Tués sur la route: les statistiques pied au plancher
Le nombre de tués sur la route a été divisé par deux en France en dix ans pour atteindre moins de 4.000. Jusqu'à combien pourra-t-on faire baisser ce nombre?
- Crash test, non daté, conduit à Munich. REUTERS -
Le ministre de l’Intérieur Brice Hortefeux a annoncé jeudi 6 janvier que le nombre de tués sur les routes de France est passé pour la première fois sous la barre des 4.000 en 2010 (3.994 décès), soit une baisse de 6,5% par rapporte à l’année précédente. Il s’agit de la neuvième année consécutive de baisse, et le nombre de tués avoisinait les 8.000 il y a 10 ans. Jusqu'où pourra-t-on diminuer le nombre de morts sur la route?
Personne ne peut déterminer un chiffre précis en dessous duquel on ne pourra pas descendre, mais il est possible de faire des estimations du nombre de morts que l’on peut encore éviter chaque année, à court ou à moyen terme. Une chose est sûre, le risque zéro en voiture, comme pour tous les autres modes de transport, n’existe pas. Google a récemment mis au point une voiture guidée par des senseurs et pouvant se conformer aux panneaux de signalisation, s’intégrer à la circulation sur les autoroutes et éviter piétons et cyclistes sans presque aucune intervention humaine.
En 2002, on pouvait lire dans le rapport du Sénat sur la recherche en sécurité routière: «le véhicule «intelligent» est amené à remplacer le conducteur défaillant comme si, faute d'avoir la capacité d'agir sur certains comportements (recherche de vitesse, prise de risque) ou certaines faiblesses humaines (somnolence, baisse d'attention), les chercheurs misaient désormais sur la seule parade fiable, à savoir la recherche technique.»
Mais il faudra encore patienter plusieurs décennies avant que de tels engins remplacent définitivement la voiture d'aujourd’hui, et que le risque tende vers zéro à l'image du transport de passager par train. Et même si l'on arrive un jour à une telle situation, les accidents seront sans doute moins fréquents mais bien plus violents, à l'image justement des accidents de trains.
En attendant l’avènement de la voiture sans conducteur, tous les pays au monde cherchent à réduire le nombre de morts et de blessés sur leurs routes. L'analyse des statistiques disponibles sur les accidents permet de déterminer une marge de progression par rapport au nombre de victimes de la route à une date donnée. Dans de nombreux pays, des chercheurs travaillent à des modélisations permettant d’identifier le nombre de morts et de blessés «évitables».
Concentrer les efforts
La première étape est d’identifier les différents facteurs qui influent sur le nombre total de morts sur les routes. Dans le jargon de la sécurité routière, on distingue deux catégories dans la prévention: la sécurité primaire, dont l'objectif est la prévention des accidents (freinage, direction assistée, comportement des conducteurs, meilleure infrastrucutre...), et la sécurité secondaire, qui a pour but de réduire les conséquences des accidents, soit principalement de rendre le véhicule moins dangereux pour les passagers accidentés. En étudiant les statistiques disponibles sur les accidents, on peut ensuite déterminer un nombre de «morts évitables» à partir de modélisations, et fixer ainsi des objectifs de réduction du nombre de morts sur la route par facteur.
Par exemple, si l’on arrive à déterminer le nombre de morts dus à la conduite en état d’ivresse, on peut savoir combien il y aurait de décès en moins si personne ne prenait le volant ivre. Ainsi, chaque pays peut identifier les domaines dans lesquels il a le plus de marge de progression et concentrer ses efforts dessus. Les Pays-Bas par exemple ont identifié les décès de cyclistes comme un axe prioritaire en se basant sur leurs statistiques nationales.
Le gouvernement australien s’était fixé un objectif de réduction de 40% du nombre de morts sur la route entre 2001 et 2010. Les autorités avaient déterminé que sur le nombre total de tués sur les routes en 2001, on pouvait en éviter 9% en améliorant le comportement des automobilistes, 10% en améliorant la protection des occupants des voitures, 2% grâce aux nouvelles technologies qui réduisent les erreurs humaines et 19% en améliorant les infrastructures d’ici à 2010. En additionnant tous ces facteurs, on arrive à cet objectif de réduction de 40% des morts sur la route en 9 ans. Mais il existe un problème avec ce mode de prévision: les accidents ne sont pas imputables à un seul facteur. Par exemple, un accident principalement du à une erreur du conducteur aurait pu être évité si la signalisation était plus claire ou si le frein avait mieux fonctionné.
Un autre facteur primordial est le nombre d'usagers et de kilomètres parcourus. Le Laboratoire de recherche sur le transport britannique propose ainsi dans son dernier rapport plusieurs scénarios pour la réduction des morts et blessés sur les routes. Si le nombre de motards reste constant, que les mesures de sécurité routière actuelles se poursuivent et que l'amélioration de la sécurité secondaire continue sur son rythme actuel, les chercheurs estiment que le nombre de morts sur la route peut être réduit de 33% en 2020. En tablant sur une augmentation de 25% du nombre de motards, la prévision descend à 29%.
La théorie du couteau sur le volant
Malgré tous les efforts des chercheurs, les objectifs ne restent que des estimations que l’expérience vient ensuite confirmer ou infirmer. Et l’impact de certains facteurs sur la sécurité routière s’avère difficile à prévoir. C’est le cas des améliorations techniques sur les voitures, censées éliminer progressivement les erreurs humaines. Plusieurs études montrent que le système de freinage ABS n’a pas entraîné de baisse significative de morts sur les routes, contrairement à ce qui était prévu. Pourquoi? Impossible de le savoir avec certitude, mais une théorie souvent évoquée est que plus les véhicules sont sûrs, plus les conducteurs prennent de risques, se croyant en toute sécurité.
Tom Vanderbilt, chroniqueur de Slate.com, rapporte dans son livre Traffic cette blague qui circule chez les chercheurs s’intéressant à la sécurité routière: «L’outil de sécurité le plus efficace dans les voitures serait un couteau fixé sur le volant et pointé vers le conducteur.» De la même manière, si l'on sait que la vitesse tue, l’efficacité des limitations de vitesse sur la sécurité routière n’est également pas claire, et des études contradictoires existent sur le sujet est contestée dans certains cas.
Politique et communication
Les prévision des chercheurs ne restent qu'un avis consultatif que les gouvernements décident de prendre en compte ou non dans la mise en place de leurs objectifs et de leur politique. Un gouvernement peut choisir d'utiliser les prévisions les plus optimistes et fixer un objectif difficile à atteindre pour mobiliser les acteurs concernés, ou au contraire utiliser les prévisions les plus prudentes, ce qui est plus souvent le cas, pour réussir à atteindre les objectifs. Le choix des axes prioritaires dépend aussi de facteurs externes: si certains types d'accidents (ceux dus à l'alcool par exemple) sont plus médiatisés dans un pays, le gouvernement aura tendance à orienter sa politique sur l'alcool au volant.
Dans certains cas, les responsables politiques n’hésitent pas à affirmer que leur objectif est «zéro mort, zéro blessé» sur les routes. La Suède, qui a déjà des routes très sûres, se distingue avec son ambitieux programme «vision zéro», approuvé en 1997 par le parlement, dont l'objectif est d'éradiquer les morts sur les routes. Au Royaume-Uni, l'objectif est un peu plus humble: avoir les routes les plus sûres du monde.
Pour les objectifs chiffrés, certains sont plus rigoureux que d’autres. La France a par exemple une longue histoire d’objectifs irréalistes et non atteints, qui ne sont pas basés sur l'étude scientifique des statistiques disponibles. En 1997, elle s’était fixée comme objectif une réduction de 50% du nombre de victimes en 5 ans, l’objectif le plus ambitieux parmi les pays européens à l’époque. Résultat: le nombre de tués n’a baissé que de 7,4% sur cette période. En 2007, au début de son mandat, Nicolas Sarkozy avait fixé comme objectif de passer sous la barre des 3.000 morts par an en 2012, tandis que son ministre des Transports de l’époque Jean-Louis Borloo parlait de 2.500 morts à la fin du quinquennat, des objectifs qui ne seront sans doute pas atteints. Contacté pour savoir si l’objectif de 3.000 morts à l’horizon 2012 était toujours d’actualité et pour expliquer comment étaient fixés les objectifs en France, le ministère de l’Intérieur n’a toujours pas réagi.
Grégoire Fleurot
L’explication remercie Sylvain Lassarre et Dominique Fleury, directeurs de recherche à l’IFSTTAR et Brian Lawton, directeur de recherche au Transport research laboratory (Royaume-Uni).
Vous vous posez une question sur l'actualité? Envoyez un mail à explication @ slate.fr.
Mis à jour le 12/01/2011 à 19h15















































Je suis surpris, donc, de voir que les nouvelles tentatives du gouvernement ne semblent pas tenir compte de ce phénomène malgré les énormes progrès faits dans d’autres secteurs de sécurité.
D’ailleurs je ne suis même pas sûr que les morts de piétons soient comptabilisés dans les statistiques. Grégor Fleurot pourrait peut-être fournir la réponse à ma question.
Sur une note plus positive, je reviens de la Bretagne où à ma grande surprise, les conducteurs sont très britanniques à cet égard. Là, les automobilistes voyant ma surprise, me jetaient un regard de « encore un Parisien qui ne sait pas comment vivent les gens civilisés »
Bretons, Grand Bretons même combat ?
Les morts de piétons sont bien comptées dans les statistiques de la sécurité routière. Ce document vous donnera pas mal d'informations intéressantes sur l'accidentologie des piétons (il date de 2004): http://www.certu.fr/fr/_S%C3%A9curit%C3%A9_et_circulation_routi%C3%A8res-n28/Pietons_et_personnes_a_mobilite_reduite-n116/Accidentologie_des_pietons-a526-s_article_theme.html
Sinon, le site de l'Union Européenne sur la sécurité routière est également instructif: http://ec.europa.eu/transport/road_safety/users/pedestrians/index_fr.htm
Cordialement,
Grégoire Fleurot
Pour ce qui est des piétons un premier axe de réflexion est la dangerosité des voitures vis à vis des piétons lors d'un choc selon leur type. Pour faire un raccourcis "une grosse voiture" équipée d'un pare buffle et bien plus dangereuse qu'une petit Clio en plastique (plus moelleux). Le Crash Test prend en compte ce caractère et certains modèles sont beaucoup moins "dangereux" que d'autres. On pourrait donc imaginer adapter les voitures au milieu environnant d'autant plus si il est colonisé par des piétons. Mais dans notre société une idée n'est ni bonne ni mauvaise, elle n'a qu'une valeur monétaire. Je vous laisse imaginer la valeur de cette idée qui sous prétexte de tuer moins de piétons envisagerait de supprimer les 4X4 en ville...
Malheureusement M. Wright en Grande Bretagne le pourcentage des piétons tués vis a vis du reste des accidentés de la route est l'un des plus élevé. Mon Anglais laissant à désirer peut être pourriez vous nous donner un avis avisé, comme de coutume, sur l'ironie de cette courtoisie toute Anglaise...
Je suis surpris toutefois d'apprendre que "le pourcentage des piétons tués vis a vis du reste des accidentés de la route est l'un des plus élevé"
Ceci dit, par expérience dans d'autres domaines, j'ai une certaine méfiance des pourcentages. Si, par exemple, le nombre de piétons tués est plus au moins constant par rapport au nombre de kilomètres courus ou le nombre de voitures sur les routes (La GB et la France sont similaires à cet égard) le pourcentage de l'un augmentera si le nombre totale de l'autre est moindre.
Je pense savoir que le nombre de tués sur la route en GB est moins élévés qu'en France mais je peux me tromper.
Et je préfère de loin me promener dans la rue à Londres qu'à Paris. Même si Paris est deux fois plus joli!
Le sujet de Slate ici est de savoir si on peut raisonnablement penser que zéro mort sur la route ne soit pas une utopie. Les ivrognes la nuit, les vieux, les enfants et les handicapés auront beau être sensibilisés aux dangers de la route ils continueront à se "jeter" sous les roues des voitures. La seule solution sera alors celle que j'ai proposé. Compte tenu de l'ineluctabilité du choc voiture / pièton il ne nous reste plus qu'a adapter au mieux Goliath à David. Et comme c'est la semaine Ethique sur Slate on en revient à ce sujet "philosophique" : Combien coûte une vie?
Cependant M. Wright je suis en accord avec votre analyse, je préfère largement me faire renverser pas un conducteur prévenant que par un discourtois.
Et moi qui tout bêtement préférais ne pas être renversé du tout!
J'aime bien rire mais je crois que l'humour, quand il s'agit de morts accidentés, est déplacé.
Serait-il une tentative de votre part de faire de "l'humour anglais" dont j'entends parler si souvent en France?
Si oui cela manque la subtilité nécessaire.
Qu'importe, vous diriez. Tout prétexte pour critiquer les efforts du gouvernement est valable en France. Même quand il arrive pour une fois à des résultats remarquables.
Mon intention n'etait pas de vous froisser ni de vous menager pour autant. Mais votre "humour Anglais" ne me fait pas rire non plus : « encore un Parisien qui ne sait pas comment vivent les gens civilisés », un petit (double) cliché M. Wright, sur les Parisiens et les Bretons?
A propos de votre conclusion, le saviez vous 19 000 personnes meurent chaque année d'accident domestique mais la il ne suffit pas de mettre un radar chez chacun de nos concitoyens pour faire baisser ce chiffre. La lutte contre les accidents de la route est aussi une lutte symbolique pour le gouvernement. On le voit bien quand à une multitude de facteurs on y oppose une solution simpliste et mercantile, il y a comme un problème. Je vous propose de lire les commentaires du Dr J-F HUET à ce sujet. Je ne suis ni pour la critique systématique du gouvernement qui a une légére tendance à enjoliver ses résultats. J'essai juste de rester critique.
Navré de votre réaction M. Wright mon intention n'était pas de vous manquez de respect. J'éspère avoir le plaisir de converser de nouveau avec vous. La bienséance française mobligeant à vous laisser le dernier mot.
Bien à vous.
Comme le dit très justement l'article de slate, les causes d'accidents sont multifactorielles et pas forcément"reproductible au même endroit la "polarisation" actuelle sur la seule vitesse ignore au moins 80% des causes d'accidents dont on ne sait souvent pas grand chose; Inattention somnolence ponctuelle distraction par un évènement ponctuel une douleur une dispute dans le véhicule etc peuvent être à l'origine d'accident qui seront commodément imputés parla suite à une vitesse excessive La vitesse et l'alcoolémie, seules infractions mesurables voient nécessairement leur responsabilité majorée par les statistiques Faut-il répéter qu'on ne se tue plus ou presque en course automobile ou les vitesses sont loin d'avoir été réduite? L'attitude qui consiste a attribuer aux seule radars et à la seule répression quasi exclusive de la vitesse la diminution des accidents procède de la manipulation car TOUT s'est amélioré dans le même temps les véhicules les infrastructures ainsi que l'information et le comportement global des conducteurs. Le nombre de vies sauvées ira forcément en diminuant surtout si on regarde le problème par le mauvais bout de la lorgnette
Dr J-F HUET
Lors d'un voyage en Norvège j'ai fait la même constatation , le fait de mettre un pied sur la route a pour effet immédiat de stopper toute la circulation . Mais si on se fait remarquer dans ce pays c'est en traversant n'importe ou et n'importe comment comme le font la plupart des piétons français qui se précipitent sous les voiture en dehors des passages autorisés, ce que les norvégiens ne font pas. Les piétons hexagonaux doivent être éduqués au moins autant que les automobilistes pour éviter les accidents
Cordialement
Dr J-F HUET
Sans nier totalement le rôle de al peur du gendarme en matière de sécurité force est d'admettre que d'une part cette peur n'a d'effet réel que chez les conducteurs qui demeurent raisonnables et que d'autre part le nombre de gendarmes sera toujours insuffisant pour surveiller tout le monde Ceux qui mettent en place les radars ceux qui les fabriquent et tous ceux qui en vivent ont naturellement intérêt à tenter de nous prouver qu'ils sauvent des vies alors que verbaliser un automobiliste dépassant la vitesse de 5 km /h à un endroit sans piéton et sans le moindre danger objectif est simplement stupide alors que le même conducteur faisant une énorme faute de conduite à un endroit réellement dangereux ne sera pas sanctionné. Baser la sécurité routière sur la sanction des dépassement de vitesse est commode et rémunérateur pour le fisc et tous ceux qui vivent de cette technologie, même si cela consiste à ignorer la plupart des causes d'accidents Le même simplisme existe dans le domaine du cholestérol pour la prévention des infarctus du myocarde dans lequel il n'intervient certainement pas à plus de 10% .. mais cela fait "tellement plaisir" à "tellement de gens" de penser le contraire...
Dr J-F HUET
Personne, je pense, en Angleterre, trouverait "naïve" ma question. Tout bêtement là-bas on suppose que les mesures de sécurité (radars, CCTV, limitations de vitesse etc) ont comme but de sauver des vies. Selon vous, c'est pour gagner de l'argent.
Nicopédia reste sceptique quant au bien-fondé des énormes progrès faits en France en matière de sécurité routière quand ailleurs - à la maison paraît-il – beaucoup d’accidents continuent d’avoir lieu. C’est comme si les énormes progrès fait, par exemple, dans le traitement des cancers sont invalidés par la persistance du paludisme. Même le très sobre Dr. J.F. Huet prétend que les radars sont là pour augmenter les recettes du fisc.
Quelle curieuse attitude face à la très bonne nouvelle que des vies ont été sauvées.
Il est vrai – et j’aurais dû savoir mieux – que la petite pique venant d’un ennemi héréditaire concernant les automobilistes français et notamment parisiens n’a pas manqué de soulever une indignation patriotique à peine voilé.
Il est néanmoins drôle qu’il reste à un étranger le soin de féliciter votre gouvernement et les automobilistes français pour les énormes progrès qui ont été faits !
Peu surprenant que vous êtes les champions du monde du pessimisme!