France

Tentative de définition du copéisme

Bastien Bonnefous, mis à jour le 12.01.2011 à 9 h 15

35 heures, burqa, sécurité... le nouveau patron de l'UMP est de tous les débats. Mais que pense-t-il vraiment?

Jean-François Copé devant le conseil national de l'UMP, le 11 décembre 2010 à Paris. REUTERS/Julien Muguet

Jean-François Copé devant le conseil national de l'UMP, le 11 décembre 2010 à Paris. REUTERS/Julien Muguet

Jean-François Copé peut jubiler. Alors même qu'il s'apprête en ce début d'année à remodeler à sa main l'organigramme de l'UMP, «l'homme pressé» de la droite et du parti présidentiel vient d'être remis au centre du débat politico-médiatique par un… socialiste. En effet, avec sa proposition polémique de « déverrouiller les 35 heures », Manuel Valls, candidat aux primaires du PS, entend  expliquer aux Français comment «travailler plus et travailler mieux». Si le slogan fait furieusement penser au «travailler plus pour gagner plus» du candidat Sarkozy en 2007, il est surtout un copié-collé parfait du discours du député-maire de Meaux.

Fin septembre 2010, Jean-François Copé, alors encore président du groupe UMP à l'Assemblée nationale mais déjà prétendant à la succession de Xavier Bertrand à la tête de l'UMP, avait profité des journées parlementaires du parti à Biarritz pour «mettre sur la table» la question des 35 heures et de l'organisation générale du temps de travail afin de «travailler plus pour travailler mieux». Son objectif: expliquer que «notre rapport au travail doit changer» et que «l'heure n'est plus aux dogmes intangibles», qui plus est lorsque ceux-ci sont le fruit de leaders socialistes, à commencer par Martine Aubry et Dominique Strauss-Kahn. Pour l'ancien ministre du Budget, voilà même «le débat central pour les années qui viennent».

Car Jean-François Copé pense loin. Maire de Meaux, président de la communauté d'agglomération du pays de Meaux, député, secrétaire général de l'UMP, patron du club à sa gloire Génération France.fr, ex-avocat dans un grand cabinet d'affaires... le quadra est également d'ores et déjà candidat pour la présidentielle de 2017. Et garde même un œil avisé sur celle de 2012, au cas où la machine sarkozyste ne tourne pas comme prévu.

Bon client télévisuel, débatteur redouté, Jean-François Copé a néanmoins un handicap: il n'est clairement identifié politiquement dans aucune des familles de la droite (libérale, conservatrice, gaulliste, gaulliste sociale, radicale, centriste...). A moins que cela ne soit un atout en ces temps de dévaluation programmatique. S'il est un maire populaire et même plébiscité —il a été réélu en 2008 avec 68% des voix dès le premier tour– il n'est crédité pour l'instant dans les enquêtes d'opinion que d'une popularité moyenne (autour de 40%), bien loin par exemple de celle de François Fillon. Et ses partisans relèvent du noyau dur et classique de la droite (sympathisants UMP, personnes âgées et artisans-commerçants).

Copé national, Copé local

De quoi donc Copé est-il le nom? A y regarder de plus près, deux visages se distinguent. Un Copé national, d'abord, avec une offensive à tendance libérale menée depuis plusieurs mois sur différents fronts, de son club Génération France.fr à son site personnel, en passant par ses chroniques sur Slate.fr.

Interview après interview, il défend un alignement de la France sur le «modèle allemand». Son leitmotiv: créer un «G2 franco-allemand» pour contrer le «G2 Chine-Etats-Unis». Dans le détail, il prône le renforcement, comme outre-Rhin, d'un grand maillage de PME françaises pour «faciliter» leur accès aux «marchés financiers» et à l'exportation. D'où l'idée de racornir les 35 heures, boulet selon lui pour les moyennes entreprises. D'un côté, il prône des accords de branches ou d'entreprises pour redéfinir le temps de travail, de l'autre, il propose la suppression des allègements de charges en échange de la sortie des 35 heures. Si l'on ajoute son idée d'une «TVA anti-délocalisation» copiée sur la TVA sociale allemande et sa volonté de supprimer l'ISF, l'effet de miroir est complet.

Un Copé local, ensuite, avec une «priorité»: la sécurité. Depuis 1995 et son accession à la mairie de Meaux –avec une parenthèse entre 2002 et 2005– les effectifs de la police municipale ont été décuplés, avec près de 150 agents pour quelque 50.000 meldois. Adepte de la vidéosurveillance, il a fait installer plus d'une centaine de caméras dans la sous-préfecture de Seine-et-Marne. Surtout, sa politique de «rénovation urbaine» a transformé les quartiers «sensibles» de Beauval et la Pierre Collinet, avec à la clé une baisse de la délinquance de rue, même si sa stratégie de démolir les grands ensembles pour les remplacer par des habitations «à taille humaine» se traduit, selon l'opposition, par un recul du nombre de logements sociaux. Enfin, depuis quelques années, il a mis en place des «référents de proximité», des citoyens bénévoles chargés d'informer la mairie. Bonne vie de quartier pour certains, risque de délation pour d'autres.

Le modèle Sarkozy

Sens de la com', compétitivité économique et politique sécuritaire, ambition… cela vous rappelle-t-il quelqu'un? Entré en politique dans le RPR des années 1990, longtemps considéré comme un «bébé Chirac», Jean-François Copé est pourtant bien plus proche de Nicolas Sarkozy, son aîné de dix ans, que d'Alain Juppé auquel, ENA et profil techno obligent, on l'a fréquemment comparé –«Moi c'est Copé avec un p. Deux p, c'est Juppé», répond-il souvent avec ironie à ceux qui orthographient mal son nom.

Même ambition assumée, même maîtrise de l'exposition médiatique –il se définit comme «un enfant de la télé»— Jean-François Copé a choisi d'appliquer à Nicolas Sarkozy la stratégie que celui-ci avait réservée à Jacques Chirac: apparaître loyal tout en se revendiquant différent. Ou l'inverse. A l'hyperprésident qui le placardise en 2007 à la tête du groupe UMP de l'Assemblée, il répond par la «co-production législative» et l'ambition de bâtir un hyper-Parlement. Désormais éloigné du palais Bourbon, il compte mettre en place à l'identique un hyper-parti UMP, officiellement destiné à porter la candidature Sarkozy en 2012. La tactique est claire: si le président sortant est réélu dans dix-huit mois, Jean-François Copé en sera un des artisans majeurs. S'il est battu, il aura façonné un parti à sa botte.

Copé est souvent monté seul au créneau sur différents dossiers, quitte à être accusé de tirer la couverture à lui. En 2008, le chef de l'Etat annonce la réforme de l'audiovisuel public? Sans qu'on ne lui demande rien, le député Copé monte une commission parlementaire sur le sujet dans la foulée. En 2009, il prend tout le monde de court, y compris son propre camp, en annonçant le dépôt d'une proposition de loi UMP contre le port de la burqa dans l'espace public et défend une ligne dure contre l'avis de plusieurs à droite.

Désormais, c'est donc la fin des 35 heures qu'il entend imposer à l'UMP en montant un groupe de travail, comme au gouvernement —malgré l'opposition totale des ministres François Baroin et Xavier Bertrand, peu chauds pour ouvrir la boîte de Pandore– et à l'Elysée, discret jusqu'à présent. Il se dit prêt à prendre des coups, si le consensus final doit lui être favorable. Il a même trouvé une formule volontiers provocatrice: la «jurisprudence burqa». A croire qu'il n'a jamais oublié le conseil que Nicolas Sarkozy lui aurait donné en 1993 lors d'une de leurs premières rencontres:

«En politique (…) il ne faut rien demander, il faut prendre.»

Bastien Bonnefous

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