement, la reponse la plus appropriee serait d'obtenir de ceux qui louent vos services de journaliste freelance qu'ils les prennent en charge. C'est il me semble a l'ensemble de votre profession de se mettre en conformite avec la loi, pas l'inverse.
Pour travailler j'ai besoin d'un ordinateur et de certains logiciels de mathematiques et physique relativement chers. C'est mon universite qui me les a payes. Je ne demande pas a ce qu'une loi me permette de les telecharger gratuitement sous pretexte que je fais de la recherche publique.
Cher(e) Ola : Oui, cette vision des choses me plaît assez. Quand il existera des plateformes payantes efficaces (je ne suis pas complètement sûr que le câble US soit facile d'accès, surtout que le gros des séries sont sur des chaînes payantes locales), si mes employeurs me les payent, c'est une bonne chose. Le magazine A voudra-t-il payer pour que j'écrive aussi pour le magazine B ? C'est une autre question... Comprenez qu'il faudra du temps pour en arriver là, d'où mon inquiétude.
Cher(e) Ropid. Au risque de vous décevoir, oui, les critiques cinéma ont accès à tous les films gratuitement, dans des projections organisées par les distributeurs (donc des opérations de communication, mais rien n'empêche aux critiques de ne pas aimer les films, mais ce n'est pas ici le sujet). Et, désolé mais je trouve cela normal. Faites payer les films ou les livres aux critiques : la moitié des magazines disparaitront pour des raisons financières (la presse se porte mal). L'autre moitié n'ira voir que les films (ou ne lira que les livres) qu'elle pense intéressants a priori. Donc votre information en pâtira. Enfin, sachez que la plupart des sites ou blogs que vous semblez apprécier ont aussi accès à ces projections gratuites... Enfin, encore une fois, nous parlons ici du cinéma. J'espère avoir été clair sur ma spécialisation sur les séries :)
Cordialement,
Marc Adam.
Cher Marc,
J'ai pris le cas du cinéma car la problématique y est un peu plus matérielle (salle de projection, remise en spectacle de la mise en scène). Je vais prendre un autre exemple, pour bien expliquer que je n'ai rien contre le journalisme. Il m'arrive de faire de la cuisine, et parfois pour de nombreuses personnes. Je ne me sens pas chef cuisinier pour autant. Je m'inscris dans un cadre économique local et je ne suis pas payé en argent, mais je m'inscris aussi dans un cadre plus large en achetant mes produits et en donnant à la société le soin de prendre en charge mes déchets. Si un chef cuisinier se met à ne plus payer les produits qu'il achète (il a le droit d'avoir des prix, ceux normaux au regard d'une vente en gros ou d'une fidélité mais toujours dans une relation commerciale) il fausse le marché.
Le fait qu'un journaliste assiste à une projection gratuite fait qu'il est employé pour un service au regard de la possibilité de faire référence à l'oeuvre. Il s'agit de publicité (peu importe que l'avis soit négatif ou positif, je prend le mot "publicité" dans son sens premier). Quel est son tarif ? Est-ce que Goole est invité aussi en tant que concurrent direct par exemple ? Vous pourriez rétorquer que le service du journaliste-critique est exactement, au centime près, à la mesure du visionnage. Mais sur quel chiffre pourrions-nous nous baser ? Comment se fait-il que le distributeur puisse avoir des prix différents selon les salles (et donc selon les films) pour le grand public et par miracle un prix unique pour les journalistes. Comment se fait-il que la potentialité d'une critique soit du même prix qu'une critique effective (peu importe qu'elle soit bonne ou mauvaise, économiquement le critique est intéressant s'il n'est pas totalement contrôlé, mais ça peut échapper à quelques producteurs-réalisateurs de films français qui veulent faire passer l'industrie pour de l'art) ? Je pense pour ma part qu'un journaliste pourrait aussi être en droit de demander une rémunération un peu plus compréhensive lorsqu'il sait parfaitement à l'avance qu'il va subir un moment désagréable. Bref il me semble qu'il est nécessaire de réintégrer tout ceci dans une économie normale.
Figurez-vous que j'avais commencé une première réponse, qui parlait justement de la crise. J'avais un peu peur que vous considériez que je mélange tout. Mais vous le faites avant moi, c'est parfait. Ainsi les entreprises de presse ont demandé la tenue des états-généraux de la presse, des états-généraux complètement retournés en demandant de l'aide d'un souverain, soit. Mais il me semble que les décisions vont exactement dans le sens inverse de ce qu'elles devraient. Au lieu d'expliciter les objectifs et la nature réelle des profits attendus des investissements gigantesques de ce secteur on s'orienterait plutôt vers un détournement de ressources publiques sans qu'aucune mission de service public ne soit imposée. Il s'agit d'un mode de pensée féodal avec lequel on donne des moyens non ordinaires à certains pour qu'ils puissent être utiles plutôt que de rendre compte de l'utilité de certains au regard d'un servie rendu non ordinaire. Bien sûr on entend un peu partout la critique du libéralisme,mais ce n'est pas le libéralisme qui est à la source de nos problèmes mais le dérapage du capitalisme qui a justement produit des conséquences anti-libérales. Je suis donc en premier lieu d'accord avec Ola (et je l'ai déjà dit d'ailleurs dans mon précédent commentaire): faites-vous payer les moyens de production quand vous êtes salarié ou intégrez-les à votre prix de vente si vous êtes indépendant. De même il est nécessaire que les stratégies de communication soient payantes: et vous gagneriez peut-être encore plus d'argent. Le fait que le journalisme serve et qu'il ne soit pas rémunéré comme il doit est anormal, ce n'est pas la peine d'attaquer Google ou d'autres qui eux font payer leur travail, le service qu'ils rendent bele et bien, en ne faisant que s'intégrer au système économique classique.
L'argent sert. Google propose un nouveau moyen de mesure, et peut-être même un nouveau système économique ; que proposez-vous ? une licence de clandestinité ? Je pense sincèrement que ce n'est souhaitable pour personne.
En ce qui concerne la circulation de l'information il s'agit d'un autre sujet. On peut croire que l'information est sous contrôle, que si les profits manquent il suffira de fermer le robinet et hop! Dans les faits ça ne fonctionne pas comme ça parce que tout le monde a intérêt à la circulation de l'information en réalité. Encore une fois nous sommes trop habitués au mass-media, ce qui nous fait oublier que sans lui l'organisation sociale est autre et que l'information y circule aussi, même si elle est moins flexible, plus liée à des contraintes matérielles. Ma conclusion personnelle, effectivement, au regard de notre recherche d'efficacité et au regard de l'histoire (l'imprimerie a provoqué de nombreuses révolutions, ou plutôt nous n'en vivons aujourd'hui encore qu'une extension, voire la simple extension de l'avènement de l'écriture toute simple qui possède déjà en elle-même les fondements du web et de la dématérialisation du support), ne s'oriente donc pas vers la fin de la gratuité, bien au contraire. Je peux me tromper là-dessus, plus que sur la dénonciation d'un dysfonctionnement structurel dans le montage que vous proposez (malgré vous peut-être, je ne vous prête pas d'intention particulière).
Bonjour
En tant qu'éditrice d'un site qui a pris parti contre le projet de loi Hadopi (http://www.poptronics.fr), je trouve insupportable votre pseudo-courage sur le mode "comment vais je continuer à faire mon taf avec cette loi".
effectivement en tant que journaliste, vous aurez toujours les passe-droit et les coupe-files qui iront bien (et que vous aviez avant le téléchargement oui merci, je le sais, j'étais journaliste critique télé il y a des années de ça, avant l'Internet même, et on se faisait envoyer les cassettes par les chaînes de télé, qui accompagnaient le tout de petits cadeaux, me souviens encore d'une paire de Rayban pour aller avec la soirée spéciale l'aveugle de service Ray Charles...).
Si cette loi est insupportable et non-applicable, votre petit cas de critique télé est vraiment très en deça de tous les arguments qui ont été apportés contre Hadopi (libertés publiques entre autres). De même, vous n'évoquez pas la question des droits d'auteur, comme si le fait de faire votre boulot vous émancipait de vous poser les questions sur la rémunération de la création.
Enfin, vous n'assumez même pas votre soi-disant désobéissance civile puisque vous prenez un pseudo pour dire que vous téléchargerez encore. Courageux en effet... Personnellement, j'ai participé à la mise au point d'une pétition d'artistes anti-Hadopi et plus récemment d'une manif absurde devant le ministère de la Culture (artichaut pirate, le 1er avril dernier). Et je n'ai pas peur de dire et de signer mon opposition à cette loi. Prenons le pari qu'elle sera largement inapplicable et que des initiatives nombreuses du Parlement européen, des activistes, des médias type poptronics, sauront la déshabiller totalement.
Annick Rivoire
Madame,
Je vous félicite pour votre courage et vos prises de position. Vous l'avez sans doute compris, je ne suis pas favorable à cette loi.
Je préciserais simplement ceci : "on se faisait envoyer les cassettes par les chaînes de télé", ça n'a pas changé, mais je parle ici en grande partie de séries pas encore ou jamais diffusées en France.
Vous êtes en droit de trouver lâche ma démarche mais :
1. Je défends en effet mon "petit cas de critique télé", car c'est le but de cet article, et je ne prétends pas que ce cas est plus important que le reste des questions que soulève cette loi.
2. Toutes les personnes du milieu de la presse télé que j'ai contacté ont souhaiter prendre un pseudo ou témoigner anonymement, ce qui en dit long non pas sur leur lâcheté, mais le fait qu'il faille être prudent quand on affirme publiquement qu'on télécharge tout en écrivant dans des médias avec pignon sur rue -- ce qui ne veut pas dire que si la loi nous empêche de bien travailler nous ne nous manifesterons pas publiquement (encore une fois, dans ce cadre précis).
3. Tout comme vous, j'espère que la loi ne sera pas applicable, mais que des solutions favorable à la diffusion de la culture et à la survie économique de l'art seront trouvées (je n'ai rien contre la fameuse licence globale, par exemple).
Cordialement,
Marc Adam
Bonjour Annick,
Excusez-moi de sortir quelque peu du sujet en vous demandant quel problème vous pose le pseudonyme. Après tout Johnny Halliday en utilise bien un lui aussi. Je note qu'on peut discuter avec Marc Adam, l'interpeller localement à l'espace relationnel qu'il a créé de toute pièce avec cet article. Personnellement quand quelqu'un dans une assemblée tient des propos, même que je désapprouve, mon premier réflexe n'est pas de lui demander ses papiers d'identité, d'ailleurs je n'en ai pas le droit et il y a même des sociétés (dans des pays pas si loin de chez nous que ça) qui en sont dépourvus et ou le nom d'usage devient facilement officiel (plutôt que l'inverse).
Est-ce que le fait de donner son état-civil ajoute quoi que ce soit au débat ? Marc Adam serait une machine que le sujet abordé nous intéresserait quand même suffisamment pour nous retrouver tous trois ici. On ne demande pas non plus tout de suite à quelqu'un qu'on rencontre de se mettre tout nu pour vérifier si il n'y aurait pas quelque tare cachée. Et je ne vois pas non plus en quoi la désobéissance civile oblige nécessairement la soumission à ce genre de protocole autoritaire qui veut qu'on se présente avec sa carte d'identité. Il ne s'agit pas encore d'un procès. Et nous verrons bien d'ailleurs si le tribunal ne sera pas lui-même obligé de revoir sa mise en scène et son rituel par rapport aux mutations qui ont lieu en ce moment et qui se réaliseront nécessairement un beau jour.
Je suis intéressé par votre point de vue.
Cordialement,
Ropib
Bonjour,
Je trouves votre propos un peu spécieux. Si il n'existe pas de moyen légal de faire votre travail, n'est-ce pas à vous de ne pas le pratiquer ? Le cannabis est toléré au Pays Bas mais il ne l'est pas en France. Si vous étiez journaliste botanique freelance testant les différentes variétés, vous plaindriez-vous qu'il vous faille vivre à Amsterdam ou ramener du cannabis en toute illégalité pour exercer votre métier ?
La question du coût des solutions légales est également spécieux. A vous de vous faire facturer vos prestations pour quelles compensent le coût de production.
Il existe des solutions :
1 - résider dans une zone de diffusion, à commencer par les USA, à la manière d'un correspondant.
2 - récupérer le contenu de façon légale : satellite, TVIP/VoD depuis les US, import
3 - utiliser un pont dans une zone de diffusion : faites vous localiser aux USA, obtenez à votre nom le contenu (cable, satellite, TVIP/VoD, ...) et transférez le légalement jusque chez vous en France à travers des solutions techniques de copie/transfer/distribution, légaux dans le cadre de la copie privée. Au pire, il est techniquement faisable de louer un appartement vide avec une TV allumée en permanence et une caméra qui filme l'écran.
Ces solution ne sont pour la plupart pas viables financièrement mais elles n'en sont pas pour autant techniquement irréalisable et sont pourtant tout à fait légales. Un journaliste automobile ne va pas voler des voitures parce qu'il ne peut pas les payer pour pouvoir les essayer.
Le fait que vous obteniez ces contenus de façon illégale sciemment et que vous en rédigiez des critiques ne constitue-t-il pas un cas de recel ?
Dans le cas de l'automobile, les fabricants ont organisé la communication et fournissent des véhicules aux médias.
Le vrai problème est bien celui de l'offre et on n'arrivera à rien si même les professionnels comme vous, qui ont un contact direct, ne font plus pression sur les producteurs et se mettent eux aussi à la facilité du téléchargement pirate.
Au final, dans un monde légal, il ne devrait pas y avoir d'omerta sur les produits culturels non distribués en France. Il devrait être possible d'importer les series TV US qui sont souvent dispos directement depuis les sites des diffuseurs, parfois même gratuitement (!) quelques jours après la diffusion. Mais en France, il n'est pas possible de diffuser un film ou une série si le doublage n'est pas disponible (autant que je le sache). La défense de la langue français doit-elle passer par la fermeture de notre univers ?
"Recel de culture", c'est amusant, mais ce n'est pas ça. Je ne revend pas ce que je télécharge. Je le visionne et je le critique. Je ne le diffuse pas. Libre à vous de comparer ça à de la vente de drogue ou à du vol de voiture. Le jour où, comme dans l'automobile, tous les distributeurs fourniront aux critiques les séries à l'avance, à l'heure américaine, ce sera le bonheur. Je suis tout à fait d'accord avec vous là-dessus.
Vous suggérez que je déménage aux USA. J'en parle dans mon papier... et je réponds : je continuerai d'écrire pour des Français... Ce sera donc toujours de "l'incitation au téléchargement", du "recel" comme vous dites.
Je penserais aussi sérieusement à la solution de la location d'un appartement aux USA avec une caméra qui filme l'écran, excellente (et euh, qui allume la caméra qui filme ?) et peu couteuse... ;)
Cordialement,
Marc Adam.
Le problème posé démontre bien le crétinisme de cette future loi. Si Marc se faisait envoyer une copie des séries qu'il désire visionner réalisée par magnétoscope depuis les États Unis il serait a priori sans reproche en raison de l'exception de copie privée qui existe toujours (peut-être lui faudrait-il pour être blanc-bleu expédier aux États Unis des DVD vierges ayant payé la surtaxe "copie privée" en France. Mais dès lors que le transfert ne se fait plus par la bonne vieille poste mais par Internet "carton rouge".
La même discrimination imbécile a été utilisée par les juges dans l'affaire Wizzgo. Lorsque j'appuie sur le bouton rouge de mon magnétoscope ou de ma Freebox (à condition d'être dans une zone dégroupée) pour enregistrer une émission ou un film tout va bien, mais si j'appuie sur le bouton rouge du site Wizzgo là plus rien ne va. Sacrément logique...
Tout s'explique à condition de considérer que dans les deux cas nous avons à faire à des personnes ne pensant que support au lieu de penser contenu.
Il me semble que l'argumentation demandant un traitement privilégié pour que le journaliste puisse faire son travail ne tient pas.
Cela signifierait que le journaliste fait des chroniques sur des programmes que ses lecteurs ne peuvent pas voir. A moins de considérer que ces mêmes lecteurs ont tous recours au téléchargement illégal pour savoir de quoi on parle.
De plus, considérer que le téléchargement illégal est quasiment la seule source d'information me paraît spécieux. Il y a l'Itunes Store US qui fonctionne très bien avec des Itunes Cards et puis il y a le streaming qui lui aussi fonctionne très bien.