La France, société du spectacle triste
Les Français se complaisent dans leur sinistrose. Mauvaise nouvelle pour eux: 2011 devrait être une meilleure année que 2010!
- Droopy. -
Ahurissant sondage! Les Français sont les plus pessimistes du monde sur l'économie en 2011, selon un sondage BVA-Gallup [PDF] paru en début de semaine dernière.
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La sinistrose est plus répandue chez nous qu'en Irak, en Afghanistan ou en Islande, pourtant frappés par la guerre ou la crise. La valeur des réponses et des comparaisons est évidemment sujette à questions, mais la réalité semble bien celle d'un pays encore et toujours très sérieusement déprimé. Pourquoi?
La France suçote son mal
Avant de répondre, il faut noter que le goût français pour la plainte a d'anciennes raisons paysannes: «Monsieur le marquis, les récoltes n'ont jamais été aussi mauvaises!» Mais nous n'en sommes plus là, la plainte s'est détachée de ses causes objectives pour se nourrir elle-même, comme celle d'un déprimé qui jouit de sa déprime. Plutôt que de se secouer, il suçote son mal. Ce goût de la jérémiade a trouvé à s'ancrer dans la nostalgie des Trente Glorieuses. Le succès, lui aussi ahurissant, du livre de Stéphane Hessel illustre cette mythification d'un modèle français qui serait perdu, celui des «valeurs du Conseil national de la Résistance», l'union sacrée des partis, le combat contre les nazis, la solidarité, la République… toute la France rangée derrière la gloire du sauveur et visionnaire général de Gaulle.
Tout cela fait spectacle. Comme l'a écrit très justement Henri Gibier dans Les Echos à propos des manifestations contre la réforme des retraites: la France aime le social spectacle. On peut élargir cette judicieuse remarque: voilà l'indignation spectacle et la déprime spectacle. Comme celle d'un corps qui n'a plus prise sur le réel, qui renonce à l'avoir en vérité, et qui se complaît dans ses jérémiades.
La Grande Peur de la Mondialisation
Cela nous amène au pourquoi. La cause, sans doute principale, de la névrose est la difficulté principielle de la France à faire face à la mondialisation. Tout le beau modèle français si adoré est bousculé par l'époque moderne, par l'individualisme et par l'économie schumpetérienne. L'Etat jacobin et interventionniste, le gouvernement par le haut, la primauté de la loi sur le contrat, le système social figé sur l'emploi masculin à vie dans des organisations tayloriennes, les services publics rigides: des lignes Maginot quand il faut de la mobilité et de la souplesse, quand on entre dans la société des flux (commerciaux, financiers, Internet…).
La réforme est nécessaire et urgente, mais aucun gouvernement n'a trouvé la bonne clef. La décentralisation sous François Mitterrand, par exemple, a réveillé les grandes villes –tant mieux– mais a endormi Paris –ce qui est plus grave. Elle a multiplié les dépenses et dissous les responsabilités (voir l'épisode peu glorieux de la neige). A mes yeux, elle est globalement en échec. Quant aux autres réformes, Jacques Chirac a renoncé dès 1995, Lionel Jospin a cru que c'était affaire de moyens insuffisants et Nicolas Sarkozy, dont le bilan apparaîtra loin d'être négatif, a toutefois gâché ses tentatives courageuses par défaut de comportement et par manque de cap. Au bout du compte, s'est généralisée la conviction décliniste que tout fout le camp, que la France se perd, que la défiance est de mise, que demain sera pire qu'aujourd'hui. J’ai déjà parlé ici de juin 1940: le pressentiment d'une déroute.
Pas de quoi pleurnicher!
Sortir de ce méchant spectacle –encore une fois c'en est un– passe par le retour au principe de sérieux. Pour reprendre au point de départ: 2011 s'annonce plutôt comme meilleure et non pire, avec une croissance autour de 2% (1,5% en 2010) dans un contexte mondial de consolidation de la reprise. La situation de l'emploi devrait un peu s'améliorer. Pas de quoi pleurnicher! Plus avant, la France conserve des atouts de capital et de travail dans la compétition mondiale, il n'y a aucune raison de penser a priori qu'elle va perdre pied. L'Allemagne montre que c'est possible et les Allemands se classent dans le sondage parmi les plus optimistes des pays développés, avec les Scandinaves.
Les Scandinaves qui démontrent, ce faisant, que l'autre crainte qu'adorent ruminer les Français, celle d'une disparition de leur si beau modèle social sous les coups de boutoir des Chinois et de l'argent-roi, est fausse. La solidarité est mise en péril moins par la mondialisation que par l'immobilisme nostalgique. De Gaulle dites-vous? Le colonel de chars prônait la guerre de mouvement.
Eric Le Boucher
Chronique également parue dans Les Echos
Mis à jour le 12/01/2011 à 13h55

















































Vous auriez ainsi pu vous inspirer du statisticien Lomborg, que vous citiez vigoureusement en exemple quand il mettait en doute le réchauffement climatique en 2005 : après avoir étudié sérieusement la question de 2005 à 2010, il s'est rendu compte qu'il racontait effectivement n'importe quoi, comme vous l'avait fait remarquer un Jean Jouzel sans doute navré par l'inanité chronique de toute production éditoriale généraliste, dont cet article d'opinion n'est qu'une malheureuse manifestation de plus, quelque soit le talent et l'intelligence (je n'en doute pas) de son auteur.
Cordialement, entre dépit et gros dépit.
Le probleme de votre raisonnement est qu'il ne se base que sur une seule chose : la croissance économique (ou plutot les prévisions de).
Or que veut dire cet indicateur ? Les riches ont doublé depuis 50 ans, pendant que le chômage à cintuplé ! A quoi sert la croissance si elle ne profite qu'aux inégalités ?
Car dans le même temps, la crise de la dette va probablement nous entrainer dans des politiques de rigueur dont les plus pauvre paieront le prix plus que les autres.
Même si la croissance sera meilleur l'année prochaine, ce ne sera que pour mieux s'effondrer en 2012 lorsque la France ne pourra plus s'endetter à des taux raisonnables sur le marché.
bref, les français ont raison d'être pessimistes. C'est le seul moyen d'évacuer un peu le brouillard que les médias et les politiques entretiennent et qui nous feront foncer dans le mur.
Stop au déni de réalité.
20 ans après, avec un salaire multiplié par 15 (ce qui ne fait toutefois "que" 2 smics d'aujourd'hui), fini tout ça, je vis en banlieue, ne sorts plus ni ne pars en vacances, faute de moyens suffisants. Le chomage explose, l'expression "travailleur pauvre" existe depuis bientôt 10 ans, l'individualisme et la jalousie ont gagné, de plus en plus de gens, moi y compris, renoncent à s'occuper de leur santé (près de 400 euros de franchise médicale en 2010 pour moi), les inégalités s'accroissent, l'éducation recule (mon fils est en fac à Lyon, 4 amphis dans sa matière, plus de 3000 étudiants, 1 seul intervenant dans un seul amphi, retransmission vidéo pour les autres), les violences policières augmentent presque aussi vite que le mensonge politique, j'en passe et des meilleures...
Et demain sera pire
En quoi le fait de penser que l'année 2011 sera pire que la précédente ferait-il des Français des gens "pessimistes", des "déprimés qui jouissent de leur déprime" ? Notre opinion sur l'avenir économique se forge évidemment sur ce que nous disent nos médias, elle n'est pas la conséquence d'une névrose générale . D'où tenez-vous que la situation de l'emploi devrait "un peu (sic) s'améliorer", alors que de nombreux analystes, notamment votre consœur Stéphanie Villers sur ce même site, nous expliquent que 2011 sera "l'année du chômage" ?
Je vous aurais volontiers pardonné cet exécrable article si vous ne l'aviez pas écrit avec un tel mépris pour vos concitoyens, que vous considérez comme des "pleurnichards", des enfants gâtés "nostalgiques" d'une époque révolue, et dont les avis sur la situation actuelle ne sont que des "jérémiades".
... devenons journalistes pour Slate : un seul chiffre pour étayer un propos entier, c'est économique et ça vous fait ressembler à peu de frais à "ceux qui se lèvent tôt" (les fameux) pour mériter leur prestige par l'activité économique de la même manière que dicter le bon goût dans un vocabulaire choisi aux "Inrocks" vous procure une partie du prestige des artistes.
... choisissons avec qui nous voulons nous fâcher : soyons économiquement incorrect avec la populace assistée et économiquement flagorneur avec ceux qui trouvent leur compte dans de tels discours car ce sont eux qui vous assurent un entregents digne de ce nom. Si même M. Minc a pu le comprendre vous pouvez bien faire un effort. Bref mordez autant de mains qu'il vous plaira pour vous donner l'air du courage, sauf celle qui vous nourri vous et le capital de votre journal ; c'est une question de bon sens.
Conservez précieusement votre place Monsieur le Boucher car bien des français peuvent vous l'envier, ne serait-ce que moi-même lorsque je vous lis et me dis que je pourrais en faire autant plutôt que m'assujettir veûlement à la pointeuse et au doigt sur la couture du pantalon.