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La mosaïque des Chrétiens d'Orient

Un prête copte avant une messe pour les familles des victimes de l'attentat d'Alexandrie, le 3 janvier. REUTERS/Asmaa Waguih

Un prête copte avant une messe pour les familles des victimes de l'attentat d'Alexandrie, le 3 janvier. REUTERS/Asmaa Waguih

Certains d’entre eux fêtent Noël le 7 janvier dans un climat d’inquiétude accrue. Qui sont les coptes, les grecs orthodoxes, les maronites, les chaldéens?

Récemment frappés par le tragique attentat d’Alexandrie —21 morts et 90 blessés, les coptes d’Egypte et de la diaspora fêtent Noël le 7 janvier. Ce jour est aussi celui de Noël pour les chrétiens orthodoxes de Jérusalem, de Russie, de Serbie, de Géorgie et d’Ukraine qui, comme les coptes, n’ont jamais admis le nouveau calendrier introduit en 1582 par le pape Grégoire XIII (calendrier grégorien, aujourd’hui presque partout en usage) et ont gardé le calendrier julien (remontant à Jules César). D’autres Eglises orthodoxes fêtent cependant Noël le 25 décembre selon le calendrier grégorien. Il s’agit de celles qui relèvent du patriarcat de Constantinople, de Grèce, de Roumanie, de Bulgarie, puis des orthodoxes du Proche-Orient (Alexandrie, Antioche).

Les chrétiens d’Orient sont très divisés par l’histoire, la géographie, les rites et les langues. L’Orient compte d’abord les trois Eglises orthodoxes dites «pré-chalcédoniennes»: les coptes (7 millions) , les arméniens (5 millions), les syriaques (800.000). Ces Eglises «monophysites» n’avaient pas approuvé les conclusions du concile de Chalcédoine de 451 sur la nature à la fois divine et humaine de Jésus-Christ.

Des divergences doctrinales qui se sont estompées à l’époque moderne, à la faveur des rapprochements œcuméniques. Il faut distinguer ces orthodoxes «pré-chalcédoniens» des grecs orthodoxes du Proche-Orient, des orthodoxes de Russie, de Grèce ou de Constantinople, qui sont le fruit d’un schisme plus tardif, le grand schisme qui a séparé, en 1054, Rome (Occident latin) et Constantinople (Orient grec ou byzantin). Schisme qui perdure en dépit de la levée des anathèmes dans les années 1960 et d’un dialogue en dents de scie entre les orthodoxes et les chrétiens occidentaux, catholiques et protestants.

Les trois Eglises orthodoxes dites «pré-chalcédoniennes»

Les coptes sont la principale Eglise orthodoxe «pré-chalcédonienne» et la plus grosse minorité chrétienne —7 millions— du Proche-Orient. Leur nom vient d’une déformation du grec aeguptos, égyptien). Parce qu’ils avaient rompu avec la chrétienté de Byzance (au concile de Chalcédoine) et étaient soumis aux persécutions, ils ont accueilli les Arabes en libérateurs, qui leur ont donné ce nom de coptes (qubt en arabe).

Les coptes sont très identifiés à l’histoire et à la culture égyptiennes et déplorent d’autant plus aujourd’hui d’être traités comme des citoyens de seconde zone et d'être devenus la cible des islamistes. Leur patriarche actuel, dit patriarche d’Alexandrie, est le «pape» Chenouda III. Les coptes vivent en Egypte —où l’attentat récent a montré leur vulnérabilité face à un islam qui se radicalise— et dans les diasporas égyptiennes d’Amérique (du Nord et du Sud), d’Europe et d’Australie. Une minorité s’est séparée des coptes orthodoxes pour rejoindre les catholiques de Rome, tout en gardant leur rite. On les appelle les coptes catholiques —environ 250.000, qui subissent les mêmes persécutions.

Les arméniens sont, par le nombre, la deuxième Eglise orthodoxe «pré-chalcédonienne», présents surtout en Arménie, mais aussi au Proche-Orient (Liban, Syrie). L’Eglise arménienne jouit d’un prestige particulier. Elle est la première communauté chrétienne de l’histoire à s’être organisée en Eglise nationale (au tout début du IVe siècle), sous l’inspiration de Saint-Grégoire l’Illuminateur, d’où son nom d’Eglise «grégorienne». Elle a suivi la rupture monophysite du Ve siècle pour des raisons d’indépendance culturelle autant que religieuse. Les arméniens sont regroupés autour des patriarcats (appelés «catholicossats») d’Etchmiadzine en Arménie et de Cilicie au Liban (Antelias). Cette Eglise compte aussi sa minorité catholique.

Eglise de Kayseri en Arménie en novembre 2009. REUTERS.

Les Eglises orthodoxes de rite grec (byzantin)

En dehors de ces Eglises nationales pré-chalcédoniennes, il faut compter avec les Eglises orthodoxes de rite grec (byzantin), selon la définition du schisme du XIe siècle entre Rome et Constantinople. On appelle leurs fidèles les grecs orthodoxes. Ils sont regroupés autour des centres antiques du christianisme, appelés patriarcats, déployés au Proche-Orient et en Afrique: Antioche, Jérusalem, Alexandrie. Le patriarcat d’Antioche, dont la langue courante est l’arabe, mais le rite grec, compte une douzaine de diocèses en Syrie, au Liban, en Iran, en Irak, dans la péninsule arabique et au Koweït.

Depuis la fondation de la «Jeunesse orthodoxe», dans les années 1940, les grecs-orthodoxes ont joué un grand rôle dans les pays arabes. Aujourd’hui encore, ils ont une bonne relation de dialogue avec l’islam. Mais eux aussi, en raison des conflits proche-orientaux, de la situation économique et sécuritaire, ont beaucoup souffert et émigré en Amérique et en Australie. Le patriarche orthodoxe d’Antioche, Ignace IV Hazim, est un Arabe résidant à Damas.

Le patriarcat de Jérusalem compte des fidèles dans la Terre sainte, en Israël, en Jordanie et dans les territoires palestiniens. Il a un droit de regard sur l’Eglise du Mont-Sinaï en Egypte qui abrite le fameux monastère de Sainte-Catherine. Sa hiérarchie continue à être dominée par les Grecs, alors que les fidèles sont très majoritairement arabes, d’où de fréquents conflits. Son patriarche réside dans la ville de Jérusalem, où le nombre de chrétiens, tous rites confondus, est passé de 50.000 dans les années 1950 à moins de 10.000 aujourd’hui. A Bethléem, on ne compte plus que 15% de chrétiens contre 62% en 1990.

Le patriarcat d’Alexandrie comprend une quinzaine de diocèses représentant les minorités de fidèles grecs d’Egypte (à distinguer des fidèles de rite copte) et de Lybie, ainsi que des communautés d’Afrique noire (Soudan, Ethiopie, Cameroun, etc). L’expansion missionnaire de cette Eglise d’Alexandrie s’explique par l’attrait des populations africaines pour le rite byzantin et par le souvenir négatif des vagues missionnaires et colonisatrices venues d‘Occident. Le siège du patriarche, Theodore II, est à Alexandrie.

Dans ce panorama des Eglises d’Orient, il faut faire un sort à part aux maronites, aux melkites et aux chaldéens.

Les catholiques maronites

Ils sont les héritiers des chrétiens qui ont suivi au Liban, vers la fin du IVe siècle, le moine ermite Maron, mort en 410. Fidèles au pape et à Rome, leur histoire est prestigieuse. Face à l’invasion musulmane, la «Montagne» libanaise est devenue le symbole de leur résistance. Les maronites comptent dans l’histoire du pays du Cèdre jusqu’à la guerre civile récente. L’une des voix les plus fortes du Liban indépendant est celle du cardinal Nasrallah Boutros Sfeir, patriarche maronite d’Antioche et de tout l’Orient, qui réside à Bkerke, près de Beyrouth. Les maronites sont environ 1 million au Liban et en diaspora.

Les catholiques melkites

Cette fraction de chrétiens du patriarcat d’Antioche restée fidèle à Rome après le schisme de 1054 avec Constantinople vit en Syrie et au Liban, à côté des maronites. Les chrétiens du Liban (maronites et melkites) ne sont plus que 1,5 million dans le pays, sur 4,5 millions d’habitants. Une importante diaspora libanaise s’est constituée en Europe (55.000 en France), aux Etats-Unis, en Amérique du Nord et du Sud, en Australie. Elle compterait 6 millions d’âmes, dont 2 aux Etats-Unis. Si le président de la République du Liban est toujours un chrétien (une tradition remontant à 1943), le pouvoir réel est désormais aux mains des musulmans sunnites et chiites.   

Les catholiques chaldéens d’Irak

Leur nom vient de la Chaldée antique (Babylone, Bagdad). L’Eglise assyrienne (chaldéenne) avait fait sécession avec le reste de la chrétienté de Byzance dès le concile d’Ephèse en 431, divisé par le patriarche Nestorius, qui plaidait pour une nature séparée — divine et humaine — du Christ. Cette Eglise assyrienne indépendante est à l’origine d’une extension missionnaire jusqu’en Inde qui compte aujourd’hui une minorité chrétienne de 3% d’habitants. Depuis appelée «chaldéenne», une fraction de cette Eglise assyrienne a rejoint Rome à partir du XVIe siècle: c’est l’Eglise catholique chaldéenne, encore majoritaire en Irak, où ses fidèles ne sont toutefois plus que 500.000 environ (3% de la population irakienne), beaucoup ayant fui les deux guerres d’Irak.

Messe à Amman pour les victimes de l'attentat de Bagdad en octobre 2010. REUTERS/Ali Jarekji

Messe à Amman pour les victimes de l'attentat de Bagdad en octobre 2010. REUTERS/Ali Jarekji

Il faudrait encore citer les chrétiens de rite latin (catholiques), dont la principale figure est le patriarche latin de Jérusalem, et la variété des affiliations protestantes présentes aussi en Orient. Au delà de ces spécificités confessionnelles et rituelles — qui peuvent paraître archaïques, mais sont, pour ces minorités, autant de moyens d’affirmer leur enracinement, la plupart des patriarches et évêques orientaux encouragent leurs fidèles à rester au pays, à militer pour la démocratie, la paix, le développement et à cohabiter avec les musulmans. Ces minorités jouent un rôle d’équilibre dans une région menacée par la montée des violences et des extrémismes religieux, dans des pays épuisés par la guerre et les désastres économiques.

Henri Tincq

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