Pour des élus ni privilégiés, ni proscrits
La transparence financière est une nécessité, mais ne faisons pas de nos élus des coupables présumés, estime le secrétaire général de l'UMP.
- L'Assemblée nationale. REUTERS/Jacky Naegelen -
En 1968, Andy Warhol prophétisait: «A l’avenir, chacun aura le droit son quart d’heure de gloire à l’échelle mondiale.» En réalité, nous risquons tous plusieurs heures de lynchage médiatique. Désormais, la vie publique est en effet rythmée par une succession d’emballements qui mobilisent l’opinion en désignant à sa vindicte pendant quelques jours un accusé idéal. Peu importe qu’il soit coupable ou innocent, le mis en cause se trouve condamné d’office.
Soupçon généralisé
L’emballement part d’un fait déclencheur mais bien vite, la réalité passe au second plan. Dans les articles, éditoriaux, blogs, ce sont souvent les jugements qui priment. Les commentaires succèdent aux généralités et d’approximations en raccourcis trompeurs, la situation de départ est complètement oubliée. Quand le mécanisme est enclenché, rien ni personne ne peut l’arrêter… hormis un nouvel emballement qui prend le relais du précédent. Loin d’être nouveau, le phénomène s’amplifie en ces temps ultra-médiatiques où nous devenons tous spectateurs, lecteurs, éditorialistes et diffuseurs d’informations. Chaque tempête cause donc de plus en plus de dégâts: des réputations sont ruinées, des institutions discréditées… Progressivement, le soupçon généralisé domine, au risque de ronger le contrat social à la base de notre République.
Une fois l’orage passé, on conseille aux accusés de se faire oublier. Je prends pourtant le risque de revenir sur un épisode qui a conduit fin décembre à des attaques violentes contre les parlementaires de la majorité. Parfois, une faute ou une erreur est à l’origine d’un emballement médiatique. Dans le cas présent, un simple préjugé a fait l’affaire.
La polémique
Les députés UMP ont pris l’initiative d’une loi renforçant le rôle de la Commission pour la transparence financière de la vie politique. Cette autorité administrative vérifie que les élus ne s’enrichissent pas illégalement en comparant l’évolution de leur patrimoine entre le début et la fin de leur mandat. Cette vérification intervient en plus des déclarations fiscales communes à tous les contribuables.
Un débat a eu lieu dans l’hémicycle sur la nécessité de doter cette commission de nouveaux pouvoirs, au risque de créer une justice d’exception. Le débat portait notamment sur la création d’une nouvelle incrimination pour déclaration mensongère. Dans la mesure où nous avons donné à la commission l’accès aux déclarations fiscales des élus –ce qui va déjà au-delà du droit commun–, je considère qu’il fallait s’en tenir à la procédure judiciaire normale: saisine du parquet en cas d’irrégularités constatées par la commission, enquête, le cas échéant procès puis condamnation… Loin de toute complaisance, cette position ne mérite vraiment pas l’indignation surjouée de nos professeurs de vertu.
D’autant que la proposition de loi prévoyait initialement pour cette nouvelle incrimination une peine de deux ans de prison, et même la privation des droits familiaux! Quelle démagogie! Et pourquoi pas 10 ans de prison ou même perpétuité?
Les élus doivent être exemplaires mais cela ne passe pas par l’établissement d’un régime particulier où chaque faute, même une omission de bonne foi, serait sanctionnée par de la prison. Je l’assume totalement, même si j’ai bien conscience que la position contraire serait plus populaire.
Le débat parlementaire a permis d’arriver à un dispositif plus équilibré: la déclaration mensongère sera passible de 30.000 euros d’amende. Contrairement à ce que certains ont répété en boucle, cette nouvelle incrimination vient s’ajouter aux peines déjà existantes en cas de délits commis par l’élu. S’il est prouvé qu’il s’est enrichi par des actes illégaux, il sera évidemment susceptible d’aller en prison, conformément au droit. Il pourra également être déclaré inéligible en cas de refus de déclaration de patrimoine, d’abus de bien social, de prise illégale d’intérêts… Pour ce qui concerne les fraudes fiscales, il reste évidemment passible des mêmes sanctions que n’importe quel contribuable.
Par ailleurs, nous avons tenu à rendre applicables les sanctions visant les membres de la commission de la transparence de la vie politique qui manqueraient à leur devoir de confidentialité, comme cela est malheureusement déjà arrivé à plusieurs reprises. Il n’est pas sain que chaque élu de France vive sous la menace de voir sa situation personnelle instrumentalisée un jour, hors procédure judiciaire, par un haut fonctionnaire en manque de publicité.
Le gouvernement des pseudo-vertueux
A mille lieux de tous les commentaires qui ont voulu faire croire que les députés s’auto-amnistiaient, nous avons donc renforcé la transparence et les sanctions contre les élus. Je crois pouvoir dire que nous avons, à droite comme à gauche, des responsables politiques dont la motivation essentielle est loin d’être la recherche du profit personnel et qui font l’objet d’un contrôle vigilant de la part des autorités, afin de lutter contre toutes les formes de corruption. Je suis évidemment attaché à ces contrôles –tout en remarquant que beaucoup de personnes qui ont autant, sinon plus, de pouvoir que nos élus en sont dispensés. Certains ont saisi l’occasion de ce débat pour jeter la suspicion sur les parlementaires. Ce procédé est malhonnête et blessant. Il est aussi irresponsable, alors que l’Europe est parcourue par une tentation populiste. Notre vieux pays sait par son histoire que le gouvernement des pseudo-vertueux se confond souvent avec la Terreur. Je me suis toujours engagé pour la transparence financière de notre vie politique, condition de la confiance dans notre démocratie, mais nous ne devons pas faire de nos élus des présumés coupables. Ceux qui se mettent au service de leurs concitoyens ne doivent pas être des privilégiés. N’en faisons pas non plus des proscrits.
Jean-François Copé
Mis à jour le 11/01/2011 à 16h26













































Cette loi est un cache-misère qui ne résoudra rien aux racines du problème de la transparence financière et de la corruption de la vie politique française.
Au lieu de mettre en place des lois dissuasives, il faudrait changer le système politique français en profondeur. Les solutions sont peu complexes mais elles demandent du courage politique et un abandon d'un grand nombre de mauvaises habitudes de la politique française.
Je rappelle cette phrase de Yves Meny dans un article du Monde "La quasi-totalité des affaires de corruption en France implique des hommes politiques jouant sur plusieurs niveaux (local-national) et sur plusieurs registres (public-privé). La corruption à la française fonctionne à la confusion des rôles et des genres et c’est là qu’il faut porter le remède »
Il faut donc lutter contre les fléaux suivants: - proximité des élites économiques et politiques françaises (cercle de recrutement trop restreint, limite a une caste avec de fort lien sociaux, Polytechnique, grands corps, ENA par exemple (dont vous êtes diplômé)) - Non cumul des mandats locaux et nationaux (vous avez été successivement député-maire, ministre et maire, ou encore chef de la majorité et maire) pour éviter les conflits d'intérêt local-national - Absence de conflits d'intérêt public/privé (ne pas cumuler les fonctions de ministre ou chef de la majorité et avocats d'affaires, ne pas avoir de groupe qui vit de la commande publique et possède de grands medias comme Bouygues et Dassault)
Comme l'a dit récemment Philippe Meyer dans une chronique, on ne peut pas lutter efficacement contre les conflits d'intérêt que par la confiance en la vertu des individus. Il faut définir des règles claires qui évite les conflits d'intérêts local/national et public/privé dans la vie publique française et reformer le système de formation des élites.
Je comprends tout à fait que ces mauvaises habitudes de mélange des genres font partie de votre histoire politique personnelle et de celles de tous vos proches.
Pour autant, lutter efficacement contre la corruption et en terminer avec le soupçon généralisé ne peut être accompli autrement.
Bien Cordialement, un diplômé des grandes écoles
J'ajouterais une autre demande - qu'un candidat à une élection, surtout une élection présidentielle, une fois battu ait la décence (à l'américaine) de ne plus se présenter!
Le peuple aurait tranché (et payé pour le privilège)! Place au nouveau sang.
Vos tribunes sur Slate sont toujours interessantes et courageuses, puisque dans l'ensemble vous faites l'unanimite contre vous, et la classe politique en general.
Courageuses, oui, c'est bien ce que j'ai dit, mais je vais preciser. Dans votre absence de reponse a tous les commentaires, les questions qui vous sont adressees, je parlerai uniquement d'un courage electoraliste, et non politique. Comme toute communication de personnage public est reflechie, j'imagine que vos tribunes ici seront l'occasion pour vous dans un debat pour l'election presidentielle de 2017 voire 2022 d'affirmer votre dialogue avec les Francais. Et bien, permettez-moi de vous partager ma perception : vous ne dialoguez pas avec les Francais, vous ne cherchez pas a repondre a nos questions , mais vous etes juste a la recherche du fameux "buzz" mediatique, de nos nouvelles parts de marche electorales...
Cdt, Arnaud
Ne voyez-vous pas un fil conducteur dans toutes le remarques qui remontent sur le sujets de nos politiques d'aujourd'hui?
Je suis convaincu que la politique a toujours été ainsi, nourrie d'ambition personnelles, de soif de pouvoir et (très) occasionnellement de sens du bien commun et de la nation. Mais au moins, jadis, les politiques avaient : 1- l'intelligence de dissimuler leurs comportements derrière des façades de vertu; 2- la discretion de faire leur petites combines loin des feux de la rampe.
Rien de tout cela de nos jours : on peut faire ce que l'on veut (vous en avez toute une liste dans les commentaires ci-dessus) tout en sachant que l'on jouira de l'impunité la plus totale... Tant que vous n'aurez pas le courage (le vrai) de changer en profondeur un système qui se déconnecte de plus en plus de la nation, je pense que vous n'avez aucune indulgence à attendre de la part de vos concitoyens qui, il est vrai, ont les politiciens qu'ils méritent mais qui commencent quand même à perdre patience...
Impunité et courage Mr. Copé...
Cordialement
On veut la fin du cumul des mandats.
On veut une réelle indépendance de la justice.
Et surtout j'espère que Mr. Copé continuera au fin fond des sondages de popularité et qu'il ne sera jamais président de la République.
Et lorsqu'on aborde le sujet, la réponse est toujours : "Mais enfin, les gens sont intrinsèquement honnêtes !"
Une définition (incomplète) du conflit d'intérêt est "Utilisation du pouvoir conféré par un mandat public pour la recherche d'un but privé".
Et n'en déplaise aux idéalistes, le conflit d'intérêt est INHERENT A L'EXERCICE D'UN MANDAT PUBLIC ! Dès qu'il y a mandat public, il y a possibilité de conflit d'intérêt (je ne dis pas soupçon, je dis existence possible).
Vous pouvez voter toutes les lois que vous désirez, renforcer tous les pouvoirs de toutes les commissions, mais tant que ne serons pas mises en place les structures permettant d'encadrer et de limiter la réalisation des conflits d'intérêts, cela ne servira pratiquement à rien. Vous vous contenterez de constater a posteriori qu'untel s'est mal comporté, et vous le "sanctionnerez" : 30 000 € d'amende pour un enrichissement de 300 000 €, je n'estime pas ça très dissuasif... Quand à la prison, les élus au niveau national n'en font jamais. La loi est bien la même pour tous, mais pas son application.
Deux solutions déjà connues : - Déclaration systématique d'intérêts détenus dans une affaire privée, comme aux USA. Afin que les experts sanitaires ne soient pas salariés des laboratoires pharmaceutiques, ou que cela soit au moins public. - Prise de décision collégiale, car il est plus facile, moins dangereux et moins coûteux de corrompre une personne que 5.
Pour finir, vous dites que la commission a accès à vos déclarations d'impôts, ce qui est au-delà du droit commun. Vous avez parfaitement raison. Mais nul ne vous oblige à votre mandat public, et sa détention vous soumet aux règles qui s'y appliquent ; pour ma part, cet accès à vos déclarations ne me choque aucunement, dans la mesure où j'estime que cela fait partie des mesures qui peuvent limiter la corruption des élus. Par ailleurs, votre déclaration n'est pas rendue publique, et quelques pays frontaliers de la France restent toujours très accueillants pour les capitaux qu'il serait bon de ne pas déclarer...
Cordialement.